Les refus alimentaires bébé peuvent surprendre, parfois inquiéter, souvent agacer… puis culpabiliser. Un jour, tout passe. Le lendemain, la bouche reste fermée, la tête tourne, et la cuillère devient l’ennemie publique. Est-ce « normal » ? Est-ce un signe de douleur, de fatigue, de reflux gastro-œsophagien (RGO), d’allergie ? Ou simplement une étape du développement, comme la néophobie alimentaire ?
L’objectif est d’y voir clair : distinguer le banal du préoccupant, protéger la relation à l’alimentation, et sécuriser les apports (notamment le fer), sans transformer chaque repas en épreuve.
Refus alimentaires bébé : ce qui change avec l’âge
Refus ponctuel, petit appétit, opposition : trois situations différentes
Un refus alimentaires bébé isolé arrive fréquemment. Bébé peut manger avec enthousiasme un jour, puis picorer le lendemain. Le corps ajuste ses besoins, et l’appétit n’est pas une ligne droite.
Un « petit appétit » se repère sur la durée : couches bien mouillées, enfant tonique, sommeil globalement correct, et courbe de croissance qui garde sa trajectoire. Dans ce cadre, l’enjeu n’est pas de « faire finir », mais de proposer, régulièrement, sans commentaire appuyé.
L’opposition, elle, ressemble à un message : « je veux décider ». La fameuse phase du non apparaît souvent vers 18 mois (parfois plus tôt). Ce n’est pas une stratégie contre vous : c’est l’autonomie qui s’installe, avec ses essais, ses limites, ses démonstrations.
Repères par périodes (4–6 mois, 6–12 mois, 12–24 mois, 2–3 ans)
- 4–6 mois : début de diversification. Le lait reste majoritaire. Grimaces, recrachage, réflexe d’extrusion (langue qui repousse) sont courants.
- 6–12 mois : changements rapides de textures. Un détail suffit à déclencher des refus alimentaires bébé (température, cuillère, fatigue).
- 12–24 mois : envie de faire seul, de toucher, de choisir. L’équilibre se regarde sur la semaine, pas sur un repas.
- 2–3 ans : sélectivité marquée possible. « Je n’aime pas » avant de goûter. Impressionnant, mais souvent compatible avec une croissance correcte si le cadre reste stable.
Néophobie alimentaire : quand le nouveau fait peur
La néophobie alimentaire correspond à une méfiance envers les aliments nouveaux… ou présentés autrement. Elle apparaît souvent autour de 18 mois et peut durer un moment.
Vous vous demandez peut-être : « Combien de fois proposer ? » Souvent, 8 expositions ne suffisent pas. Il faut parfois 15, voire davantage, surtout quand on passe de purée lisse à écrasé puis morceaux.
Pourquoi refus alimentaires bébé surviennent : causes fréquentes
Causes physiques et médicales : penser « confort » avant « quantité »
Un rhume, une fièvre, une gorge douloureuse, une otite, une grande fatigue : tout cela coupe l’appétit. Dans ces jours-là, l’hydratation et le confort priment.
- Poussées dentaires : les gencives sensibles rendent certains aliments pénibles (acide, très chaud/froid, morceaux fermes). Tiède, doux, petites quantités : souvent mieux toléré.
- RGO : brûlures, régurgitations, agitation au repas, pleurs après. Forcer renforce l’association « manger = douleur ». Si cela persiste, un avis médical aide.
- Troubles digestifs : constipation, diarrhée, ballonnements peuvent perturber les prises.
- Allergie/intolérance : urticaire, vomissements, diarrhée, douleurs, parfois sang dans les selles. En cas de gonflement du visage, gêne respiratoire ou malaise : urgence.
Autonomie, contrôle, émotions : quand le repas devient un terrain d’essai
Beaucoup de refus alimentaires bébé sont relationnels plutôt que nutritionnels. L’enfant teste : « Est-ce que je peux choisir ? Est-ce que je peux arrêter ? »
Deux leviers simples :
- tenir le cadre (horaire, lieu, offre)
- laisser l’enfant décider s’il mange et en quelle quantité
Un micro-choix apaise : « carotte ou patate douce ? », « cuillère ou doigts ? ». Deux options, pas dix.
Facteurs sensoriels : odeur, grumeaux, mélanges
Certains enfants réagissent fort aux sensations : odeur marquée, couleur, mélange, température. Les grumeaux peuvent déclencher haut-le-cœur. Ce n’est pas un caprice , c’est une hypersensibilité orale.
Essayez : aliments séparés dans l’assiette, présentation stable quelques jours, possibilité de toucher avant de manger.
Diversification et refus alimentaires bébé : aider sans pression
Démarrage simple, posture neutre
Au début de la diversification alimentaire, le lait (maternel ou infantile) couvre encore l’essentiel. Cette réalité change tout : la pression peut redescendre.
Si bébé refuse, on retire calmement et on repropose plus tard. Pas besoin de discours. Le repas reste court.
Astuce souvent efficace : une cuillère pour vous, une cuillère pour lui. Participer relance l’intérêt.
Exposition répétée : la stratégie qui paie
Un aliment refusé aujourd’hui pourra passer la semaine prochaine. L’objectif : répétition, mini-portions, sans forcing.
Quelques idées concrètes :
- proposer une bouchée, pas une montagne
- manger le même aliment (effet modèle)
- décrire sans juger (« c’est croquant », « ça sent fort »)
- accepter que toucher, lécher, recracher fasse partie de l’apprentissage
Textures, morceaux, sécurité : progresser pas à pas
Progression des textures : lisse → écrasé → morceaux fondants
La bouche apprend comme le reste : par essais. Passer d’une purée lisse à un écrasé peut réactiver des refus alimentaires bébé. Rien d’anormal.
Repères pratiques :
- écrasé à la fourchette quand la purée lisse est facile
- morceaux très mous quand l’écrasé est accepté
- mastication qui se construit progressivement (mâchoires, langue, joues)
Morceaux et prévention de la fausse route
Pour limiter le risque de fausse route : bébé assis, bien maintenu, adulte présent.
À éviter : aliments durs et ronds (noix, raisins entiers, carottes crues), morceaux secs et compacts.
Un haut-le-cœur occasionnel peut apparaître quand les morceaux débutent (réflexe de protection). En revanche, si c’est intense, fréquent, avec panique ou vomissements répétés, mieux vaut demander un avis.
Textures souvent rejetées : les adapter sans « cacher »
- Grumeleux : lisser, puis micro-grumeaux progressifs.
- Fibreux (épinards, choux) : cuisson longue, hachage fin.
- Filandreux (haricots verts, poireaux) : couper fin, cuire jusqu’au fondant.
L’idée : rendre possible l’apprentissage, pas gagner un bras de fer.
DME et refus alimentaires bébé : quand l’exploration débloque
DME : le principe
La diversification menée par l’enfant (DME) propose des aliments en morceaux adaptés, que bébé porte lui-même à la bouche. Pour certains profils (refus de cuillère, besoin de contrôle), cela diminue la tension.
DME + purées : combo souvent réaliste
Au quotidien, un mix marche bien : purée épaisse à côté, morceaux fondants à disposition. Certains jours, bébé mange peu et manipule beaucoup. C’est aussi du développement : motricité, tolérance sensorielle, coordination déglutition-respiration.
Repas au quotidien : ce qui apaise vraiment
Rythme des prises et fin du grignotage permanent
Un cadre régulier soutient la faim : repas + 1 à 2 collations, avec 2–3 heures entre les prises. Le grignotage continu (lait/compotes/biscuits en boucle) entretient les refus alimentaires bébé.
Sans écrans, avec l’effet modèle
Sans écran, l’enfant capte mieux ses signaux. En mangeant ensemble, vous offrez un repère : « on s’assoit, on partage, on goûte ». Rien de théâtral. Juste une routine.
Portions minuscules, et droit au « repas nul »
Servez petit, très petit. Si bébé veut, il demandera.
Après un repas raté : neutralité, on range, on passe à autre chose. Le rattrapage se fait souvent plus tard, surtout si le lait reste présent.
Pression et chantage : pourquoi ça se retourne contre l’objectif
« Encore trois cuillères » peut sembler anodin… et pourtant, cela peut installer une lutte. Le cerveau de l’enfant associe le repas à une perte de contrôle , les refus alimentaires bébé se rigidifient.
Un cadre simple apaise : vous choisissez le menu et l’horaire, l’enfant choisit s’il mange et combien.
Apports, lait, fer : sécuriser quand bébé mange peu
Lait : la base avant 1 an, un appui après
Avant 12 mois, le lait reste l’aliment principal. Entre 6 et 12 mois, beaucoup d’enfants sont autour de 500 à 750 ml/24 h (selon l’enfant et l’avis du professionnel de santé). Après 1 an, les solides prennent plus de place, et les apports lactés s’ajustent.
Si biberon refusé : parfois une grève du biberon (tétine, débit, température, position). Un changement unique à la fois permet de comprendre ce qui coince.
Fer : vigilance et astuces d’absorption
Le fer soutient le développement neurologique. Si les prises sont faibles, le risque d’anémie ferriprive augmente.
Sources utiles : viande/poisson bien cuits, œuf bien cuit, légumineuses bien cuites et écrasées, céréales infantiles enrichies.
Pour améliorer l’absorption : associer un aliment riche en vitamine C (fruits, légumes) au même repas.
Densité nutritionnelle : « petit volume, bons apports »
Quand les quantités sont petites, enrichir aide : un filet d’huile (colza/olive) dans la purée, une texture qui passe bien, et un aliment « connu » à côté d’une nouveauté.
Quand consulter : signaux d’alerte et troubles de l’oralité
Courbe de croissance : le repère central
La question n’est pas « a-t-il mangé aujourd’hui ? », mais « grandit-il ? ». Une courbe de croissance stable rassure. Une cassure, une perte de poids, une stagnation durable appellent un bilan.
Signes qui justifient un avis rapide
- refus persistant au-delà de 15 jours, sans amélioration
- fatigue inhabituelle, irritabilité marquée, moins d’envie de jouer
- hydratation insuffisante (couches moins mouillées)
- vomissements répétés, douleur évidente au repas
Dysoralité : quand la bouche « bloque »
La dysoralité (ou trouble de l’oralité) peut se traduire par : haut-le-cœur très fréquents, panique face aux morceaux, hypersensibilité, mastication qui ne progresse pas, évitement intense. Ce n’est ni de la comédie ni un manque d’efforts.
Un accompagnement par un orthophoniste formé à l’oralité alimentaire (et parfois une équipe pluridisciplinaire) change souvent la trajectoire.
Néophobie, sélectivité… ou trouble alimentaire pédiatrique (type ARFID) ?
La néophobie/sélectivité : panel d’aliments « sécurisants », curiosité possible à petite dose, croissance correcte.
Un trouble de type ARFID est évoqué si la restriction est majeure et retentit : perte ou absence de prise de poids, carences, détresse importante au repas, impossibilité de participer sereinement à des repas familiaux ou collectifs.
Qui contacter
- Médecin traitant ou pédiatre : examen, croissance, pistes médicales.
- Diététicien pédiatrique : stratégies d’apports, menus riches en fer.
- Orthophoniste (oralité/déglutition) : si textures et mastication posent problème.
À retenir
- Les refus alimentaires bébé suivent souvent le développement : variations d’appétit, opposition, néophobie alimentaire.
- Pensez aux causes physiques : dents, infections, RGO, troubles digestifs, allergie.
- Répéter sans pression, en mini-portions, fait souvent mieux que l’insistance.
- Les textures progressives demandent du temps , les morceaux se travaillent avec sécurité.
- Si bébé mange peu, le lait aide, et le fer mérite une attention particulière.
- En cas de doute, de cassure de croissance ou de suspicion de dysoralité, des professionnels peuvent accompagner. Et pour des conseils personnalisés et des questionnaires de santé gratuits pour les enfants, vous pouvez télécharger l’application Heloa.
Les questions des parents
Mon bébé a 2 mois et refuse de téter / biberon : est‑ce normal ?
Pas d’inquiétude immédiate : des jours « sans » arrivent même chez les plus jeunes. Vérifiez toutefois l’hydratation (couches mouillées), l’éveil et la prise de poids. Causes fréquentes : nez bouché, reflux, fatigue, poussée de croissance, ou gêne (fente, frein de langue). Essayez un changement de position, un environnement calme, le peau‑à‑peau. Si la prise de poids stagne, les couches sont rares ou si la respiration est difficile, contactez rapidement un professionnel.
Mon bébé refuse la cuillère ou le biberon : que puis‑je essayer ?
Gardez la neutralité et testez une seule modification à la fois : autre tétine ou débit, température différente, cuillère souple, ou petit gobelet. Parfois changer la personne qui donne à manger, ou proposer une bouchée après que vous ayez goûté, aide. La diversification menée par l’enfant (morceaux adaptés) peut aussi réduire la tension chez certains bébés. Si la gêne persiste, notez les circonstances (calme/agitée, type d’aliment) pour en parler au pédiatre.
Le refus dure plusieurs semaines : quelles étapes suivre ?
Rassurez‑vous, garder la routine et proposer sans forcer est souvent efficace. Surveillez la courbe de croissance et l’hydratation. Tenez un carnet simple (quantités, symptômes, évolution) et consultez si la stagnation ou la perte de poids apparaît, si la fatigue augmente, ou si l’angoisse au repas devient massive. Un bilan médical, un suivi diététique ou une évaluation par un orthophoniste spécialisé en oralité peuvent alors être proposés.

Pour aller plus loin :




