Les prises de sang de grossesse peuvent tomber comme un couperet : « hémoglobine un peu basse ». Et tout de suite, la même question : est-ce grave pour le bébé ? Pour moi ? Parfois, vous vous sentez simplement plus essoufflée, plus fatiguée, moins « endurante ». Parfois… rien du tout. L’anémie grossesse est fréquente, mais elle n’a pas une seule explication : il peut s’agir d’une simple hémodilution (adaptation normale), d’une anémie ferriprive (carence en fer), d’un manque de folates (vitamine B9) ou de vitamine B12, voire plus rarement d’une hémoglobinopathie. L’objectif est clair : identifier le type d’anémie grossesse, corriger ce qui se corrige, et sécuriser la fin de grossesse et l’après-naissance.
Comprendre l’anémie grossesse : chiffres, mécanismes et repères
Une anémie grossesse correspond à une baisse de l’hémoglobine (Hb) et/ou de l’hématocrite au-delà des valeurs attendues pendant la grossesse. Petite nuance qui change tout : la grossesse « dilue » naturellement le sang.
Anémie grossesse ou hémodilution : comment les distinguer
Dès le premier trimestre, le volume de plasma augmente nettement (environ +40 à +50 %), alors que la masse de globules rouges augmente aussi, mais moins (environ +15 à +25 %). Le résultat ? Une baisse relative de l’Hb, parfois sans vraie carence.
Cette hémodilution est une adaptation physiologique : elle facilite les échanges placentaires et prépare l’organisme à tolérer la perte sanguine de l’accouchement.
Ce qui oriente vers une vraie anémie grossesse plutôt qu’une hémodilution isolée :
- une Hb qui descend sous les seuils de référence du trimestre,
- des indices de la NFS (comme le VGM) anormaux,
- une ferritine basse (réserves en fer),
- ou une symptomatologie marquée.
Microcytaire, macrocytaire, normocytaire : le rôle du VGM
Les cliniciens classent souvent l’anémie grossesse selon le VGM (volume globulaire moyen) :
- Microcytaire (VGM bas, souvent < 80 fL) : évoque d’abord la carence en fer, mais peut aussi faire penser à une thalassémie.
- Macrocytaire (VGM élevé, souvent > 100 fL) : oriente vers un déficit en folates (B9) et/ou en B12 (mégaloblastose).
- Normocytaire : peut correspondre à l’hémodilution, une carence débutante, une inflammation, ou des causes mixtes.
À quel point c’est fréquent ?
L’anémie grossesse est courante et tend à augmenter au fil des trimestres : besoins en fer et en vitamines en hausse, dilution plus marquée… Un repère souvent utilisé : environ une femme enceinte sur trois présente une anémie au troisième trimestre.
Causes de l’anémie grossesse : le « manque de fer » n’explique pas tout
Carence en fer : le scénario le plus fréquent
Le fer est indispensable à la fabrication de l’hémoglobine. Pendant la grossesse, le corps doit :
- augmenter la masse sanguine maternelle,
- alimenter le placenta,
- constituer les réserves fœtales.
Si les réserves étaient déjà faibles avant la conception (règles abondantes, apports alimentaires insuffisants, grossesse rapprochée), une anémie grossesse d’origine martiale peut apparaître rapidement. Biologiquement, on la suspecte devant une ferritine basse et parfois une microcytose.
Folates (B9) et vitamine B12 : quand les évoquer
Une carence en vitamine B9 peut provoquer une anémie macrocytaire. En parallèle, une supplémentation en B9 est souvent proposée en période préconceptionnelle et au début de grossesse pour réduire le risque d’anomalies de fermeture du tube neural.
La vitamine B12 est à envisager si :
- alimentation végétalienne sans supplément,
- antécédent de chirurgie bariatrique,
- maladie cœliaque ou troubles d’absorption,
- macrocytose à la NFS.
Une carence en B12 peut s’accompagner de signes neurologiques (fourmillements, troubles sensitifs). Si cela apparaît, il faut recontacter rapidement l’équipe.
Grossesse multiple, saignements, antécédents
Certaines situations augmentent le risque d’anémie grossesse :
- grossesse gémellaire (besoins plus élevés),
- saignements pendant la grossesse,
- antécédents d’anémie,
- règles abondantes avant la grossesse,
- intervalle court entre deux grossesses.
Hémoglobinopathies et malabsorption
Les hémoglobinopathies (thalassémies, drépanocytose) peuvent donner une anémie microcytaire ou chronique, parfois disproportionnée par rapport aux réserves en fer.
Les troubles d’absorption (maladie inflammatoire intestinale, maladie cœliaque, chirurgie bariatrique) peuvent limiter l’efficacité du fer oral, et concerner aussi les folates et la B12.
Symptômes de l’anémie grossesse : entre banal et significatif
La difficulté, c’est que beaucoup de signes se confondent avec ceux d’une grossesse classique. Alors, que surveiller ?
Signes fréquents
Une anémie grossesse peut s’exprimer par :
- fatigue inhabituelle, asthénie,
- pâleur cutanéo-muqueuse (conjonctives),
- dyspnée d’effort (escaliers, marche rapide),
- vertiges, étourdissements,
- maux de tête.
Signes plus discrets
On peut aussi observer :
- palpitations ou tachycardie,
- baisse de la concentration,
- intolérance à l’effort,
- ongles cassants, chute de cheveux,
- parfois un syndrome des jambes sans repos (association décrite avec la carence martiale).
Quand demander un avis sans attendre
Contactez rapidement votre équipe de suivi si vous avez :
- essoufflement au repos ou très rapidement à l’effort,
- malaises répétés ou sensation de syncope,
- douleur thoracique,
- palpitations persistantes.
Diagnostic : quelles analyses, et comment les lire sans se perdre
La NFS (hémogramme) : la base
La NFS mesure :
- Hb, hématocrite,
- VGM (taille des globules rouges),
- TCMH (quantité d’hémoglobine par globule),
- parfois les réticulocytes selon les situations.
Un VGM bas oriente vers carence en fer ou hémoglobinopathie. Un VGM élevé fait rechercher B9/B12.
Seuils d’hémoglobine par trimestre
Repères souvent utilisés pour définir une anémie grossesse :
- 1er trimestre : Hb < 11 g/dL (ou hématocrite < 33 %)
- 2e trimestre : Hb < 10,5 g/dL (ou hématocrite < 32 %)
- 3e trimestre : Hb < 11 g/dL (ou hématocrite < 33 %)
Les seuils varient un peu selon les recommandations , l’interprétation se fait toujours avec le contexte.
Ferritine et bilan martial : les réserves en fer
La ferritine reflète les réserves. Pendant la grossesse, une ferritine < 30 µg/L suggère souvent une carence martiale.
Attention : la ferritine monte en cas d’inflammation. Si la CRP est élevée, une ferritine « normale » peut masquer une carence. On complète alors avec un bilan martial :
- fer sérique,
- transferrine,
- saturation de la transferrine (TSAT).
Examens complémentaires selon le profil
Selon les résultats, le médecin peut demander :
- folates et vitamine B12,
- CRP,
- électrophorèse de l’hémoglobine (thalassémie, drépanocytose),
- parfois un frottis sanguin.
Risques de l’anémie grossesse : ce qui motive la correction
Pour la maman
Une anémie grossesse peut majorer :
- fatigue et essoufflement,
- vulnérabilité aux infections,
- tachycardie compensatrice.
Autour de l’accouchement, si l’Hb est basse, la tolérance aux pertes sanguines est moindre : risque accru de transfusion, récupération plus longue, épuisement post-partum.
Pour le bébé
Une anémie maternelle importante et prolongée est associée à :
- retard de croissance intra-utérin (RCIU),
- petit poids de naissance,
- prématurité.
Dans certaines situations, les réserves en fer du nouveau-né peuvent être plus faibles, surtout si la carence maternelle est marquée.
Et à plus long terme ?
Certaines études retrouvent une association entre carence en fer maternelle et aspects du neurodéveloppement. Ce sont des liens statistiques, influencés par beaucoup de facteurs. La logique clinique reste simple : dépister tôt et corriger efficacement.
Traitements de l’anémie grossesse : options, tolérance, et choix pratiques
Fer oral : le traitement le plus courant
En prévention, des apports quotidiens autour de 30–40 mg de fer élémentaire sont parfois proposés selon les profils.
En cas d’anémie grossesse par carence martiale confirmée, on utilise souvent 60–100 mg/j de fer élémentaire, à ajuster selon la tolérance et l’évolution.
Effets secondaires possibles : nausées, douleurs gastriques, constipation, selles foncées. Si c’est pénible, plusieurs stratégies existent :
- changer de sel de fer (sulfate, fumarate, gluconate),
- fractionner la dose,
- prendre avec une collation si le jeûne est mal supporté.
Pour une meilleure absorption :
- associer vitamine C (fruit, jus),
- éviter thé/café et calcium au même moment.
Fer intraveineux : quand il devient pertinent
Le fer intraveineux est discuté si :
- intolérance persistante au fer oral,
- suspicion de malabsorption,
- réponse insuffisante,
- besoin de correction plus rapide (fin de grossesse, Hb très basse).
L’effet est souvent plus rapide, mais l’administration se fait en structure de soins avec surveillance.
Folates, vitamine B12, et situations particulières
Si l’anémie grossesse est liée à une carence en B9 ou B12, la supplémentation est ciblée, après confirmation biologique.
En cas d’hémoglobinopathie, l’enjeu est double : éviter un fer inutile si les réserves sont correctes, et coordonner le suivi avec une équipe spécialisée si nécessaire.
Anémie sévère : discussion autour de la transfusion
La transfusion se discute si l’anémie est sévère et mal tolérée (dyspnée importante, malaise, douleur thoracique) ou s’il existe un saignement. La décision dépend du terme, du taux d’Hb, et de la situation clinique.
Alimentation et suivi : soutenir le traitement, consolider les réserves
Fer alimentaire : héminique et non héminique
Le fer héminique (viande, volaille, poisson) est mieux absorbé. Le fer non héminique (légumineuses, céréales enrichies, légumes verts) compte aussi, surtout s’il est associé à de la vitamine C.
Exemples simples :
- lentilles + poivron/tomate,
- pois chiches + citron,
- viande/poisson + légumes riches en vitamine C.
Limiter les freins à l’absorption : une règle de timing
Thé, café et calcium freinent l’absorption du fer. Un repère souvent pratique : laisser environ 2 heures d’écart entre le fer (ou le repas riche en fer) et ces boissons/produits.
Quand recontrôler ?
Un contrôle NFS et ferritine est souvent réalisé après 4 à 6 semaines de traitement.
Si l’Hb ne remonte pas : on réévalue la prise, la tolérance, les interactions, et on recherche une autre cause (inflammation, malabsorption, B9/B12, hémoglobinopathie).
Après la naissance : penser à l’anémie post-partum
Après l’accouchement, surtout en cas de pertes sanguines importantes, une anémie peut persister. Elle entretient fatigue, essoufflement, difficultés de récupération.
La poursuite du fer plusieurs semaines est fréquente afin de reconstituer les réserves, avec un contrôle selon le contexte.
À retenir
- L’anémie grossesse est fréquente , elle peut être liée à l’hémodilution, mais la cause principale reste la carence en fer.
- Les symptômes vont de la fatigue et la pâleur à l’essoufflement et aux palpitations , certains signes imposent un avis rapide.
- Le diagnostic repose sur la NFS, le VGM, la ferritine et parfois un bilan martial (transferrine, TSAT, CRP) ou une électrophorèse de l’hémoglobine.
- Les traitements incluent le fer oral, le fer intraveineux si besoin, et une supplémentation en folates/B12 quand une carence est confirmée.
- Après la naissance, l’anémie post-partum se surveille et se traite pour favoriser une récupération plus confortable.
- Des professionnels peuvent vous accompagner, et vous pouvez télécharger l’application Heloa pour des conseils personnalisés et des questionnaires de santé gratuits pour les enfants.
Les questions des parents
Le traitement peut‑il affecter le bébé ou interagir avec d’autres traitements ?
Rassurez‑vous : la plupart des suppléments de fer, l’acide folique et la B12 sont sûrs pendant la grossesse et l’allaitement. En revanche, le fer peut interagir avec certains médicaments (par ex. lеs absorptions de la lévothyroxine ou de certains antibiotiques) et avec des antiacides/calcium. Si vous prenez d’autres traitements, signalez‑les à votre équipe : ils adapteront les horaires ou le type de supplément pour limiter les interactions.
Mon alimentation suffit‑elle ou faut‑il des suppléments ?
Manger équilibré aide beaucoup et améliore l’absorption (associer fer non‑héminique + vitamine C). Mais si la ferritine est basse ou l’Hb diminue, l’alimentation seule est souvent insuffisante. Dans ces cas, une supplémentation ciblée permet de reconstituer les réserves plus rapidement. N’hésitez pas à demander un bilan pour décider ensemble.
Que faire pendant l’allaitement si j’ai une anémie ?
Bonne nouvelle : traiter l’anémie pendant l’allaitement est compatible et bénéfique pour vous et votre bébé. Continuer le fer permet de récupérer plus vite et d’améliorer votre énergie. Si l’anémie est sévère, le pédiatre vérifiera parfois le nourrisson, mais la supplémentation maternelle reste la priorité. Parlez du suivi et de la durée du traitement avec votre professionnel de santé.

Pour aller plus loin :




