Par Heloa, le 10 janvier 2026

Grossesse à risque : causes, suivi et signes d’alerte

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Femme enceinte en consultation médicale discutant de sa grossesse à risque avec un médecin

La grossesse à risque soulève souvent mille questions, parfois en rafale : faut-il changer de maternité ? Est-ce que le bébé grandit bien ? Et si un symptôme apparaît la nuit, est-ce « assez important » pour appeler ? Une chose aide à respirer : parler de grossesse à risque ne prédit pas un scénario catastrophique. Cela signifie surtout que certains éléments augmentent la probabilité de complications, et que le suivi est ajusté pour intervenir tôt, avec des repères très concrets.

Grossesse à risque : de quoi parle-t-on exactement ?

Une grossesse à risque (on entend aussi « grossesse à haut risque ») correspond à une situation où l’on identifie un ou plusieurs facteurs associés à une fréquence plus élevée de complications pendant la grossesse, l’accouchement ou le post-partum. L’idée n’est pas d’inquiéter, mais d’anticiper.

Une question revient souvent : « Le risque concerne qui ? »

  • La mère : hypertension artérielle, diabète, maladie cardiaque, maladie rénale, thrombose…
  • Le bébé : anomalie détectée à l’échographie, RCIU (retard de croissance intra-utérin), prématurité…
  • Le placenta (l’interface mère-bébé) : placenta praevia, décollement placentaire, insuffisance placentaire.

Pourquoi une surveillance renforcée ? Pour vérifier régulièrement :

  • l’état maternel (tension artérielle, symptômes, analyses sanguines et urinaires) ,
  • la croissance et le bien-être du bébé (échographies, quantité de liquide amniotique, parfois monitoring) ,
  • la circulation placentaire (mesures au Doppler quand c’est pertinent).

Facteurs de grossesse à risque avant la grossesse

Une grossesse à risque peut être repérée très tôt, parfois dès la consultation de début de grossesse, simplement en reprenant l’histoire médicale.

Âge maternel

  • Avant 18 ans : le suivi tient compte du corps (parfois encore en croissance) et du contexte (fatigue, accès aux soins, soutien).
  • Après 35 ans : certains risques augmentent statistiquement (hypertension, diabète, anomalies chromosomiques), ce qui peut conduire à proposer des dépistages plus poussés.

Antécédents obstétricaux

Les grossesses précédentes sont une mine d’informations : prématurité, prééclampsie, hémorragie, placenta bas inséré, RCIU… rien n’est « une étiquette », mais tout aide à calibrer la surveillance.

  • Après une fausse couche : le plus souvent, cela ne prédit pas une complication future. En cas de fausses couches répétées ou tardives, un bilan ciblé peut être discuté.
  • Après une naissance prématurée : on surveille plus attentivement les contractions, les signes infectieux, et parfois la longueur du col.
  • Après un bébé de petit poids : on renforce souvent les échographies de croissance et, si nécessaire, le Doppler.

Maladies chroniques et situations médicales

Le principe est simple : stabiliser la maladie, adapter les traitements à la grossesse, et surveiller les organes sensibles (reins, cœur, thyroïde, foie) ainsi que le placenta.

  • Diabète préexistant : l’équilibre glycémique avant et pendant la grossesse diminue nettement les complications.
  • Hypertension artérielle préexistante : contrôle tensionnel rapproché, recherche de protéinurie (protéines dans les urines) et bilans sanguins selon les cas.
  • Maladie cardiaque : suivi conjoint obstétricien–cardiologue, car la grossesse augmente le débit cardiaque et peut démasquer un essoufflement ou des troubles du rythme.
  • Troubles thyroïdiens : contrôle de la TSH (et parfois T4) avec ajustement des doses.
  • Maladie rénale : surveillance de la créatinine, des urines, de la tension.
  • Infections chroniques (VIH, hépatites) : prise en charge spécialisée, traitements compatibles, prévention de la transmission.
  • Incompatibilité Rhésus : prévention par immunoglobulines anti-D selon les situations pour éviter l’allo-immunisation.

Mode de vie et contexte de vie

Certains facteurs ne relèvent pas d’un « choix simple » , ils existent, et ils comptent en médecine.

  • Tabac : augmente le risque de complications placentaires et de petit poids de naissance , un sevrage accompagné reste bénéfique, même tard.
  • Alcool : impact possible sur le développement cérébral fœtal , l’arrêt est l’objectif, avec aide si besoin.
  • Drogues : risque de prématurité, complications néonatales , un suivi addictologique non jugeant change la trajectoire.
  • Précarité, isolement, travail pénible, stress : en parler permet d’activer des aides (assistante sociale, aménagements, soutien psychologique).

Poids avant la grossesse

  • IMC élevé : augmente le risque de diabète gestationnel, troubles hypertensifs, complications obstétricales.
  • IMC bas : associé à un risque de petit poids de naissance , on s’intéresse aux apports, aux nausées, aux carences.

Grossesse multiple : risques spécifiques

Une grossesse à risque est souvent évoquée d’emblée en cas de grossesse gémellaire, et plus encore avec une grossesse triple.

  • Jumeaux : risque accru de prématurité, présentations complexes, discordance de croissance. La placentation (chorionicité) influence fortement le suivi.
  • Triplés : suivi très rapproché, souvent en maternité expérimentée.

Pourquoi cette vigilance ? Plusieurs bébés sollicitent davantage l’utérus et le placenta. D’où l’intérêt d’échographies régulières, parfois d’une mesure du col, et d’évaluations répétées du bien-être fœtal.

Facteurs liés au bébé et au placenta

Anomalies congénitales

Une anomalie repérée à l’échographie morphologique peut justifier des examens complémentaires, un avis spécialisé, et une préparation précise de la naissance (parfois avec chirurgie pédiatrique ou néonatologie).

Anomalies chromosomiques

Le dépistage peut inclure le DPNI selon l’indication. Si nécessaire, un examen diagnostique (comme l’amniocentèse) est discuté. En situation complexe, l’orientation vers un CPDPN permet de coordonner les avis.

RCIU

Le RCIU correspond à une croissance fœtale insuffisante pour le terme. Le suivi repose sur :

  • échographies rapprochées,
  • évaluation du liquide amniotique,
  • Doppler (artères utérines/ombilicales selon les cas).

L’objectif est un équilibre fin : poursuivre la grossesse pour gagner du temps quand le bébé tient bien… et ne pas attendre si des signes de souffrance apparaissent.

Problèmes placentaires

  • Placenta praevia : placenta proche du col, saignements souvent indolores au 3e trimestre , recontrôle échographique en fin de grossesse (le placenta peut « remonter »). Si persistant, une césarienne programmée est souvent discutée.
  • Décollement placentaire : douleur, contractions, parfois saignements , situation d’urgence, évaluation materno-fœtale immédiate.

Complications pouvant apparaître pendant la grossesse

Une grossesse à risque peut aussi le devenir en cours de route, même si tout allait bien au départ.

Diabète gestationnel

Souvent silencieux, dépisté par prise de sang et/ou HGPO. La prise en charge combine :

  • alimentation adaptée,
  • activité physique si autorisée,
  • autosurveillance glycémique.

Selon les chiffres, un traitement (souvent insuline) peut être nécessaire. La surveillance fœtale recherche en particulier une macrosomie et ses conséquences à l’accouchement.

Troubles hypertensifs : prééclampsie

La prééclampsie associe hypertension et atteinte d’organe (protéinurie, anomalies hépatiques/rénales, baisse des plaquettes). Signes d’alerte typiques :

  • céphalées intenses,
  • troubles visuels,
  • douleurs sous-costales droites ou haut du ventre,
  • essoufflement,
  • œdèmes soudains.

La prise en charge dépend de la sévérité : surveillance, antihypertenseurs, parfois hospitalisation, parfois décision d’accouchement.

Saignements

Un saignement n’est pas toujours grave, mais il doit être évalué rapidement, surtout s’il est abondant, douloureux, ou s’il survient au 3e trimestre.

Infections

Certaines infections maternelles peuvent avoir un impact fœtal (toxoplasmose, rubéole, CMV, listériose). La prévention (hygiène alimentaire, vaccination avant grossesse si besoin) et les tests adaptés réduisent le risque.

Thrombose

La grossesse augmente la coagulation. Douleur/gonflement d’une jambe, essoufflement brutal, douleur thoracique : urgence. Chez certaines femmes à risque, une prévention anticoagulante est discutée.

Cholestase gravidique

Prurit intense, souvent mains/pieds, parfois jaunisse. Diagnostic : acides biliaires + bilan hépatique. La surveillance est renforcée et le terme de naissance peut être discuté selon les résultats.

Signes d’alerte : quand contacter rapidement une maternité

Avec une grossesse à risque, le « filet de sécurité » est fondamental. Appelez sans attendre en cas de :

  • maux de tête sévères et persistants,
  • troubles de la vision (voile, éclairs, points noirs),
  • fièvre,
  • douleur abdominale intense ou inhabituelle,
  • saignements vaginaux,
  • contractions fréquentes avant terme,
  • pertes de liquide (suspicion de rupture de la poche des eaux),
  • diminution nette des mouvements fœtaux.

Un doute ? Mieux vaut un avis.

Examens et dépistages en cas de grossesse à risque

Une grossesse à risque s’appuie sur des repères objectifs.

Évaluation initiale

Antécédents médicaux et obstétricaux, traitements, allergies, contexte de vie. Examen clinique : tension artérielle, poids/IMC, symptômes.

Analyses sanguines et urinaires

  • Protéines dans les urines (dépistage de prééclampsie en contexte d’HTA).
  • Fonction rénale (créatinine), hépatique (transaminases), plaquettes.
  • Dépistage d’infections selon recommandations et contexte.

Diabète gestationnel

Le test HGPO est souvent proposé au 2e trimestre, plus tôt si facteurs de risque. Après diagnostic : autosurveillance, objectifs glycémiques, adaptation alimentaire, traitement si nécessaire.

Échographies et surveillance fœtale

  • Échographies de croissance.
  • Localisation placentaire.
  • Doppler placentaire.
  • Liquide amniotique.
  • Monitoring selon indication.

Dépistage prénatal et examens spécialisés

Le DPNI peut être proposé selon le niveau de risque. Si un diagnostic est nécessaire, l’amniocentèse peut être discutée. Le CPDPN coordonne les avis en cas de situation complexe.

Consultation préconceptionnelle (si projet futur)

Adapter les traitements, vérifier les vaccins, démarrer l’acide folique, préparer le suivi : une étape qui sécurise beaucoup de parcours.

Suivi, prise en charge et préparation de l’accouchement

Le suivi d’une grossesse à risque est souvent plus fréquent, mais il peut rester ambulatoire si tout est stable. Parfois, des contrôles hospitaliers réguliers sont nécessaires.

Une équipe pluridisciplinaire

Selon la situation :

  • gynécologue-obstétricien (coordination),
  • sage-femme (suivi clinique et repérage des symptômes),
  • diabétologue/endocrinologue,
  • cardiologue, néphrologue,
  • anesthésiste,
  • néonatologue,
  • diététicien,
  • psychologue.

Hospitalisation : quand et pourquoi

Elle peut être partielle ou complète, pour surveiller la tension, le bébé, stabiliser un traitement, prévenir une naissance trop précoce, ou réaliser des bilans rapprochés.

Adaptations au quotidien

Les traitements peuvent être ajustés pendant la grossesse : ne jamais modifier seule une prescription. L’alimentation peut devenir un véritable levier thérapeutique (diabète gestationnel) ou un soutien (insuffisance pondérale, carences). L’activité physique, lorsqu’elle est autorisée, aide la glycémie, le sommeil, l’humeur , dans certains contextes, une restriction est demandée : la consigne est toujours individualisée.

Planification de la naissance

Le choix de la maternité (niveau 1, 2 ou 3) dépend surtout du risque de prématurité et des besoins potentiels du nouveau-né. La voie d’accouchement (voie basse ou césarienne) dépend de la présentation, du placenta, de l’état maternel et du bien-être fœtal. Pendant le travail, la surveillance est souvent plus rapprochée.

Après la naissance : suites et prévention

Une grossesse à risque peut nécessiter une surveillance post-partum ciblée : tension après troubles hypertensifs, dépistage du diabète à distance après diabète gestationnel, suivi spécialisé selon la maladie chronique.

Côté bébé : prématurité, petit poids, hypoglycémies néonatales, difficultés d’alimentation… un suivi néonatal/pédiatrique est adapté au contexte.

Pour une future grossesse, une consultation préconceptionnelle permet d’optimiser les traitements, soutenir un sevrage tabac/alcool/substances, ajuster le poids quand c’est possible, et poser un plan clair dès le départ.

À retenir

  • La grossesse à risque signifie une surveillance adaptée, pas une issue défavorable annoncée.
  • Les facteurs peuvent être présents avant la grossesse (âge, antécédents, maladies, poids, contexte de vie) ou apparaître pendant (diabète gestationnel, prééclampsie, infections, cholestase, RCIU…).
  • Saignements, fièvre, douleur intense, contractions rapprochées avant terme, perte de liquide, baisse des mouvements fœtaux, troubles visuels ou céphalées sévères : avis médical rapide.
  • Le suivi combine consultations plus fréquentes, analyses, échographies, parfois Doppler et monitoring, avec une équipe pluridisciplinaire et une maternité adaptée.
  • Des professionnels peuvent accompagner le vécu émotionnel et l’organisation du quotidien. Et pour des conseils personnalisés et des questionnaires de santé gratuits pour les enfants, vous pouvez télécharger l’application Heloa.

Les questions des parents

Ai-je droit à un arrêt de travail ou à des aménagements au travail ?

Rassurez‑vous : souvent oui, mais ça dépend du pays et de votre situation médicale. Un professionnel (médecin traitant ou obstétricien) peut prescrire un arrêt si la grossesse présente un risque réel. Vous pouvez aussi demander un aménagement (horaires, poste, pause supplémentaire) via le médecin du travail ou votre employeur. N’hésitez pas à parler ouvertement de vos besoins avec l’équipe de soins et les ressources RH : des solutions existent pour protéger votre santé sans jugement.

Qui prend en charge les examens et l’hospitalisation liés à une grossesse à risque ?

La prise en charge varie selon le système de santé et votre assurance. Dans de nombreux pays, les consultations prénatales, examens complémentaires et hospitalisations liées à la grossesse sont partiellement ou totalement remboursés. Conservez les prescriptions et devis, et contactez votre caisse d’assurance ou mutuelle pour clarifier les remboursements. Si vous avez des difficultés financières, signalez‑le à votre maternité : une assistante sociale peut vous orienter vers des aides.

Où trouver un soutien psychologique et social ?

Vous n’êtes pas seul·e. Demandez une orientation vers un psychologue périnatal, une sage‑femme de liaison, ou une assistante sociale dès le suivi. Des groupes de parole, associations locales et lignes d’écoute existent aussi. Si l’anxiété ou la fatigue devient envahissante, contactez rapidement un professionnel : obtenir du soutien améliore le parcours médical et le bien‑être familial.

Future maman allongée sur un canapé prenant du repos pour préserver sa grossesse à risque

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