Quand la grossesse s’interrompt plus tôt que prévu, tout s’accélère : rendez-vous, examens, décisions, puis parfois une naissance en avance. L’accouchement prématuré inquiète parce qu’il touche à ce que l’on ne maîtrise pas : le temps. Pourtant, les équipes disposent de repères précis pour évaluer le risque, protéger le bébé, et accompagner les parents.
Vous vous demandez à partir de quand on parle d’accouchement prématuré ? Quels signes doivent faire appeler la maternité ? Quelles causes sont fréquentes ? Et si la naissance se rapproche, quels traitements peuvent aider ?
Accouchement prématuré : définition, types et degrés
À partir de quand parle-t-on d’accouchement prématuré ?
On parle d’accouchement prématuré lorsque la naissance survient avant 37 semaines d’aménorrhée (SA) (37 semaines depuis le premier jour des dernières règles). Les soignants raisonnent aussi en âge gestationnel, car quelques jours peuvent changer la maturité des poumons, du cerveau, du tube digestif et des défenses immunitaires.
Point important : l’accouchement prématuré n’est ni une « faute » ni un manque de vigilance. Il s’agit d’un événement obstétrical fréquent, souvent multifactoriel.
Menace d’accouchement prématuré (MAP) : ce que cela signifie
La menace d’accouchement prématuré (MAP) désigne une situation où l’on craint une naissance avant terme parce qu’il existe :
- des contractions utérines régulières et persistantes, et/ou
- des signes de modification du col (raccourcissement, effacement, dilatation), parfois associés à des pertes.
Ressentir un ventre qui durcit n’équivaut pas automatiquement à un travail. Les contractions dites « d’irritation » (déshydratation, fatigue, infection urinaire) peuvent mimer une MAP. Toute la difficulté est de vérifier si le col change réellement.
Accouchement prématuré spontané et accouchement prématuré provoqué
Deux scénarios dominent :
- Accouchement prématuré spontané : le travail démarre seul ou après une rupture précoce de la poche des eaux.
- Accouchement prématuré provoqué (iatrogène) : la naissance est déclenchée (ou une césarienne est réalisée) car poursuivre la grossesse expose la mère et/ou le bébé à un risque trop élevé (pré-éclampsie sévère, souffrance fœtale, retard de croissance, complication placentaire…).
Les degrés de prématurité selon le terme
On retient classiquement :
- prématurité tardive : 34 à 36 SA
- prématurité modérée : 32 à 33 SA
- grande prématurité : 28 à 31 SA
- très grande prématurité : avant 28 SA
Plus le terme est précoce, plus l’immaturité (respiratoire, thermique, digestive, neurologique) peut nécessiter des soins intensifs néonatals.
Causes et facteurs de risque d’un accouchement prématuré
Infections, inflammation, rupture des membranes, placenta
Les infections et l’inflammation jouent un rôle majeur. Une infection urinaire, une vaginose bactérienne ou une infection intra-utérine (chorioamniotite) peuvent activer une cascade : libération de cytokines (messagers de l’inflammation), hausse des prostaglandines (qui favorisent les contractions), fragilisation des membranes. Résultat possible : contractions, modifications cervicales, voire rupture de la poche des eaux.
La rupture prématurée des membranes (RPM) correspond à une poche des eaux qui se rompt avant le début du travail. Une RPM augmente le risque infectieux, et l’infection, à son tour, favorise la RPM.
Le placenta peut aussi imposer une naissance anticipée : hématome rétroplacentaire (décollement), placenta prævia avec saignements, ou insuffisance placentaire.
HTA, pré-éclampsie et retard de croissance intra-utérin (RCIU)
L’hypertension artérielle gravidique et surtout la pré-éclampsie peuvent conduire à provoquer un accouchement prématuré si la situation devient dangereuse pour la mère (atteintes rénale/hépatique, troubles de la coagulation, symptômes neurologiques) et/ou pour le bébé (baisse de perfusion placentaire).
Le RCIU (retard de croissance intra-utérin) signifie que le bébé grandit moins bien que prévu, souvent parce que le placenta n’apporte plus assez d’oxygène et de nutriments. Parfois, naître plus tôt devient l’option la plus sûre.
Grossesse multiple, col court et particularités utérines
La grossesse multiple augmente nettement le risque d’accouchement prématuré.
Un col court (mesuré en échographie endovaginale) réduit la « barrière mécanique » : le col peut se raccourcir et s’ouvrir plus tôt, parfois avec peu de symptômes au départ.
Certaines malformations utérines, ou des antécédents de gestes cervicaux (selon les cas), peuvent aussi influencer le risque.
Facteurs modifiables et contexte de vie
Ces facteurs n’expliquent pas tout, mais ils pèsent sur l’équilibre :
- tabac (actif ou fumée passive), alcool, substances psychoactives
- fatigue importante, contraintes physiques, déshydratation
- stress chronique, difficultés d’accès au suivi
- intervalle court entre deux grossesses (souvent cité : < 12 mois)
L’idée n’est pas de chercher un responsable, mais d’identifier ce qui peut être ajusté.
Quand aucune cause unique ne ressort
Parfois, malgré les examens, aucun facteur évident n’apparaît. On évoque des infections subcliniques, une inflammation discrète ou des micro-anomalies placentaires. Dans ce contexte, l’équipe se concentre sur la prise en charge, puis sur la prévention lors d’une grossesse suivante.
Signes qui doivent alerter avant terme
Contractions avant terme : repères concrets
Avant 37 SA, des contractions régulières, rapprochées, et qui durent malgré le repos doivent faire penser à une MAP.
Repère souvent donné : plus de 4 contractions en une heure, surtout si elles s’accompagnent de douleurs, de pertes ou d’une sensation inhabituelle, justifie d’appeler la maternité.
Douleurs, pression pelvienne, « bébé qui pousse »
Parfois, ce n’est pas une douleur franche, mais un changement de signal corporel :
- pesanteur pelvienne, pression vers le bas
- douleurs lombaires sourdes
- crampes type règles
Si le repos et l’hydratation n’améliorent rien, mieux vaut faire vérifier.
Pertes de liquide et saignements
Un écoulement clair (ou rosé/brunâtre) peut évoquer une rupture de la poche des eaux, parfois sous forme de suintement.
Un saignement vaginal, même léger, mérite un appel sans délai.
Diminution des mouvements fœtaux
Ce qui alerte, c’est un changement marqué par rapport au rythme habituel : mouvements nettement moins fréquents ou moins vigoureux. Un contrôle du bien-être fœtal est simple à organiser.
Diagnostic en maternité en cas de menace d’accouchement prématuré
Examen clinique et évaluation du col
L’équipe précise les symptômes, recherche des signes associés (fièvre, brûlures urinaires, pertes, saignements), puis contrôle les paramètres maternels et fœtaux.
Le toucher vaginal, lorsqu’il est utile, évalue dilatation et effacement : le col est-il en train de se modifier ?
Échographie endovaginale, monitoring, tests ciblés
La mesure de la longueur cervicale par échographie endovaginale aide à estimer le risque à court terme.
La cardiotocographie enregistre le rythme cardiaque fœtal et les contractions.
Selon la situation, des tests sur prélèvement vaginal peuvent être proposés : fibronectine fœtale ou IGFBP-1 (un test négatif est souvent rassurant , un test positif incite à renforcer la prudence).
Bilan infectieux et évaluation fœtale
Urines, prélèvements, prise de sang : tout dépend des signes. L’échographie peut vérifier croissance, liquide amniotique et, si besoin, Dopplers.
Prise en charge quand un accouchement prématuré se rapproche
Objectifs : gagner 24–48 heures, protéger le bébé
Quand le risque est réel, gagner 24 à 48 heures peut suffire pour administrer une corticothérapie anténatale et organiser un transfert vers une maternité adaptée.
Tocolyse, magnésium, antibiotiques : pourquoi et quand
La tocolyse diminue les contractions , elle vise une fenêtre thérapeutique, surtout avant 34 SA, si aucune contre-indication n’existe (infection intra-utérine, hémorragie importante, détresse fœtale…).
Avant 32 SA, le sulfate de magnésium peut être administré pour la neuroprotection, avec surveillance rapprochée.
Des antibiotiques sont utilisés si une infection est suspectée/confirmée et dans certaines RPM selon les protocoles , une prophylaxie contre le streptocoque B peut être indiquée pendant le travail.
Quand décider d’accoucher ?
Un accouchement prématuré peut être décidé si la santé maternelle est menacée (pré-éclampsie sévère, hémorragie, infection), si le bébé présente des signes de souffrance/RCIU sévère, ou si une complication placentaire impose d’agir. Voie basse ou césarienne : le terme, la présentation, l’urgence et l’état du col guident la décision.
Après la naissance : soins et accompagnement
Niveaux de maternité et néonatalogie
En cas d’accouchement prématuré très précoce, une structure avec néonatalogie spécialisée (niveau 3) est recherchée. En néonatalogie, les soins associent technique et confort : monitorage cardio-respiratoire, gestion de l’oxygène, prévention de la douleur, soutien du sommeil.
Respiration, température, alimentation, infections
Selon le terme, le bébé peut nécessiter oxygène, CPAP, ventilation, parfois surfactant.
La thermorégulation est plus difficile (couveuse, peau à peau). L’alimentation progresse parfois par étapes : sonde, puis biberon ou sein , le lait maternel peut être enrichi.
Le risque infectieux est plus élevé (immunité immature), d’où une hygiène stricte.
Neurodéveloppement, âge corrigé et place des parents
Le suivi tient compte de l’âge corrigé pour évaluer motricité et acquisitions. Le peau à peau (méthode kangourou), quand possible, aide souvent la stabilité et le lien.
Côté mère, après un accouchement prématuré, la récupération physique se combine parfois à un retentissement émotionnel important , un soutien psychologique peut être proposé.
Suivi et prévention
Retour à domicile et suivi pédiatrique
La sortie se prépare quand le bébé respire de façon stable, tient sa température et progresse sur l’alimentation. Le suivi pédiatrique surveille croissance, digestion, respiratoire et développement en âge corrigé.
Anticiper si le risque est connu
Selon les profils (antécédent, grossesse multiple, col court), l’anticipation peut inclure surveillance du col, progestérone dans certaines situations, ou cerclage cervical dans des indications sélectionnées.
À retenir
- L’accouchement prématuré correspond à une naissance avant 37 SA, avec plusieurs degrés selon le terme.
- La MAP justifie une évaluation si contractions régulières, modifications du col, pertes, saignements ou doute.
- Les causes sont souvent multiples : infections/inflammation, RPM, placenta, HTA/pré-éclampsie, RCIU, grossesse multiple, col court.
- La prise en charge cherche souvent à gagner du temps (corticothérapie, parfois magnésium, transfert).
- Après un accouchement prématuré, néonatalogie, peau à peau et suivi en âge corrigé soutiennent le bébé et les parents.
- Des professionnels peuvent accompagner à chaque étape. Pour des conseils personnalisés et des questionnaires de santé gratuits pour les enfants, vous pouvez télécharger l’application Heloa.
Les questions des parents
Mon bébé peut‑il être viable si l’accouchement survient très tôt ? À partir de quand parle‑t‑on de viabilité ?
La viabilité dépend surtout de l’âge gestationnel et des moyens de l’unité néonatale. En pratique, la survie devient possible autour de 24 semaines d’aménorrhée dans les centres équipés, mais chaque semaine gagnée améliore fortement les chances et le pronostic. Rassurez‑vous : l’équipe néonatale pourra vous expliquer précisément les options et les perspectives selon le terme et l’état du bébé.
Quelles aides financières et logistiques existent pour les parents d’un bébé prématuré ?
Plusieurs appuis peuvent être mobilisés : le service social de la maternité pour l’hébergement proche de l’hôpital, les indemnités journalières et le congé pathologique via la sécurité sociale, les prestations familiales (CAF) et, si besoin, des aides locales ou associations de parents. N’hésitez pas à solliciter la cellule sociale de l’hôpital : elle oriente vers les démarches adaptées à votre situation.
Comment être soutenu·e émotionnellement pendant et après un accouchement prématuré ?
Vos émotions sont normales et comprises. Vous pouvez demander un accompagnement psychologique à l’hôpital, rejoindre des groupes de parole ou des associations de parents, et participer autant que possible aux soins du bébé (peau à peau, soins quotidiens) pour renforcer le lien. Acceptez l’aide de proches et demandez des rendez‑vous de suivi postnatal si vous ressentez un besoin de soutien prolongé.

Pour aller plus loin :




