Avant même la première cuillère de purée, une question s’invite souvent : « Et les dents, alors ? » Les dents de lait arrivent parfois discrètement, parfois avec des nuits hachées, une bave inépuisable et un besoin irrépressible de mordiller. On hésite : faut-il déjà brosser ? Le fluor est-il utile ? Une tache blanche, c’est grave ? Et si une dent tombe trop tôt… est-ce que « ça compte » ?
Entre la poussée dentaire, le risque de carie, les chocs du quotidien et la future dentition définitive, tout se tient. L’objectif : comprendre ce que font vraiment les dents temporaires, repérer ce qui est normal, et savoir quand demander un avis.
À quoi servent les dents de lait (et pourquoi elles méritent des soins)
Les dents de lait (on parle aussi de dentition primaire ou de dents déciduales) sont les premières dents de l’enfant. Elles sortent le plus souvent entre 6 mois et 3 ans, puis laissent progressivement place aux dents permanentes.
Elles tombent, oui. Mais elles travaillent dur.
- Mastication : elles découpent, déchirent, broient. Résultat : une diversification plus confortable, une meilleure exploration des textures.
- Phonation : certaines consonnes s’appuient sur la position des incisives et le contact langue-dents.
- Esthétique et aisance : sourire, rire, parler… sans douleur ni gêne, ça change le quotidien.
Et il y a un rôle moins visible, mais déterminant : les dents de lait gardent la place.
Maintien de l’espace : le « plan de stationnement » des dents définitives
Chaque dent de lait conserve un volume d’arcade. Si une dent est perdue trop tôt (carie, abcès, choc), les dents voisines peuvent basculer, migrer, réduire l’espace disponible. La dent permanente, qui prépare son éruption sous la gencive, risque alors de sortir de travers ou de rester bloquée.
Un émail fin, une carie rapide
L’émail des dents de lait est plus mince. La carie progresse donc plus vite vers la pulpe (la partie vivante au centre : nerfs et vaisseaux). Douleur, infection, abcès… peuvent apparaître plus rapidement que sur une dent définitive.
Vous vous demandez peut-être : « Si ça tombe, pourquoi soigner ? » Parce qu’une dent douloureuse perturbe le sommeil, l’alimentation, et parfois l’environnement de la future dent permanente.
Combien de dents de lait ? Les reconnaître en un clin d’œil
La dentition de lait comporte 20 dents :
- 8 incisives (4 centrales, 4 latérales)
- 4 canines
- 8 molaires (premières et deuxièmes)
Incisives, canines, molaires : qui fait quoi ?
- Les incisives (devant) coupent.
- Les canines (plus pointues) déchirent.
- Les molaires (au fond) broient : larges, elles donnent parfois des poussées plus inconfortables.
Résorption des racines : pourquoi ça bouge avant de tomber
Avant la chute, la racine d’une dent de lait se résorbe (elle « fond » progressivement). C’est physiologique : la dent permanente se développe en dessous, et ce remodelage rend la dent mobile, puis elle tombe.
Calendrier d’éruption des dents de lait : repères (sans obsession du mois exact)
Les âges varient beaucoup, et c’est souvent familial. Les repères les plus fréquents :
- Incisives centrales : bas 6–10 mois , haut 8–12 mois
- Incisives latérales : bas 9–13 mois , haut 10–16 mois
- Premières molaires : 13–19 mois
- Canines : 16–23 mois
- Deuxièmes molaires : bas 23–31 mois , haut 25–33 mois
En général, les 20 dents de lait sont présentes vers 2 ans et demi à 3 ans.
Variations normales… et signes qui font demander un avis
Un décalage isolé ne veut pas dire problème. Ce qui compte, c’est la dynamique globale.
Un avis (dentiste ou médecin) est utile si :
- aucune dent n’est sortie vers 18 mois
- asymétrie droite/gauche nette qui persiste
- gencive très gonflée, douloureuse, avec suspicion d’infection
Poussée dentaire : symptômes fréquents et soulagement
La poussée dentaire, c’est souvent un mélange : un peu de gêne, un peu d’irritabilité… et parfois beaucoup de salive.
Signes courants :
- gencives sensibles, rougeur localisée
- salivation abondante
- besoin de mordiller
- sommeil plus agité
- appétit variable
Que faire, concrètement ?
Mesures simples, souvent très efficaces :
- froid (anneau réfrigéré, compresse fraîche , pas d’objet congelé)
- massage doux de la gencive avec un doigt propre
- anneau de dentition adapté, propre, en bon état
- si diversification déjà en place : aliments plus frais et plus mous
Attention aux gels anesthésiants sans avis : certains exposent à des effets indésirables chez le tout-petit.
Fièvre et diarrhée : dents ou autre chose ?
Une légère hausse de température peut coïncider. En revanche, une fièvre franche, des vomissements, une diarrhée importante ou un enfant très abattu font plutôt chercher une infection (virale, ORL, digestive).
Consultez si :
- fièvre > 38 °C persistante
- refus de boire, signes de déshydratation
- pus, mauvaise odeur, douleur intense
Hygiène : brossage, fluor, fil dentaire… sans prise de tête
Dès la première dent : brossage matin et soir. Oui, même si elle est minuscule.
Brosser : gestes et rythme
Brosse souple, petite tête. On passe sur toutes les faces accessibles, sans frotter agressivement. L’enfant « s’entraîne », puis l’adulte termine : c’est la combinaison la plus réaliste.
Dentifrice fluoré : combien ?
Le fluor aide l’émail à résister aux acides et favorise la reminéralisation.
Repères pratiques (souvent utilisés) :
- 0–3 ans : trace « grain de riz », 2×/jour
- 3–6 ans : trace « petit pois », 2×/jour
- après 6 ans : quantité plus standard, avec surveillance au début
L’objectif : une fine pellicule, pas une mousse abondante. On limite l’ingestion en dosant bien.
Fil dentaire : à partir de quand ?
Dès que deux dents se touchent (souvent vers 2–3 ans). Le geste est délicat, lent, et reste parental.
Alimentation : le sucre répété, surtout la nuit, c’est le vrai piège
Le risque carieux dépend beaucoup de la fréquence d’exposition aux sucres. Un jus « de temps en temps » au repas n’a pas le même effet qu’un biberon sucré à répétition.
Carie du biberon : ce qu’il faut comprendre
La nuit, la salive protège moins. Le sucre (y compris du lait ou du jus) reste plus longtemps sur les dents. Les lésions débutent souvent sur les incisives supérieures : taches blanches crayeuses, puis brunissement, puis cavité.
Si un biberon aide à l’endormissement, avancer par étapes peut être plus simple :
- proposer de l’eau la nuit quand c’est possible
- préserver un rituel de réassurance (histoire, doudou)
- garder le brossage du soir comme repère fixe
Habitudes protectrices
- eau comme boisson principale
- repas structurés, limiter le grignotage
- brossage du soir non négociable (même rapide)
Allaitement et santé bucco-dentaire
L’allaitement peut s’intégrer à une bonne hygiène. Le point d’attention survient quand les dents sont sorties et que les prises nocturnes sont très fréquentes, sans brossage ensuite. Observer les dents (taches, zones mates) et consulter tôt en cas de doute aide à garder une situation simple.
Caries des dents de lait : repérer tôt, soigner sans attendre
Une carie ne commence pas toujours par un trou. Souvent, elle débute « en surface ».
Signes d’alerte
- taches blanches crayeuses (déminéralisation)
- zones brunes
- rugosité, petit creux
- douleur au froid/sucré, ou douleur nocturne (plus tardive)
Dès le doute : avis dentaire. Plus tôt on agit, plus les soins sont légers.
Soins possibles (selon profondeur)
- renforcement par vernis fluoré, mesures de reminéralisation
- restauration (obturation)
- pulpotomie si la pulpe est touchée mais encore conservable
- couronne pédiatrique pour une dent très fragilisée (souvent une molaire)
- extraction si dent non restaurable ou infection importante (avec discussion sur l’espace)
Tétine, pouce, chocs : les scénarios fréquents
Succion prolongée : quel impact ?
Avec le temps, tétine ou pouce peuvent favoriser une béance antérieure (les dents ne se touchent plus devant), une avancée des incisives, une arcade plus étroite. Plus l’habitude dure, plus le risque augmente.
Un arrêt progressif autour de 3–4 ans est un repère fréquent. On commence souvent par limiter aux moments de sommeil.
Chute sur dents de lait : quand consulter ?
Le germe de la dent permanente est proche. Après un choc, un contrôle est utile si :
- dent déplacée ou très mobile
- saignement important
- douleur persistante
- dent qui change de couleur (grise/noire)
Avulsion d’une dent de lait (dent expulsée) : on ne la réimplante pas, mais on consulte.
Chute des dents de lait : âge, « double rangée », situations particulières
La chute des dents de lait débute souvent vers 6–7 ans (incisives), et se poursuit jusqu’à 10–12 ans.
Si une dent définitive sort derrière une dent de lait encore en place, l’effet « double rangée » est fréquent. Souvent, la dent de lait finit par tomber. Si rien n’évolue en quelques semaines à quelques mois, ou si l’encombrement est net, un avis dentaire peut débloquer la situation.
Suivi chez le dentiste et orthodontie : quand y penser ?
Première visite souvent autour de 12 mois ou à l’apparition des premières dents, puis contrôles réguliers selon le risque carieux (souvent tous les 6 mois).
Une première évaluation orthodontique est fréquemment proposée vers 7 ans (dentition mixte). Plus tôt si vous observez : béance marquée, décalage des mâchoires, dents croisées, pertes précoces, dents définitives très en dehors de l’alignement.
Les « dents de 6 ans » : attention, elles ne remplacent rien
Vers 6 ans, les premières molaires permanentes sortent derrière les molaires de lait. Elles carient facilement si le brossage ne va pas jusqu’au fond.
Certaines dents permanentes présentent une hypominéralisation (émail plus fragile, taches, sensibilité). Le suivi permet de protéger tôt.
À retenir
- Les dents de lait participent à la mastication, à la parole, au sourire, et au maintien de l’espace pour les dents définitives.
- La poussée dentaire varie , on demande un avis si aucune dent n’est sortie vers 18 mois, s’il existe une asymétrie marquée ou des signes d’infection.
- Pour soulager : froid, massage, anneau adapté. Fièvre élevée, vomissements ou diarrhée importante orientent plutôt vers une autre cause.
- Brossage dès la première dent + dentifrice fluoré bien dosé : la base de la prévention des caries des dents de lait.
- En cas de tache qui progresse, douleur, abcès, choc ou « double rangée » persistante, un rendez-vous rapide évite souvent des soins plus lourds.
Des professionnels (dentiste, pédodontiste, médecin) peuvent vous accompagner selon l’âge et le contexte. Pour aller plus loin, vous pouvez aussi télécharger l’application Heloa : conseils personnalisés et questionnaires de santé gratuits pour les enfants.
Les questions des parents
Comment nettoyer la bouche avant la première dent ?
Pas d’inquiétude : on peut commencer doucement. Après les tétées ou les repas, passez un linge propre et humide ou une compresse sur les gencives et l’intérieur des joues. Un doigtier en silicone propre fonctionne aussi pour masser légèrement et habituer bébé. Quelques passages suffisent. Évitez les produits agressifs et les bains de bouche chimiques sauf avis médical.
Le fluor chez le tout‑petit : risque de fluorose ?
Le fluor protège l’émail, mais en excès il peut laisser de petites taches (fluorose) pendant la formation des dents. Pour limiter le risque : dosez le dentifrice (trace « grain de riz » 0–3 ans, « petit pois » 3–6 ans), surveillez que l’enfant n’avale pas la pâte et utilisez un dentifrice spécialement pour enfants. Si votre eau est très fluorée ou si un supplément est proposé, parlez‑en au pédiatre ou au dentiste : ils adapteront la dose.
Que fait le dentiste si une dent de lait tombe trop tôt ?
Le professionnel évaluera la situation : parfois surveillance simple suffit. Si l’espace risque d’être perdu, un mainteneur d’espace peut être posé pour éviter des déplacements des dents voisines. D’autres traitements (restauration, extraction contrôlée, suivi orthodontique) sont possibles selon l’âge et l’état de la bouche. N’hésitez pas à consulter : des solutions existent pour préserver la place et le sourire de votre enfant.

Pour aller plus loin :




