Le développement du language ne se limite pas à « dire des mots ». Il commence très tôt, parfois dès les premiers jours, dans un sourire, un regard accroché, une pause partagée. Et quand l’enfant parle « peu » ou « pas comme les autres », les questions arrivent vite : est-ce un simple décalage ? Faut-il stimuler davantage ? Consulter ?
Entre repères d’âge, influences (audition, environnement, bilinguisme) et signes d’alerte, l’objectif est simple : aider votre enfant à communiquer, sans pression, avec des bases solides.
Développement du language : ce que recouvre vraiment le « langage »
Le langage est un système de signes qui sert à communiquer… et à organiser la pensée. Il comporte plusieurs briques :
- phonologie : les sons, le rythme, l’intonation (prosodie) ,
- lexique et sens des mots (sémantique) ,
- grammaire : syntaxe et morphosyntaxe (petits mots, accords, ordre des mots) ,
- pragmatique : utiliser la parole en situation (demander, raconter, plaisanter, réparer un malentendu).
Vous vous demandez peut-être si « parler beaucoup » à un bébé suffit. Pas exactement. Ce qui nourrit le développement du language, c’est surtout l’échange : voix, regard, réponse, tour de rôle. Une relation vivante.
Avant les mots : communication non verbale, attention conjointe et tours de parole
Avant de produire des mots, un bébé communique déjà : il fixe, s’apaise à votre voix, vocalise, se raidit, tend les bras. Ces signaux construisent deux piliers :
- l’attention conjointe (vous regardez la même chose, au même moment) ,
- le tour de rôle (je fais un son, tu réponds, puis j’attends).
Ces « conversations » de gazouillis et de silences comptent. Beaucoup.
Comprendre puis parler : langage réceptif et langage expressif
On distingue souvent :
- le langage réceptif : ce que l’enfant comprend ,
- le langage expressif : ce qu’il produit (sons, gestes signifiants, mots, phrases).
Un décalage est fréquent : la compréhension peut avancer plus vite que l’expression. Tant que la communication s’enrichit et que les progrès continuent, ce profil peut rester compatible avec un développement du language harmonieux.
Le cerveau en action : plasticité et périodes sensibles
Le cerveau du jeune enfant présente une forte plasticité : les connexions neuronales se renforcent selon l’expérience. Certaines périodes sont dites « sensibles » (sons de la langue, premiers mots, combinaisons), car l’apprentissage y est particulièrement rapide quand l’enfant baigne dans une langue parlée avec chaleur et régularité.
Et après ? Rien n’est figé. Les apprentissages restent possibles, mais demandent parfois plus d’étayage.
Développement du language chez l’enfant : repères par âge (sans obsession des chiffres)
Les repères sont des tendances, pas une compétition. La question utile est souvent : « Est-ce que ça progresse ? Est-ce que mon enfant cherche à communiquer ? »
0–6 mois
- Réagit aux intonations, s’oriente vers la voix.
- Établit des échanges regard-voix.
- Produit des gazouillis variés.
6–12 mois
- Babillage plus structuré (syllabes répétées possibles).
- Imitation, gestes intentionnels (tendre les bras, montrer).
- Réagit au prénom, comprend des routines et consignes simples en contexte.
12–24 mois
- Premiers mots souvent entre 12 et 18 mois (variabilité large).
- « Mot-phrase » : un mot pour une intention entière.
- Accélération fréquente après 18 mois : plus de mots, puis associations de deux mots.
2–3 ans
- Phrases plus longues (souvent 3–4 mots), grammaire en construction.
- Comprend des consignes plus riches si la situation est connue.
- Commence à raconter un petit événement.
3–6 ans
- Articulation plus précise, phrases plus complexes.
- Langage hors du présent : hier, demain, imaginaire.
- narration : raconter, expliquer, décrire des émotions.
Ce qui influence le développement du language
Le moteur n°1, ce sont les interactions quotidiennes : repas, bain, habillage, trajet. Peu importe le décor , ce qui compte, c’est une parole adressée à l’enfant, ajustée, et des pauses pour lui laisser une place.
Lecture partagée (même le même livre, encore et encore)
La lecture partagée apporte du vocabulaire, des structures de phrases et le sens du récit. La répétition n’est pas « inutile » : elle sécurise et permet à l’enfant d’anticiper, puis de participer.
Vie sociale : fratrie, crèche, école
Multiplier les interlocuteurs affine la pragmatique : attendre, clarifier, adapter son message. Un enfant peut parler peu en collectivité et beaucoup à la maison , l’inverse existe aussi.
Audition et environnement sonore
Pour apprendre les contrastes de sons, il faut entendre finement. Une baisse auditive, même fluctuante (otites séreuses), peut freiner le développement du language : consonnes mal perçues, fins de mots avalées, confusion.
Gestes simples qui aident : se mettre face à l’enfant, réduire le bruit de fond (TV), parler clairement sans exagérer.
Bilinguisme
Le bilinguisme ne « retarde » pas automatiquement. L’enfant peut répartir son vocabulaire entre les langues : évaluer une seule langue peut donner une impression trompeuse. Si un professionnel intervient, préciser qui parle quelle langue, à quelle fréquence, et dans quels moments.
Étayage de l’adulte : reformulation et expansion
Deux techniques très efficaces, très naturelles :
- reformulation : vous reprenez correctement (« encore jus » → « Tu veux encore du jus. ») ,
- expansion : vous ajoutez un détail (« Oui, tu veux encore du jus dans ton verre. »).
Vous donnez un modèle, sans transformer l’échange en exercice.
Stimuler le développement du language sans pression : gestes simples qui changent tout
Parler « avec » plutôt que « pour ». Commenter ce qu’il regarde, ce qu’il fait, puis attendre 2–3 secondes : parfois, c’est là que surgit un son, un geste, un mot.
Nommer, commenter, relier
Vous pouvez mettre des mots sur :
- les actions (« tu verses », « tu empiles ») ,
- vos actions (« je coupe », « je range ») ,
- les émotions (« tu es fier », « tu es fâché »).
Deux phrases suffisent pour un mini-récit : « On met les chaussures. On sort. »
Sons, comptines, rimes
Les comptines entraînent l’oreille : rythme, répétitions, rimes. Vers 3–6 ans, cela prépare la conscience phonologique (syllabes, rimes, sons initiaux), utile pour l’entrée dans l’écrit.
Jeu symbolique
Dînette, garage, poupées, docteur : le jeu symbolique pousse l’enfant à demander, expliquer, négocier, inventer. Quelques minutes avec vous, et l’imaginaire fait le reste.
Écrans : penser « interaction »
Le point sensible, ce n’est pas seulement l’écran, c’est ce qu’il remplace. Si un programme est regardé, le co-visionnage aide : vous commentez, vous posez une question, vous attendez une réponse.
Activités par âge pour soutenir le développement du language
- Imiter les sons du bébé, puis marquer une pause (tour de rôle).
- Jeux de mimiques, « coucou ».
- Imagiers très simples : un mot, une phrase, silence.
12–24 mois
- Imagiers : « Montre le chat » puis « Le chat miaule ».
- Choix guidés : « pomme ou banane ? ».
- Mini-histoires avec 2–3 images.
2–3 ans
- Tri et catégories : animaux, véhicules, puis « ce qui roule ».
- Jeu symbolique avec dialogues courts.
- Décrire une image et ajouter « et après ? ».
3–6 ans
- Raconter une suite d’images : « d’abord… puis… ».
- Jeux de rimes, frapper les syllabes.
- Dictée à l’adulte : l’enfant raconte, vous écrivez une phrase.
Développement du language : quand demander un avis
Les repères d’âge aident, mais certains signaux méritent un échange avec un professionnel :
- stagnation prolongée (peu de nouveaux mots, peu de nouvelles intentions) ,
- compréhension qui semble faible (ne réagit pas au prénom, consignes simples difficiles) ,
- peu de gestes communicatifs (montrer, pointer, au revoir) ,
- après 2–3 ans, pas d’associations de mots, discours très difficile à comprendre dans la plupart des contextes.
Régression
Perte de mots ou de gestes déjà acquis, baisse nette des échanges : consulter rapidement. Une régression appelle une évaluation.
Audition : un dépistage qui change souvent la suite
En cas de retard de parole ou de progrès faibles, vérifier l’audition est souvent une étape décisive, surtout si otites à répétition.
Bilan orthophonique : ce qui est regardé
L’orthophoniste évalue le langage réceptif et expressif, la phonologie, l’articulation, la pragmatique, et observe l’enfant en interaction. Les langues parlées, le mode de garde, l’histoire médicale et l’audition orientent l’interprétation.
Travailler en équipe
Selon le profil : médecin, ORL/audiologie, orthophoniste, crèche ou école. Une coordination évite les messages contradictoires et sécurise le parcours.
À retenir
- Le développement du language démarre avant les mots : regard, gestes, attention conjointe, tours de rôle.
- La compréhension précède souvent l’expression , la progression et la qualité des échanges guident mieux que les chiffres.
- Routines, lecture partagée, comptines et jeu symbolique nourrissent vocabulaire, grammaire et narration.
- Audition et environnement sonore calme facilitent l’acquisition des sons.
- En cas de stagnation, de régression ou de doute qui persiste, un professionnel peut aider (médecin, ORL, orthophoniste). Vous pouvez aussi télécharger l’application Heloa pour des conseils personnalisés et des questionnaires de santé gratuits pour les enfants.
Les questions des parents
Le langage des signes peut‑il aider un enfant qui ne parle pas encore ?
Oui. Les gestes simples (signes bébé) offrent un moyen de communication avant l’apparition des mots : ils réduisent la frustration et permettent à l’enfant d’exprimer un besoin ou une émotion. Utilisés en parallèle de la parole, ils n’empêchent pas l’émergence du langage oral — au contraire, ils peuvent la soutenir. Choisissez peu de signes utiles au quotidien, répétez-les et accompagnez toujours du mot parlé.
Le bégaiement est‑il normal ? Quand s’inquiéter ?
Des hésitations ou des répétitions surviennent souvent entre 2 et 5 ans lors d’un « tâtonnement » du langage , c’est fréquemment transitoire. Rassurez‑vous, mais consultez si les blocages s’aggravent, s’accompagnent de signes de tensions, de détresse chez l’enfant, apparaissent brutalement ou persistent longtemps. Un orthophoniste peut proposer des stratégies simples pour apaiser la parole et l’entourage.
Retard de langage ou trouble du langage : quelle différence ?
Un retard signifie que l’enfant suit les mêmes étapes que les pairs mais plus lentement , un trouble indique un profil atypique (compréhension faible, absence de progression malgré l’environnement, phonologie anormale, régression). Si vous observez une stagnation, une perte de compétences ou de grosses difficultés de compréhension, il convient d’échanger avec un professionnel (médecin, ORL, orthophoniste) pour faire le point.





