Par Heloa, le 28 novembre 2025

Déchirure accouchement : comprendre et bien récupérer

23 minutes
de lecture
Une femme enceinte discute avec une sage-femme des risques de déchirure accouchement dans un cabinet médical

La perspective d’une déchirure accouchement inquiète beaucoup de parents. Douleur, cicatrice, impact sur la vie intime, peur des séquelles à long terme. Toutes ces questions tournent parfois en boucle, surtout quand il s’agit d’un premier bébé. Et pourtant, derrière ce mot qui fait peur, il y a surtout une réalité très fréquente, des mécanismes bien connus et, surtout, des prises en charge efficaces qui permettent dans la grande majorité des cas de retrouver un confort satisfaisant.

Vous vous demandez peut être ce qui se passe concrètement au moment de la naissance, pourquoi certaines femmes ont une déchirure et d’autres non, comment favoriser la cicatrisation et ce que cela change pour la suite. L’objectif est simple. Vous donner des repères clairs, des explications physiologiques appuyées sur les données scientifiques et des conseils concrets pour traverser cette étape avec plus de sérénité, que la déchirure ait été légère ou plus profonde.


Comprendre la déchirure accouchement : types et gravité

Définition et enjeux

Une déchirure accouchement correspond à une déchirure du périnée, c’est à dire une lésion de la zone située entre le vagin et l’anus. Cette région, le périnée, est un véritable hamac musculaire qui soutient la vessie, l’utérus et le rectum. Pendant un accouchement vaginal, ce hamac doit s’étirer de façon impressionnante pour laisser passer la tête et les épaules du bébé.

Quand l’extension est trop rapide, quand les tissus sont peu souples ou quand des instruments comme la ventouse ou les forceps sont nécessaires, les fibres musculaires et cutanées peuvent se rompre. Rien à voir avec un déchirement brutal comme dans un film. Il s’agit souvent d’une zone qui s’ouvre progressivement sous l’effet des contraintes mécaniques.

Les équipes classent ces lésions en quatre degrés, selon la profondeur. Cette classification n’est pas théorique. Elle conditionne la façon de réparer, la durée de cicatrisation, le suivi et surtout la rééducation.

Les études montrent que la grande majorité des naissances par voie basse s’accompagnent d’une lésion légère. Beaucoup sont de premier ou deuxième degré, ce qui signifie une atteinte limitée de la peau et des muscles, avec une récupération généralement bonne. Les atteintes du sphincter anal et de la zone anale profonde restent rares, mais elles existent et demandent une prise en charge très organisée pour limiter le risque d’incontinence ou de gêne durable.

Au delà de l’aspect anatomique, une déchirure accouchement peut susciter un véritable choc émotionnel. Douleur qui surprend, difficultés pour s’asseoir, appréhension à l’idée des rapports, peur d’un futur accouchement. Mettre des mots sur ce qui s’est passé, comprendre les mécanismes et savoir comment agir pour se reconstruire physiquement et psychologiquement change beaucoup la manière de vivre le post partum.

Classification et degrés détaillés

Les équipes utilisent une classification internationale en quatre degrés basée sur les tissus atteints. Cela peut paraître très technique. Pourtant, comprendre ces degrés aide à mieux saisir les consignes de soins et les propositions de suivi.

1er degré : peau et muqueuse vaginale

La lésion reste superficielle. La peau et la muqueuse à l’entrée du vagin sont touchées, mais les muscles restent intacts.

  • Aspect clinique

  • petite fissure

  • saignement modéré

  • sensation de brûlure ou de tiraillement

  • Conséquences

  • parfois quelques points de suture avec des points résorbables

  • cicatrisation souvent rapide, en deux à trois semaines

  • gêne modérée à l’assise ou aux selles les premiers jours

2e degré : muscles périnéaux atteints, sphincter anal intact

Ici, la déchirure touche la peau, la muqueuse vaginale et les muscles du plancher pelvien qui soutiennent les organes pelviens.

  • Aspect clinique

  • douleur plus marquée

  • impression de tension

  • saignement plus abondant

  • Conséquences

  • suture en plusieurs plans, sous anesthésie locale ou péridurale encore active

  • cicatrisation en trois à six semaines

  • risque de douleur plus durable si la rééducation est tardive ou absente

  • parfois fuites urinaires d’effort transitoires lors de la toux ou des rires

3e degré : atteinte du sphincter anal

La déchirure touche tout ou partie du sphincter anal externe, parfois interne. On parle de lésions OASI, pour Obstetric Anal Sphincter Injuries.

On distingue

  • 3a : moins de 50 pour cent de l’épaisseur du sphincter externe est rompu

  • 3b : plus de 50 pour cent de l’épaisseur du sphincter externe

  • 3c : sphincter externe et sphincter interne atteints

  • Conséquences possibles

  • incontinence aux gaz

  • difficulté à retenir les selles liquides

  • urgence défécatoire avec impression de ne plus pouvoir se retenir

  • Prise en charge

  • réparation chirurgicale minutieuse en plusieurs plans

  • souvent en salle d’intervention sous rachianesthésie ou péridurale prolongée

  • prescription d’antibiotiques selon les protocoles

  • suivi spécialisé avec sage femme ou kinésithérapeute du périnée

4e degré : sphincter anal et muqueuse rectale

C’est le degré le plus profond. La déchirure traverse le sphincter et atteint la muqueuse rectale, la paroi interne du rectum.

  • Aspect clinique

  • communication visible entre le vagin et le rectum lors de l’examen

  • saignement et risque infectieux important

  • nécessité d’une inspection soigneuse de toute la zone

  • Conséquences

  • risque de troubles sphinctériens sévères

  • possible formation de fistule recto vaginale si la réparation est incomplète

  • suivi au long cours, parfois avec un proctologue

Dans les recommandations internationales, l’examen systématique du périnée après chaque naissance par voie basse avec inspection de la région anale et toucher rectal est un point essentiel pour identifier ces lésions de haut degré sans les laisser passer inaperçues.

Comparaison visuelle et résumé

Pour fixer les idées, on peut résumer les degrés ainsi.

  • 1er degré

  • peau et muqueuse vaginale uniquement

  • parfois pas de points, ou quelques points simples

  • douleur légère à modérée

  • cicatrisation rapide, séquelles rares

  • 2e degré

  • peau plus muscles du périnée

  • suture systématique en plusieurs plans

  • douleur surtout à l’assise et au moment des selles

  • récupération globalement bonne avec rééducation adaptée

  • 3e degré

  • implication du sphincter anal

  • réparation chirurgicale plus complexe

  • douleur importante au début, gêne pour aller à la selle

  • risque d’incontinence anale, d’où la nécessité d’un suivi spécialisé

  • 4e degré

  • sphincter anal et paroi interne du rectum atteints

  • intervention par une équipe entraînée

  • suivi long, surveillance des complications rectales

Les signes qui alertent immédiatement après la naissance sont par exemple un saignement périnéal important, une déchirure qui remonte vers l’anus, une limite mal visible entre vagin et rectum, ou encore une impression de perte de tonus autour de l’anus. Quand ces éléments sont présents, l’examen doit être approfondi avant de conclure sur le degré.


Épisiotomie et différences avec la déchirure

Définition et types d’épisiotomie

L’épisiotomie est une incision volontaire du périnée réalisée par le professionnel au moment de l’expulsion. Elle agrandit l’ouverture vaginale pour faciliter le passage du bébé dans des situations précises. Elle est pratiquée avec des ciseaux ou un bistouri, en conditions d’asepsie, souvent sous péridurale ou anesthésie locale.

Deux grands types existent.

  • Épisiotomie médiane

  • incision verticale en direction de l’anus

  • suture plus simple

  • mais risque élevé d’extension vers le sphincter anal, ce qui peut transformer une incision maîtrisée en déchirure de 3e ou 4e degré

  • Épisiotomie médiolatérale

  • incision oblique dirigée vers un côté à partir de la commissure postérieure

  • risque diminué de toucher directement le sphincter anal

  • mais plaie plus longue, parfois plus douloureuse, avec un geste techniquement plus délicat

Les indications les plus fréquentes sont l’extraction instrumentale par ventouse ou forceps, la nécessité d’une sortie très rapide en cas de souffrance fœtale, certaines présentations particulières de la tête ou encore un périnée extrêmement tendu qui semble sur le point de se rompre de façon anarchique.

La tendance internationale est claire. Diminuer les épisiotomies systématiques et ne les utiliser que lorsque le bénéfice attendu est réel, par exemple pour éviter une déchirure incertaine mais très extensive ou pour accélérer une naissance urgente.

Impact et comparaison avec la déchirure

Déchirure accouchement et épisiotomie partagent un point commun. Elles concernent le même territoire anatomique. Pourtant leur mécanisme diffère.

  • La déchirure survient spontanément, suit les zones les plus fragiles du périnée et produit parfois une lésion courte, irrégulière mais limitée
  • L’épisiotomie traverse des tissus encore intacts, avec des bords nets, ce qui peut faciliter la suture, au prix d’une incision parfois plus longue que la déchirure qu’elle voulait éviter

Sur la douleur et la cicatrisation, aucune solution n’a montré une supériorité absolue. Des études comparent épisiotomie et déchirure naturelle. Elles montrent que l’épisiotomie ne protège pas forcément des douleurs prolongées ni des troubles de continence. Pire, quand elle est réalisée trop proche de l’anus ou dans l’axe médian, le risque de déchirure grave est accentué.

Les maternités qui adoptent une politique restrictive d’épisiotomie tout en renforçant les pratiques de protection périnéale observent souvent une diminution du taux global de lésions sévères du sphincter anal. Ce qui compte finalement, c’est moins l’existence ou non d’une épisiotomie isolée que l’ensemble des gestes d’accompagnement du périnée pendant la naissance.


Causes et facteurs de risque

Facteurs maternels

Certaines caractéristiques de la mère sont associées à un risque un peu plus élevé de déchirure accouchement. Cela ne signifie pas qu’une déchirure grave est écrite à l’avance. Cela aide surtout l’équipe à anticiper et à adapter l’accompagnement.

  • Premier accouchement
    Les tissus n’ont encore jamais été étirés à ce point. Les études montrent une augmentation des déchirures de 2e degré et plus pour une première naissance par voie basse.

  • Âge maternel plus avancé
    Avec le temps, les fibres collagènes perdent un peu de leur élasticité. Le périnée peut être moins souple, parfois plus tonique, avec un risque de fissure plus marqué si la sortie est rapide.

  • Morphologie du bassin
    Certaines formes de bassin ou particularités anatomiques peuvent rendre le passage de la tête plus complexe, ce qui augmente parfois les contraintes sur les tissus.

  • Antécédent de lésion périnéale sévère
    Une cicatrice préexistante modifie la répartition des tensions durant l’expulsion. Elle peut être plus rigide qu’un tissu sain, ce qui rend certaines zones plus vulnérables.

  • Périnée très tonique
    C’est fréquent chez certaines sportives ou après une rééducation très poussée. Un périnée qui tient très bien peut être plus difficile à laisser se distendre au bon moment.

  • Position imposée pendant le travail
    Une position fixe, sur le dos, avec peu de liberté de mouvement, réduit la capacité du bassin à s’ajuster et peut concentrer les pressions sur la même zone.

Facteurs fœtaux et obstétricaux

Le bébé et le déroulement du travail jouent aussi un rôle direct sur le risque de déchirure accouchement.

  • Poids du bébé
    Un poids au delà de 4 kilos, ou un tour de tête important, demandent un étirement plus grand des tissus.

  • Présentation
    Une tête tournée vers le dos de la mère ou une présentation de siège imposent un passage dans un angle moins favorable pour le périnée.

  • Extraction instrumentale
    L’usage d’une ventouse ou de forceps peut augmenter la traction exercée sur les tissus, surtout si plusieurs tractions sont nécessaires.

  • Durée de l’expulsion
    Une phase très rapide laisse peu de temps aux fibres pour s’adapter. Une phase extrêmement longue épuise les tissus et les rend plus fragiles. L’équilibre est subtil.

  • Manœuvres d’urgence
    Quand le cœur du bébé ralentit, l’équipe doit parfois accélérer la sortie. La priorité devient alors la santé fœtale, avec un risque traumatique plus élevé pour le périnée.

Pratiques et contextes favorisant la déchirure

Les pratiques en salle de naissance peuvent protéger ou au contraire exposer le périnée. Plusieurs points sont régulièrement discutés dans les recommandations.

  • Poussée dirigée intensive
    Pousser très fort en apnée prolongée, de nombreuses fois, peut créer un passage brutal de la tête. A l’inverse, une poussée plus intuitive, synchronisée avec le réflexe d’expulsion, semble mieux respecter les tissus.

  • Position d’accouchement
    La position gynécologique stricte sur le dos, cuisses très fléchies, augmente souvent la pression sur la même zone périnéale. Les positions latérales, à quatre pattes, semi assises ou accroupies autorisent un jeu plus large du bassin.

  • Épisiotomie systématique
    L’idée ancienne était qu’une incision maîtrisée protégerait des déchirures graves. Les données montrent que ce n’est pas le cas, notamment si l’épisiotomie est médiane. D’où l’évolution vers une utilisation plus ciblée.


Prévenir la déchirure : conseils pratiques avant et pendant l’accouchement

Prévention prénatale et préparation du périnée

Vous vous demandez peut être si quelque chose peut être fait pendant la grossesse pour limiter le risque de déchirure accouchement. La réponse est nuancée. On ne peut jamais garantir l’absence de lésion. En revanche, certaines pratiques semblent améliorer la souplesse des tissus et la perception du périnée.

  • Massage périnéal prénatal
    Les revues de haute qualité scientifique montrent une réduction modeste mais réelle des déchirures nécessitant des points chez les primipares qui pratiquent un massage périnéal à partir de 34 ou 35 semaines de grossesse. Il s’agit d’appliquer une huile végétale neutre puis d’exercer une pression douce vers le bas et les côtés pendant quelques minutes. Ce geste augmente la conscience de la zone et sa capacité à s’étirer.

  • Renforcement doux et perception
    Les exercices de Kegel, c’est à dire des contractions répétées du périnée suivies d’un relâchement complet, réalisés deux à trois fois par jour, apprennent à sentir et à contrôler ces muscles. Cette conscience corporelle sera précieuse le jour de la naissance pour contracter mais aussi pour relâcher au bon moment.

  • Mobilité du bassin
    Les bascules de bassin, le yoga prénatal encadré, les exercices en position à quatre pattes favorisent un bassin mobile. Or plus le bassin est libre, plus il s’adapte au passage du bébé en répartissant les pressions.

  • Hygiène de vie et transit
    Une alimentation équilibrée, riche en fibres, une hydratation suffisante et une activité physique adaptée limitent la constipation chronique. Moins le périnée est soumis à des efforts de poussée répétés pendant la grossesse, mieux il se porte au moment de l’accouchement.

Préparation active à la naissance

Pendant le travail, la manière d’accompagner le bébé peut aussi influencer le risque de déchirure accouchement.

  • Positions d’expulsion
    Positions latérales, à quatre pattes, semi accroupies ou assises sur un ballon, quand l’état maternel et fœtal le permet, laissent le sacrum se mobiliser et le périnée se détendre. Cela peut réduire la tension maximale au moment de la sortie de la tête.

  • Poussée contrôlée
    Apprendre à expirer longuement plutôt qu’à bloquer totalement la respiration pendant la poussée diminue la pression brusque sur le périnée. En fin d’expulsion, la consigne de souffler sans pousser permet parfois à la tête de sortir doucement, millimètre par millimètre.

  • Protection manuelle du périnée
    La main de la sage femme ou du médecin soutient la région périnéale, accompagne la sortie de la tête, freine une expulsion trop rapide. Certaines équipes utilisent des compresses chaudes posées sur le périnée en phase terminale du travail, ce qui réduit la douleur et semble diminuer les déchirures sévères.

  • Rôle du partenaire
    Le partenaire peut rappeler les positions envisagées, encourager à respirer profondément, aider à changer de posture. Ce soutien physique et émotionnel améliore souvent la capacité à se relâcher entre les contractions.

Pratiques obstétricales pour réduire les déchirures

Les recommandations internationales convergent sur plusieurs axes pour limiter les déchirures sévères.

  • Utiliser l’épisiotomie de manière restrictive et orientée correctement, en privilégiant une épisiotomie médiolatérale lorsqu’elle semble nécessaire
  • Limiter les extractions instrumentales à des situations bien justifiées, avec une attention particulière portée à la protection du périnée
  • Assurer un environnement technique adapté à une réparation de qualité ensuite, avec bon éclairage, fils adaptés et respect de l’asepsie pour diminuer le risque infectieux

Soins immédiats et traitement en salle de naissance

Évaluation et classification

Juste après la naissance, avant même de quitter la salle, l’équipe examine systématiquement le périnée. Cette étape structure la suite des soins.

  • Inspection de la vulve, du vagin et de la région anale à la lumière
  • Recherche attentive d’une extension vers l’anus ou le rectum
  • Toucher rectal si la déchirure est proche de l’anus ou si un doute existe sur l’intégrité du sphincter

Une fois la lésion identifiée, le degré est noté dans le dossier. Cette classification conditionne le lieu et le type de réparation, le besoin d’antibiotiques, la prescription éventuelle d’antalgiques plus forts et le type de suivi proposé.

Suture et techniques chirurgicales

La réparation varie selon le degré.

  • 1er degré
    De petites fissures peuvent parfois cicatriser sans points. Souvent, quelques points résorbables sont posés pour rapprocher les berges. L’objectif est de réduire la douleur et de favoriser une cicatrisation régulière.

  • 2e degré
    La suture concerne la muqueuse vaginale, les muscles du périnée puis la peau. Tout est fait avec des fils résorbables. L’anesthésie est assurée par la péridurale encore active ou par une anesthésie locale.

  • 3e et 4e degré
    La réparation se fait en plusieurs couches

  • paroi vaginale

  • muscles périnéaux

  • sphincter anal selon une technique spécifique

  • muqueuse rectale en cas de 4e degré

    Ces gestes ont lieux le plus souvent en salle d’intervention avec une anesthésie adaptée. Parfois un chirurgien digestif ou un spécialiste du sphincter est associé pour optimiser la réparation.

Prévention des infections et gestion de la douleur

Une fois la suture terminée, plusieurs actions sont mises en place pour favoriser la cicatrisation.

  • Asepsie rigoureuse pendant la réparation pour limiter les infections

  • Antibioprophylaxie en cas de déchirure de 3e ou 4e degré selon les protocoles en vigueur

  • Soins locaux

  • change régulier des protections

  • toilette à l’eau tiède, en douceur

  • séchage en tamponnant plutôt qu’en frottant

  • parfois bains de siège quelques jours plus tard

  • Gestion de la douleur

  • prescription d’antalgiques adaptés, par exemple paracétamol ou anti inflammatoires compatibles avec l’allaitement quand c’est possible

  • application de glace ou de compresses froides enveloppées dans un tissu propre pendant les premières 24 à 48 heures pour limiter l’œdème

  • posture adaptée avec appui sur une fesse, coussin souple ou coussin en anneau pour éviter la pression directe sur la cicatrice

Une réévaluation régulière permet de détecter rapidement une infection, un hématome ou une tension excessive sur les points.


Complications possibles après une déchirure

Complications physiques précoces et tardives

Dans les jours et semaines qui suivent une déchirure accouchement, plusieurs complications sont possibles, même si elles restent heureusement minoritaires.

  • Infection
    Rougeur, chaleur, douleur qui augmente au lieu de diminuer, écoulement nauséabond ou fièvre doivent faire penser à une infection locale.

  • Hématome périnéal
    Gonflement douloureux, parfois très tendu. Un petit hématome se résorbe seul. Un volumineux peut nécessiter un drainage.

  • Mauvais alignement des berges
    La cicatrice peut apparaître irrégulière, avec un petit bourrelet ou un creux. Cela n’est pas forcément problématique mais peut gêner en position assise ou lors des rapports.

  • Cicatrice sensible
    Certaines cicatrices deviennent épaisses ou douloureuses. On parle de cicatrice hypertrophique. Le travail manuel sur la cicatrice durant la rééducation améliore souvent cette sensibilité.

À plus long terme, des douleurs persistantes, une impression de lourdeur pelvienne ou de tiraillement peuvent survenir, surtout si la lésion initiale était profonde ou si la rééducation a été insuffisante.

Troubles fonctionnels et impact sur la qualité de vie

Les troubles fonctionnels dépendront du degré de la déchirure accouchement, mais aussi de la qualité de la réparation initiale et de la rééducation.

  • Incontinence urinaire
    Fuites au rire, à la toux, en courant, ou besoin urgent d’uriner avec impossibilité de se retenir. Ces symptômes sont fréquents après un accouchement, même sans déchirure, mais deviennent plus probables si les muscles du périnée ont été très étirés.

  • Incontinence anale
    Pertes involontaires de gaz, difficulté à retenir les selles liquides ou solides. Il peut aussi exister une sensation d’urgence à aller à la selle avec impossibilité de différer. Ces symptômes sont particulièrement surveillés après les déchirures de 3e et 4e degré.

  • Douleur pendant les rapports
    La cicatrice peut être sensible, les muscles du périnée se contracter de façon réflexe au moment de la pénétration. La baisse des hormones œstrogènes en période d’allaitement diminue aussi la lubrification vaginale, ce qui accentue parfois la gêne.

  • Impact psychologique
    Une déchirure accouchement peut laisser une trace durable dans l’image du corps, la confiance en soi, la façon d’aborder la sexualité ou une future grossesse. Certaines femmes décrivent une peur de se reconnecter à leur périnée, d’autres une appréhension intense à l’idée de revivre un accouchement par voie basse.

Un accompagnement multidisciplinaire avec sage femme, médecin, psychologue ou sexologue et professionnel de la rééducation périnéale permet souvent une réelle amélioration, aussi bien sur le plan physique que psychique.


Récupération et rééducation périnéale après déchirure

Quand commencer la rééducation et suivi selon le degré

La rééducation du plancher pelvien est une étape clé pour retrouver confiance et confort après une déchirure accouchement.

  • Pour les déchirures de 1er et 2e degré
    La cicatrisation se fait en général en trois à six semaines. La rééducation commence le plus souvent autour de la sixième à la huitième semaine, après la consultation post natale. Le professionnel vérifie la cicatrice, s’assure qu’il n’y a ni infection, ni douleur majeure, ni pathologie intercurrente.

  • Pour les déchirures de 3e et 4e degré
    Un délai un peu plus long est parfois souhaitable avant de débuter le travail interne, par respect pour les tissus réparés, surtout au niveau du sphincter et du rectum. Un suivi en proctologie ou en chirurgie viscérale peut être proposé lorsqu’il existe des symptômes d’incontinence anale.

Dans tous les cas, un bilan périnéal personnalisé permet d’ajuster la rééducation à la situation de chacune, en tenant compte du vécu de la naissance, des symptômes actuels et des projets futurs, par exemple la reprise du sport.

Techniques et programme de rééducation

La rééducation est assurée par une sage femme ou un professionnel formé à la physiothérapie périnéale, par exemple un kinésithérapeute du périnée. Elle combine plusieurs approches.

  • Exercices de contraction
    Les exercices de Kegel consistent à contracter volontairement le périnée comme pour retenir un gaz, maintenir quelques secondes, puis relâcher complètement. Ces contractions sont répétées en séries, dans différentes positions, pour renforcer progressivement la musculature.

  • Travail du relâchement
    Apprendre à lâcher prise entre les contractions évite une hypertonie douloureuse. Beaucoup de femmes découvrent qu’elles gardent le périnée serré en permanence par réflexe de protection. Le travail respiratoire aide à détendre ces muscles.

  • Biofeedback
    De petites sondes ou des capteurs permettent de visualiser sur un écran l’intensité et la durée des contractions. Ce retour immédiat aide à mieux cibler l’effort, à corriger les compensations avec les fessiers ou les abdominaux.

  • Électrostimulation
    Quand le périnée est très faible, une stimulation électrique de faible intensité peut être utilisée pour aider le muscle à se contracter, un peu comme un rappel sensoriel.

  • Travail postural et gestuel
    Renforcement des muscles profonds abdominaux, apprentissage de gestes protecteurs pour le dos et le périnée au quotidien. Par exemple, plier les genoux pour soulever le cosy plutôt que de se pencher en avant jambes tendues.

Un schéma possible

  • Entre la 6e et la 8e semaine
    Bilan, prise de contact avec la zone, contractions douces en position allongée, conseils d’hygiène de vie sur le transit et l’effort à la selle
  • Deuxième et troisième mois
    Contractions plus toniques, travail assis ou debout, introduction éventuelle du biofeedback
  • Du troisième au sixième mois
    Intégration automatique des contractions dans les gestes de la vie courante, préparation à la reprise du sport et de la vie intime

Signes d’alerte pendant la récupération

Certaines situations nécessitent un avis médical rapide pendant la phase de rééducation ou de cicatrisation.

  • Douleur intense pendant ou après les exercices qui persiste plusieurs heures
  • Rougeur, chaleur, écoulement suspect sur la cicatrice
  • Aggravation des fuites urinaires ou apparition de fuites de selles
  • Sensation de boule dans le vagin ou impression de descente d’organe

Pour l’activité physique, la marche, la natation douce ou le yoga adapté sont souvent possibles assez tôt. Les sports d’impact comme la course, les sports de saut ou certains entraînements intensifs sont généralement différés jusqu’à ce que le périnée ait retrouvé une fonction satisfaisante.


Vie intime et soutien émotionnel

Reprise des rapports et sexualité

La question de la reprise des rapports sexuels revient très vite, parfois dès la maternité. Il n’existe pourtant pas de délai unique qui conviendrait à tout le monde.

Quelques repères peuvent aider.
Attendre la fin des saignements, une cicatrisation correcte et une douleur au repos nettement diminuée. Cela correspond souvent à un délai de quatre à six semaines, parfois davantage selon le degré de la déchirure accouchement et le vécu de la naissance.

Pour faciliter la reprise

  • choisir un moment de calme où la fatigue est moindre
  • prendre le temps des caresses, sans viser absolument la pénétration lors des premiers moments d’intimité
  • utiliser un lubrifiant à base d’eau, surtout en période d’allaitement où la sécheresse vaginale est fréquente
  • privilégier des positions où la personne qui a accouché contrôle la profondeur et le rythme de la pénétration

En cas de douleur, il est préférable de s’arrêter, d’en parler à un professionnel et de voir comment adapter la rééducation. Des massages doux de la cicatrice, un travail de désensibilisation progressive ou des techniques de relaxation spécifiques peuvent transformer nettement les sensations.

Impact psychologique et accompagnement

Une déchirure accouchement marquante peut colorer durablement le souvenir de la naissance. Certaines femmes ressentent de la colère, de la tristesse, une impression de ne pas avoir été assez préparées. D’autres ont peur de revivre la même expérience ou craignent que leur corps soit « abîmé » pour longtemps.

Mettre des mots sur ces émotions, revenir avec un professionnel sur le déroulé précis de l’accouchement, comprendre pourquoi telle décision a été prise, fait souvent baisser la charge émotionnelle. Des consultations dédiées au post partum, des groupes de parole, un suivi psychologique ou sexologique peuvent être proposés.

L’objectif n’est pas de minimiser ce qui a été vécu mais de redonner une place au corps comme allié, et non comme ennemi, dans la construction de la parentalité, de la vie intime et des projets futurs de grossesse.


Conseils quotidiens après une déchirure

Hygiène, alimentation et gestion du transit

Au quotidien, des gestes simples peuvent accélérer la cicatrisation et limiter l’inconfort après une déchirure accouchement.

  • Hygiène périnéale

  • toilette à l’eau tiède avec un savon doux non parfumé, une à deux fois par jour

  • rinçage à l’eau claire puis séchage en tamponnant avec une serviette propre

  • essuyage après les selles de l’avant vers l’arrière pour éviter les germes venant de l’anus

  • Vêtements

  • culottes en coton, vêtements amples pour limiter les frottements

  • éviter les tissus synthétiques très serrés qui macèrent et échauffent la zone

  • Transit

  • alimentation riche en fibres avec fruits, légumes et céréales complètes

  • hydratation abondante

  • recours possible à des laxatifs doux en cas de constipation importante, prescrits par le médecin ou la sage femme

Limiter l’effort de poussée aux toilettes protège le périnée et la cicatrice. Mieux vaut des selles molles régulières qu’une succession de jours sans transit suivis d’une selle très dure et douloureuse.

Soins pratiques pour le quotidien avec un nouveau né

S’occuper d’un bébé tout en laissant au périnée le temps de se réparer représente un véritable défi. Quelques aménagements peuvent changer la donne.

  • Préférer le portage ergonomique, avec une écharpe ou un porte bébé bien réglé, pour répartir le poids du bébé sur le bassin et les épaules plutôt que de tout faire peser sur le périnée
  • Éviter de porter des charges lourdes hors bébé pendant les premières semaines
  • Installer un « coin bébé » fonctionnel avec couches, vêtements et matériel de soin à portée de main du lieu de repos
  • Accepter et organiser l’aide proposée par l’entourage pour les tâches ménagères, les courses ou certaines prises en charge du bébé

Le sommeil, même fractionné, influence directement la perception de la douleur et la capacité du corps à cicatriser. Se ménager des temps de repos n’est pas un luxe mais un véritable soin.


Grossesses futures et choix d’accouchement après déchirure

Risque de récidive et facteurs influents

Une question revient fréquemment après une déchirure accouchement. « Est ce que cela va recommencer pour le prochain bébé »

La réponse dépend de plusieurs facteurs

  • degré de la déchirure initiale
  • existence ou non de symptômes persistants, notamment urinaires ou anaux
  • résultats d’éventuels examens complémentaires comme une échographie endo anale ou une manométrie du sphincter

Les déchirures de 1er et 2e degré ont peu d’impact sur les choix ultérieurs de mode d’accouchement. Après une déchirure de 3e ou 4e degré, l’évaluation de la fonction sphinctérienne et du confort digestif prend une place centrale. Une incontinence anale persistante ou des douleurs majeures peuvent conduire à envisager un autre mode de naissance.

Une consultation préconceptionnelle ou en début de grossesse avec une équipe expérimentée aide à faire le point. Les professionnels peuvent expliquer les options, les risques relatifs et les mesures de protection spécifiques pour une prochaine naissance par voie basse.

Options pour l’accouchement suivant

Les options sont toujours discutées au cas par cas, en tenant compte du vécu et des souhaits de la personne.

  • Nouvelle voie basse avec surveillance renforcée
    Elle est souvent possible, même après une déchirure de 3e degré bien réparée sans séquelles. Dans ce cas, une attention particulière est portée aux positions, à la protection manuelle du périnée, à l’usage raisonné de l’épisiotomie et des instruments.

  • Césarienne programmée
    Elle peut être proposée quand il persiste une lésion importante du sphincter, une incontinence anale gênante ou un retentissement psychologique très important, ou encore lorsqu’un fœtus très volumineux est attendu.

La préparation prénatale inclut souvent une rééducation périnéale précoce, la discussion autour du massage périnéal, un travail sur la respiration et la poussée ainsi que la clarification des situations pour lesquelles une épisiotomie ou une extraction instrumentale pourrait être envisagée.


Statistiques clés et données scientifiques

Chiffres et incidence

Les données issues des registres nationaux et des grandes études montrent que

  • la majorité des femmes qui accouchent par voie basse présentent une lésion périnéale de 1er ou 2e degré avec une cicatrisation complète en quelques semaines
  • les déchirures de 3e et 4e degré restent peu fréquentes mais sont mieux identifiées depuis la généralisation de l’examen systématique du périnée et de la classification standardisée
  • la baisse des épisiotomies systématiques s’est accompagnée, dans plusieurs pays, d’une réduction globale des traumatismes sévères du sphincter anal, à condition que les pratiques de protection périnéale et la formation des équipes soient renforcées

Recommandations et revues systématiques

Les grandes organisations internationales et les revues scientifiques de haute qualité convergent sur plusieurs points

  • le massage périnéal en fin de grossesse réduit modestement le recours à l’épisiotomie et certaines déchirures nécessitant des points chez les primipares
  • les compresses chaudes sur le périnée durant la phase d’expulsion diminuent la douleur et semblent réduire certaines lésions sévères
  • une politique d’épisiotomie restrictive associée à la protection manuelle du périnée et à un examen systématique après la naissance améliore la détection et la prise en charge des déchirures
  • la rééducation périnéale, menée de façon individualisée, joue un rôle majeur dans la prévention ou l’amélioration des troubles de continence et des douleurs pelviennes

Ces éléments confirment qu’une déchirure accouchement, même marquante sur le moment, peut être prise en charge de façon structurée avec de très bonnes chances de récupération fonctionnelle.


À retenir

  • Une déchirure accouchement correspond à une lésion du périnée, plus ou moins profonde, survenant lors d’un accouchement par voie basse. La grande majorité sont de 1er ou 2e degré et cicatrisent correctement.
  • Les facteurs de risque associent caractéristiques maternelles, présentation et poids du bébé, déroulement du travail et pratiques obstétricales, mais aucune situation ne condamne à une déchirure grave.
  • Le massage périnéal prénatal, la préparation à la respiration et à la poussée, les positions d’accouchement favorables et une utilisation ciblée de l’épisiotomie participent à la réduction des lésions sévères.
  • Une réparation soignée, des soins locaux adaptés, la gestion de la douleur et la prévention des infections sont des étapes essentielles pour une cicatrisation optimale.
  • La rééducation périnéale personnalisée, avec renforcement, travail de relâchement et accompagnement postural, est centrale pour limiter l’incontinence, la douleur et les sensations de pesanteur pelvienne.
  • Le vécu émotionnel d’une déchirure accouchement mérite autant d’attention que les aspects physiques. Un accompagnement par des professionnels formés peut aider à retrouver une relation apaisée avec son corps et sa vie intime.
  • En cas de fièvre, de douleur qui augmente, de suintement malodorant, de fuites urinaires ou anales, de douleur persistante ou de sensation de boule vaginale, consulter rapidement une sage femme, un médecin ou un spécialiste du périnée permet d’adapter la prise en charge.
  • Pour un accompagnement continu, des conseils personnalisés et des questionnaires de santé gratuits pour les enfants, l’application Heloa peut être téléchargée et utilisée comme soutien complémentaire au suivi médical.

Les questions des parents

Combien de temps mettent les points pour se résorber ?

C’est une question fréquente et légitime. En pratique, la peau et la muqueuse commencent souvent à cicatriser en deux à trois semaines, tandis que les plans plus profonds (muscles, sphincter) demandent plusieurs semaines de plus pour retrouver leur résistance. Les fils dits résorbables utilisés en salle d’accouchement se dissolvent généralement sur une période qui varie : parfois en quelques semaines, parfois en 2–3 mois selon le type de fil et la couche suturée.
Si vous êtes inquiète, vous pouvez demander à l’équipe quel fil a été utilisé : cela donne une indication utile. Et si vous observez rougeur importante, écoulement nauséabond, douleur qui augmente ou ouverture visible de la plaie, contactez votre sage‑femme ou médecin pour une réévaluation.

Pourquoi ça gratte après une déchirure et que faire ?

Le prurit autour de la cicatrice est fréquent pendant la cicatrisation. C’est souvent la manifestation du processus de réparation : les terminaisons nerveuses se réorganisent, la peau se resserre et parfois un léger dessèchement apparaît. Les fils résorbables peuvent aussi provoquer une sensation de démangeaison ponctuelle.
Pour soulager : hygiène douce à l’eau tiède, séchage sans frotter, vêtements en coton et éviter de gratter (qui risque d’irriter). Vous pouvez en parler à votre sage‑femme ; elle pourra proposer des soins locaux apaisants ou une crème émolliente adaptée si nécessaire. Signalez en revanche toute démangeaison accompagnée d’une rougeur vive, d’un écoulement ou de fièvre : cela peut traduire une infection et demande un avis médical rapide.

Mes points se sont séparés, que faire ?

La séparation partielle (quelques fils qui lâchent) peut arriver et n’entraîne pas toujours de complication. Si l’ouverture est minime, sans douleur intense, sans saignement important ni écoulement nauséabond, il est souvent possible de surveiller la zone, maintenir une hygiène rigoureuse et consulter rapidement pour un pansement et un suivi rapproché.
En revanche, si la plaie s’est largement ouverte, si vous avez des saignements importants, une douleur violente, du pus ou de la fièvre, il convient de contacter sans délai votre maternité, votre sage‑femme ou les urgences obstétricales. Ils évalueront la nécessité d’une reprise de suture, d’un drainage, d’antibiotiques ou d’un autre traitement. Dans tous les cas, n’hésitez pas à demander des explications claires sur l’état de la cicatrice et le plan de suivi : c’est important pour vous rassurer et organiser les soins.

Une jeune maman se repose sur un canapé confortable pour favoriser la guérison de sa déchirure accouchement

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