Par Heloa, le 10 janvier 2026

Tension grossesse : valeurs normales, risques et prise en charge

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Une femme enceinte en consultation médicale pour faire vérifier sa tension grossesse par un professionnel de santé

La tension qui monte, la tension qui baisse… et cette petite inquiétude qui s’invite entre deux rendez-vous. La tension grossesse change naturellement au fil des semaines, et la plupart du temps, tout suit une trajectoire attendue. Mais parfois, les chiffres dépassent certains seuils, ou des symptômes apparaissent, et là, il faut agir vite, sans dramatiser, mais sans temporiser non plus. Comprendre les valeurs habituelles, reconnaître les signaux d’alerte, savoir comment la mesure se fait correctement et quels traitements sont compatibles : voilà ce qui permet de garder un cap serein.

Tension grossesse : ce qui bouge pendant neuf mois

Pourquoi la tension varie (baisse puis remontée)

Au début, sous l’effet des hormones (notamment la progestérone), les vaisseaux se relâchent : on parle de vasodilatation. La résistance dans les artères diminue, et la tension grossesse baisse souvent d’environ 5 à 10 mmHg, avec un point bas fréquent vers 20–24 semaines d’aménorrhée.

Puis, au troisième trimestre, le volume sanguin augmente, la circulation se réorganise, le placenta demande une perfusion constante… et la tension remonte progressivement. Cette remontée est habituelle tant qu’elle reste dans une zone rassurante et stable.

Systolique et diastolique : deux chiffres, deux informations

Quand on lit 120/70 mmHg :

  • la systolique (le « haut ») correspond à la pression quand le cœur se contracte,
  • la diastolique (le « bas ») correspond à la pression entre deux battements.

Pendant la tension grossesse, on surveille les deux, car une élévation persistante peut évoquer une hypertension liée à la grossesse.

Tension basse au début : fréquent, souvent sans gravité

Une tension grossesse plus basse au 1er trimestre est très fréquente. Elle peut donner : tête qui tourne, petites étoiles au lever, impression de faiblesse en station debout, surtout s’il fait chaud ou si l’hydratation est insuffisante.

Les réflexes utiles :

  • se lever lentement (bord de lit, puis debout),
  • boire régulièrement, même par petites gorgées,
  • fractionner les repas,
  • s’asseoir ou s’allonger sur le côté dès que le malaise arrive.

La position latérale gauche améliore souvent le confort en fin de grossesse (retour veineux plus efficace).

Valeurs de tension grossesse : repères simples et seuils à connaître

Valeurs habituelles

Beaucoup de femmes enceintes ont une tension grossesse autour de 110–120/60–80 mmHg, avec une légère baisse au milieu de la grossesse.

Des valeurs dites « normales hautes », vers 130–139/85–89 mmHg, ne signent pas forcément une maladie, mais appellent une surveillance plus attentive, surtout si d’autres facteurs de risque sont présents.

À partir de quand parle-t-on d’hypertension ? (≥ 140/90)

On parle d’hypertension pendant la grossesse lorsque des mesures répétées atteignent ou dépassent 140/90 mmHg.

Après 20 SA, une élévation nouvelle évoque une hypertension gestationnelle ou une prééclampsie selon les signes associés.

Un chiffre isolé ne suffit pas toujours : on confirme par répétition, parfois via automesure.

Seuils de gravité (≥ 160/110)

Une tension grossesse à 160/110 mmHg ou plus, surtout si elle se répète, correspond à une situation qui nécessite une évaluation rapide. Si des symptômes se rajoutent (maux de tête intenses, troubles visuels, douleur en haut du ventre, essoufflement), il ne faut pas attendre.

Tension basse : quand elle gêne vraiment

On parle souvent de tension basse lorsque les chiffres se situent autour de 100/60 mmHg ou moins, surtout si cela s’accompagne de vertiges ou de malaises.

Déclencheurs fréquents :

  • chaleur, déshydratation,
  • station debout prolongée,
  • lever brusque,
  • repas trop copieux ou jeûne prolongé.

Des bas de contention peuvent aider si la gêne est liée à une stase veineuse (sang qui « reste » dans les jambes).

Hypertension et tension grossesse : différents tableaux, différentes causes

Hypertension chronique, gestationnelle, prééclampsie : ne pas tout mélanger

On distingue généralement :

  • hypertension chronique : avant la grossesse ou détectée avant 20 SA,
  • hypertension gestationnelle : apparaît après 20 SA, sans atteinte d’organes, et régresse le plus souvent après l’accouchement,
  • prééclampsie : hypertension après 20 SA avec atteinte d’organes (souvent protéinurie, mais pas uniquement).

Dans la prééclampsie, le placenta est au centre du mécanisme : perfusion moins efficace, libération de médiateurs inflammatoires, dysfonction endothéliale (la paroi des vaisseaux devient « irritable »).

Syndrome HELLP : forme sévère à repérer vite

Le syndrome HELLP associe :

  • hémolyse,
  • enzymes hépatiques élevées,
  • plaquettes basses.

Il peut survenir même si la protéinurie est faible ou absente. D’où l’intérêt de regarder l’ensemble : symptômes + tension + bilans.

Facteurs de risque

La tension grossesse est plus susceptible de se compliquer si l’on retrouve :

  • âge maternel plus élevé,
  • IMC élevé,
  • antécédents personnels ou familiaux de prééclampsie,
  • diabète,
  • tabac,
  • grossesse obtenue par AMP,
  • grossesse gémellaire.

Avoir un facteur de risque ne condamne à rien : cela signifie surtout que la surveillance sera plus rapprochée.

Grossesse gémellaire : pourquoi le risque augmente

Avec deux bébés (ou plus), la masse placentaire et les besoins circulatoires augmentent. Or le placenta joue un rôle majeur dans les troubles hypertensifs. La surveillance tensionnelle et échographique est donc souvent plus fréquente.

Fréquence

Les troubles hypertensifs concernent environ 5 à 10 % des grossesses, ce qui explique pourquoi la tension grossesse est mesurée systématiquement.

Symptômes : ce qui rassure, ce qui doit alerter

Pourquoi l’hypertension peut être silencieuse

On peut avoir une tension grossesse élevée et se sentir bien. C’est frustrant, mais c’est la réalité : d’où l’intérêt des mesures régulières.

Symptômes qui justifient un avis rapide

Surtout s’ils sont nouveaux, inhabituels, persistants :

  • maux de tête importants,
  • troubles visuels (voile, points lumineux),
  • œdèmes rapides du visage ou des mains, prise de poids brutale,
  • sensation de malaise général.

Signaux d’alerte prééclampsie/HELLP : urgence

Une évaluation urgente en maternité est nécessaire si :

  • douleur épigastrique « en barre » ou sous les côtes à droite, parfois avec nausées/vomissements,
  • essoufflement important, douleur thoracique,
  • confusion, faiblesse marquée,
  • convulsions.

Côté bébé : une diminution nette et inhabituelle des mouvements fœtaux doit aussi faire consulter.

Tension basse : malaise vagal et conduite à tenir

Vertiges au lever, sueurs froides, nausées, voile noir… le malaise vagal est typique.

Que faire : s’allonger sur le côté, surélever un peu les jambes si possible, boire quand cela redevient confortable, puis en parler si cela se répète.

Risques d’une tension grossesse trop élevée

Pour la mère

Une hypertension non contrôlée peut exposer à :

  • prééclampsie/éclampsie,
  • AVC,
  • atteinte rénale ou hépatique,
  • troubles de la coagulation,
  • décollement placentaire.

Ces risques expliquent la surveillance rapprochée, et parfois l’hospitalisation.

Pour le bébé

Si le placenta est moins bien perfusé, le bébé peut présenter :

  • RCIU,
  • petit poids,
  • souffrance fœtale,
  • prématurité (souvent parce qu’il faut déclencher pour protéger la mère).

Après la naissance : un signal pour la santé cardiovasculaire future

Un antécédent de tension grossesse élevée (hypertension gestationnelle ou prééclampsie) est associé à un risque cardiovasculaire plus élevé plus tard. Cela n’impose pas l’inquiétude au quotidien, mais plutôt une prévention : contrôle tensionnel, attention au tabac, au poids, au diabète, et activité physique adaptée.

Diagnostic et surveillance : comment on suit concrètement

Mesure en consultation : les conditions qui changent tout

Une mesure fiable suppose :

  • repos 5 minutes,
  • position assise, dos soutenu, pieds au sol non croisés,
  • bras au niveau du cœur,
  • brassard adapté.

On réalise souvent deux mesures à 1–2 minutes d’intervalle, et on raisonne sur des chiffres répétés.

Automesure : utile, si elle reste cadrée

L’automesure aide quand les chiffres sont limites, fluctuants, ou pour vérifier un « effet blouse blanche ».

Un schéma souvent proposé :

  • 2 mesures le matin et 2 le soir,
  • pendant 3 à 7 jours,
  • dans des conditions identiques.

Noter l’heure, les valeurs, les symptômes, puis transmettre au professionnel qui suit la grossesse.

MAPA 24 h

La MAPA enregistre la tension sur 24 h et aide à distinguer une vraie hypertension d’une élévation liée au stress, et à repérer l’absence de baisse nocturne.

Examens associés : urines et sang

Si une tension grossesse élevée est suspectée ou confirmée, on recherche une atteinte d’organes :

  • protéinurie,
  • créatinine (rein),
  • transaminases (foie),
  • plaquettes.

Surveillance fœtale

Selon la situation : échographies de croissance, Dopplers, et monitoring.

Traitement de la tension grossesse : principes et options

Objectifs

Protéger la mère (risque neurologique, rénal, hépatique) sans diminuer trop fortement la perfusion utéro-placentaire. On ajuste, on réévalue, on suit.

Mesures de mode de vie

Selon les cas : rythme plus calme, pauses, activité douce si autorisée, hydratation, alimentation équilibrée avec un sel modéré (ni excès, ni restriction sévère sans avis médical). L’arrêt du tabac reste une priorité.

Position latérale gauche

Souvent bénéfique pour le confort, surtout en fin de grossesse. Pour la mesure, le plus important est la reproductibilité des conditions.

Médicaments compatibles

Les molécules fréquemment utilisées incluent :

  • labétalol,
  • méthyldopa,
  • nifédipine (selon forme et protocole).

En situation aiguë hospitalière, une nicardipine intraveineuse peut être utilisée.

Médicaments contre-indiqués

Les IEC, ARA2 et la spironolactone sont à éviter pendant la grossesse. Un remplacement doit être organisé par l’équipe médicale.

Aspirine faible dose

Une aspirine à faible dose peut être proposée en prévention de la prééclampsie chez certaines femmes à risque, idéalement débutée avant 16 SA selon les recommandations.

Quand l’hospitalisation est discutée

Tension sévère, symptômes, atteinte biologique (rein/foie/plaquettes), suspicion de prééclampsie grave/HELLP, ou retentissement fœtal : l’hospitalisation permet une surveillance continue et des décisions rapides.

Accouchement et post-partum : décisions, délais, suivi

Après 37 SA : discussion du terme

Si la tension grossesse reste élevée après 37 SA, un accouchement entre 37 et 39 SA peut être discuté selon la stabilité maternelle, les bilans et l’état fœtal.

Prééclampsie : quand la naissance devient le traitement

Quand la prééclampsie est sévère, l’accouchement met fin au mécanisme placentaire. La décision dépend du terme, de la gravité, et de la possibilité de stabiliser la mère.

Après la naissance

La tension peut rester élevée quelques jours ou semaines. Une normalisation est fréquente dans les 3 mois. Si l’hypertension persiste, un bilan est nécessaire.

Suivi à 3 mois

Un contrôle tensionnel vers 3 mois en post-partum est une bonne habitude après hypertension gestationnelle ou prééclampsie, afin d’organiser la prévention cardiovasculaire au long cours.

À retenir

  • La tension grossesse baisse souvent au début, atteint un point bas vers 20–24 SA, puis remonte au 3e trimestre.
  • Hypertension : ≥ 140/90 mmHg sur mesures répétées , seuil de gravité fréquent : ≥ 160/110 mmHg.
  • Maux de tête intenses, troubles visuels, douleur épigastrique, essoufflement, œdèmes rapides, diminution des mouvements fœtaux : avis rapide, parfois urgent.
  • La prééclampsie associe hypertension et atteinte d’organes , le HELLP en est une forme sévère.
  • Le suivi associe mesures fiables (consultation, automesure, MAPA), bilans sanguins/urinaires et surveillance fœtale.
  • Des antihypertenseurs compatibles existent , IEC/ARA2 et spironolactone sont contre-indiqués.
  • Après l’accouchement, un contrôle vers 3 mois et une prévention cardiovasculaire sont utiles.
  • Des professionnels peuvent vous accompagner, et vous pouvez télécharger l’application Heloa pour des conseils personnalisés et des questionnaires de santé gratuits pour les enfants.

Les questions des parents

Comment faire baisser la tension pendant la grossesse naturellement ?

C’est une inquiétude fréquente et compréhensible. Pour des hausses modestes, quelques mesures de quotidien aident souvent : repos régulier, hydratation, activité douce adaptée (marche, natation si autorisée), pauses et gestion du stress (respiration, sieste). Une alimentation équilibrée avec un apport en sel modéré — sans restriction sévère sans avis médical — et l’arrêt du tabac contribuent aussi. Les bas de contention peuvent soulager la stase veineuse. Attention : si la tension dépasse répétitivement 140/90 mmHg ou s’accompagne de symptômes, un traitement médical peut être nécessaire. Parlez-en à votre équipe soignante avant de modifier quoi que ce soit.

Plantes et compléments : sont‑ils compatibles si j’ai de la tension ?

Il est normal de vouloir des solutions naturelles, mais beaucoup de plantes ne sont pas étudiées en grossesse. Certaines, comme la réglisse, peuvent augmenter la pression. Les compléments courants (acide folique, vitamine D) sont généralement sûrs quand ils sont prescrits. Il convient de signaler tout produit naturel à votre médecin ou pharmacien : certains compléments peuvent interagir avec les antihypertenseurs ou être déconseillés. N’hésitez pas à demander un avis médical avant de commencer.

Une future maman se repose sur son canapé avec un verre d eau pour maintenir une bonne tension grossesse

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