Quand, au cœur de la nuit, une toux « aboyante » réveille tout le monde et que la voix devient rauque, l’inquiétude monte vite. La laryngite bébé impressionne souvent plus qu’elle n’est dangereuse… mais elle demande un vrai tri : reconnaître les signes typiques, calmer l’inflammation, et repérer sans hésiter ce qui nécessite un avis médical rapide. Entre rhume banal, œdème sous-glottique (gonflement juste sous les cordes vocales) et respiration bruyante, l’objectif reste le même : aider votre enfant à respirer confortablement et à boire suffisamment.
Laryngite bébé : que se passe-t-il dans le larynx ?
Le larynx, une « porte » respiratoire très sensible chez le nourrisson
La laryngite bébé correspond à une inflammation du larynx, situé entre le pharynx (arrière-gorge) et la trachée. On y trouve les cordes vocales : quand la muqueuse gonfle, la voix s’enroue (dysphonie), parfois jusqu’au quasi-silence.
Chez le nourrisson, tout est plus étroit. Très étroit. Une petite quantité d’œdème (gonflement inflammatoire) peut réduire nettement le passage de l’air, surtout dans la zone sous-glottique. Résultat : toux rauque, respiration plus bruyante, et parfois un bruit aigu à l’inspiration.
Laryngite aiguë, laryngite sous-glottique, croup : des mots différents, un même mécanisme
Derrière le terme laryngite bébé, plusieurs tableaux existent :
- Laryngite aiguë : enrouement, toux, souvent après un rhume.
- Laryngite sous-glottique (souvent appelée laryngite striduleuse) : toux aboyante, gêne inspiratoire possible.
- Croup (laryngotrachéite) : inflammation qui touche larynx + trachée, avec stridor plus net, parfois au repos.
Les appellations changent selon les équipes, mais l’idée reste simple : une muqueuse qui gonfle là où l’air doit passer.
Pourquoi surtout entre 6 mois et 3 ans ?
La laryngite bébé est fréquente chez les tout-petits (souvent 6 mois–3 ans) car :
- le calibre des voies aériennes est petit,
- la muqueuse réagit fort aux virus,
- la marge de « compensation » est limitée.
Et la nuit ? Sécrétions, position allongée, air plus sec… la gêne se fait sentir davantage. Vous vous demandez peut-être pourquoi tout semble s’aggraver à 2 h du matin : c’est un grand classique.
Causes de la laryngite bébé : virus, irritants, terrains favorisants
La cause la plus fréquente : une infection virale respiratoire
Dans la majorité des cas, la laryngite bébé est virale. Les virus impliqués sont ceux des infections saisonnières : parainfluenza (souvent associé au croup), VRS (RSV), rhinovirus, influenza, adénovirus…
Ils déclenchent une inflammation de la muqueuse, avec œdème sous-glottique. La transmission se fait par gouttelettes (toux, éternuements) et par les mains (surfaces, jouets, poignées).
Reflux gastro-œsophagien (RGO) : irritant possible du larynx
Le RGO correspond à des remontées du contenu de l’estomac vers l’œsophage, parfois jusqu’au haut de la gorge. Ce reflux (acide ou non acide) peut irriter le larynx et rendre la muqueuse plus réactive. Il n’explique pas tout, mais peut favoriser des épisodes plus fréquents ou un enrouement qui traîne.
Indices qui peuvent orienter (sans poser un diagnostic à eux seuls) : régurgitations importantes, gêne après les biberons, toux répétée en position allongée, enrouement récurrent.
Air sec, fumée, parfums : quand l’environnement entretient l’irritation
Un air trop sec (chauffage), la fumée de tabac (même « à côté »), les sprays parfumés, bougies, poussières, pollution… tout cela peut irriter les voies aériennes supérieures. Dans une laryngite bébé, ce cocktail suffit parfois à rendre la nuit plus bruyante.
Allergie : un terrain qui peut compter
L’allergie n’est pas la cause habituelle d’une laryngite bébé aiguë, mais un terrain allergique peut maintenir une inflammation ORL (rhinite persistante, éternuements, écoulement clair, conjonctivite, saisonnalité). Si les épisodes se répètent sans fièvre ni rhume franc, la question mérite d’être posée au médecin.
Rare, mais à connaître : épiglottite, trachéite bactérienne, corps étranger
Certaines situations ne ressemblent pas à une laryngite bébé classique et demandent une évaluation urgente :
- Épiglottite (devenue rare grâce au vaccin Hib) : fièvre élevée, hypersalivation, difficulté à avaler, enfant très gêné.
- Trachéite bactérienne : fièvre importante, altération de l’état général, détresse respiratoire.
- Corps étranger : début brutal pendant un repas ou un jeu, toux quinteuse, gêne soudaine.
Symptômes de laryngite bébé : les signes typiques
Toux aboyante et voix rauque : le duo qui met la puce à l’oreille
La laryngite bébé donne souvent une toux aboyante : sèche, rauque, « métallique ». La voix devient enrouée, parfois faible. Chez certains enfants, l’épisode est spectaculaire mais bref , chez d’autres, il revient sur plusieurs nuits.
Stridor : un bruit à l’inspiration à interpréter selon le contexte
Le stridor est un bruit aigu, surtout inspiratoire, lié au rétrécissement laryngé. Quelques repères simples :
- stridor uniquement quand bébé pleure ou s’agite : souvent forme modérée,
- stridor au repos : signal d’alerte,
- stridor qui s’intensifie, associé à une respiration rapide : il faut faire évaluer.
Observez aussi l’effort respiratoire : votre bébé « creuse » au niveau du cou ou entre les côtes ? C’est le tirage, signe que l’air passe difficilement.
Rhume, fièvre, fatigue : un tableau ORL fréquent
Une laryngite bébé suit souvent un rhume : nez bouché, écoulement, éternuements. Une fièvre modérée est possible. La fatigue peut être nette (nuits hachées). Un changement de comportement compte : un enfant très agité… ou au contraire inhabituellement calme et somnolent, cela oriente la gravité.
Boire moins : le retentissement qui compte vraiment
Quand respirer demande un effort, boire devient plus compliqué. Surveillez :
- tétées/biberons plus courts, pauses fréquentes,
- vomissements déclenchés par la toux,
- couches moins mouillées, bouche sèche.
Un repère rassurant : si la respiration s’apaise et que l’hydratation redevient correcte, l’évolution est souvent favorable.
Laryngite bébé : quand consulter et quand appeler les urgences ?
Consultation le jour même : les situations à ne pas banaliser
Une évaluation médicale le jour même est souhaitable en cas de laryngite bébé si :
- stridor qui apparaît facilement ou persiste,
- tirage visible (cou, intercostal, sous-costal),
- difficultés à boire, signes de déshydratation,
- bébé très jeune, antécédents respiratoires, prématurité,
- aggravation, ou absence d’amélioration en 24–48 h.
Urgence 15/112 : signes de détresse respiratoire
Appelez le 15 ou le 112 si vous observez :
- stridor important au repos, respiration laborieuse,
- tirage marqué, battement des ailes du nez,
- cyanose (lèvres/visage bleutés),
- apnées, pauses respiratoires, malaise,
- épuisement, somnolence, impossibilité de boire.
En attendant : gardez votre bébé contre vous, position semi-assise, cherchez le calme. Les pleurs augmentent l’œdème et l’effort ventilatoire , apaiser aide réellement.
Signes qui orientent vers un autre diagnostic
Ce qui colle mal avec une laryngite bébé habituelle :
- hypersalivation, difficulté à avaler,
- voix étouffée, douleur importante à la déglutition,
- début très brutal (corps étranger),
- forte fièvre avec enfant très abattu.
Diagnostic : comment le médecin confirme la laryngite bébé
Un diagnostic surtout clinique
La laryngite bébé se reconnaît le plus souvent à l’examen : observation de la respiration, recherche d’un stridor, évaluation du tirage, écoute pulmonaire, mesure possible de la saturation en oxygène (oxymétrie).
Le contexte est très parlant : survenue après rhume, majoration nocturne, toux aboyante, enrouement.
Examens complémentaires : rares, mais discutés si tableau atypique
Ils ne sont pas systématiques. Ils peuvent être envisagés si la présentation est sévère, inhabituelle, ou si un autre problème est suspecté : imagerie du cou, tests viraux en milieu hospitalier, avis ORL avec endoscopie dans certaines formes récidivantes.
Récidives : chercher un facteur favorisant sans culpabiliser
Si la laryngite bébé revient souvent, le clinicien peut explorer : exposition au tabac, air très sec, rhinite chronique, allergènes, RGO. L’objectif est pratique : réduire les irritations évitables, améliorer le confort respiratoire, limiter les nuits difficiles.
Traitements de la laryngite bébé : du domicile à l’hôpital
Mesures à la maison : simples, mais efficaces
Pour une laryngite bébé légère à modérée, les gestes de soutien font une vraie différence :
- proposer à boire souvent, en petites quantités,
- lavage de nez au sérum physiologique si congestion,
- aérer la chambre, limiter l’air trop sec, éviter fumées et parfums,
- garder l’enfant au calme, bras, position semi-assise.
La vapeur très chaude expose à des brûlures : mieux vaut éviter les dispositifs improvisés la nuit.
Médicaments : ce que l’on utilise vraiment
Le traitement dépend du degré de gêne respiratoire et de l’avis médical :
- paracétamol (et parfois ibuprofène selon l’âge et contre-indications) pour fièvre/douleur, dosé au poids,
- dexaméthasone (souvent dose unique) : corticoïde qui réduit l’œdème laryngé,
- budésonide inhalé : parfois utilisé selon les protocoles.
Les corticoïdes visent un effet anti-inflammatoire rapide : moins de gonflement, respiration plus facile.
Formes sévères : adrénaline nébulisée et surveillance
Dans un croup sévère (stridor au repos, tirage important), l’adrénaline nébulisée peut être administrée en structure médicale. L’action est rapide, mais une surveillance est nécessaire car l’effet peut s’estomper et un rebond est possible.
Antibiotiques : rarement utiles
La laryngite bébé étant le plus souvent virale, les antibiotiques ne traitent pas la cause. Ils sont réservés aux suspicions bactériennes (trachéite bactérienne, autres infections) évaluées par le médecin.
À l’hôpital : oxygène, hydratation, parfois assistance respiratoire
Une hospitalisation peut être proposée si l’oxygénation baisse, si l’enfant ne boit plus, si l’état général se dégrade, ou si la gêne respiratoire reste importante. Oxygène, traitements inhalés, surveillance rapprochée : l’objectif est de sécuriser la respiration et l’hydratation. L’assistance respiratoire reste exceptionnelle.
Évolution, contagion, prévention
Combien de temps dure une laryngite bébé ?
Souvent :
- rhume puis toux rauque,
- 1 à 3 nuits plus difficiles,
- amélioration progressive.
La toux aboyante diminue fréquemment en 48 h. Une toux plus banale peut persister jusqu’à 1–2 semaines si la respiration est calme et que l’enfant récupère.
Contagion et collectivité
La laryngite bébé suit la contagiosité des virus respiratoires : mains, gouttelettes, objets partagés. Hygiène des mains, aération, mouchoirs jetables : des gestes simples, efficaces.
Le retour en crèche se juge surtout sur l’état général : pas de fièvre, respiration confortable au repos, hydratation correcte. Une toux résiduelle n’empêche pas toujours la vie collective si l’enfant va bien.
Complications : rares, mais possibles
On craint surtout :
- aggravation transitoire de l’obstruction (œdème),
- déshydratation,
- surinfection type trachéite bactérienne.
Si stridor au repos, tirage important, saturation basse, épuisement : avis médical immédiat.
Prévenir : irritants, vaccinations, et récidives
Pour limiter les épisodes de laryngite bébé :
- éviter fumée de tabac et irritants,
- maintenir les vaccinations à jour (dont Hib),
- gestes d’hygiène en saison virale,
- si récidives : discuter RGO, allergie, air trop sec, et ajuster l’environnement.
À retenir
- La laryngite bébé est le plus souvent virale : toux aboyante, voix rauque, parfois stridor, surtout la nuit.
- Consultez le jour même si le stridor apparaît facilement, si le tirage est visible, si votre enfant boit moins, ou si les symptômes s’aggravent.
- Appelez le 15/112 en cas de stridor au repos important, cyanose, apnées, malaise, épuisement.
- Le diagnostic est généralement clinique , les examens sont réservés aux formes atypiques ou sévères.
- Le traitement dépend de la sévérité : mesures de confort, corticoïdes si prescrits, et adrénaline nébulisée en milieu médical pour les formes sévères.
- Des professionnels peuvent vous accompagner , vous pouvez aussi télécharger l’application Heloa pour des conseils personnalisés et des questionnaires de santé gratuits pour les enfants.
Les questions des parents
Puis‑je donner du miel ou un sirop contre la toux à mon bébé ?
Rassurez‑vous : le miel peut soulager la toux, mais pas avant l’âge de 1 an (risque de botulisme infantile). Pour les plus jeunes, privilégiez l’hydratation, de petites prises fréquentes, et le lavage de nez. Évitez les sirops « maison » et demandez toujours l’avis du pédiatre avant tout médicament.
Les vaccins protègent‑ils contre la laryngite ?
Les vaccinations réduisent certains risques associés (par ex. le vaccin contre Haemophilus influenzae type b a rendu l’épiglottite rare). La plupart des laryngites aiguës sont causées par des virus comme le parainfluenza, sans vaccin spécifique. Les vaccins contre la grippe et les mesures de prévention (hygiène des mains, éviter la fumée) diminuent néanmoins la fréquence des infections respiratoires.
Une laryngite peut‑elle abîmer la voix à long terme ?
La plupart des éruptions laryngées laissent peu ou pas de séquelles : la voix redevient normale en quelques jours à semaines. Si l’enrouement persiste au‑delà de 2–3 semaines, ou si les épisodes se répètent, n’hésitez pas à consulter : on recherchera reflux, allergies ou autre cause et on proposera des solutions adaptées.

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