Par Heloa, le 22 février 2026

Conjonctivite du bébé : symptômes, causes et soins

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Un bébé calme se fait nettoyer l'œil avec un coton pour soulager une conjonctivite du bébé

La conjonctivite du bébé surprend souvent : un œil rouge, des cils collés au réveil, un larmoiement qui n’en finit pas… et, très vite, la question qui tourne en boucle : infection, allergie, canal lacrymal bouché ? Bonne nouvelle : la plupart des épisodes sont bénins, mais certains signes demandent de consulter vite, surtout chez les tout-petits. Entre anatomie du nourrisson, causes possibles, soins d’hygiène et situations à risque, voici de quoi y voir plus clair.

Conjonctivite du bébé : de quoi parle-t-on exactement ?

La conjonctivite du bébé correspond à une inflammation de la conjonctive : une muqueuse fine qui tapisse l’intérieur des paupières et recouvre la sclère (le blanc de l’œil). Quand elle s’enflamme, les petits vaisseaux sanguins se dilatent : la rougeur peut paraître spectaculaire, alors même que l’état général reste bon.

Chez le nourrisson, tout réagit vite. Les paupières gonflent facilement (œdème), les larmes augmentent, et les sécrétions s’accumulent.

Pourquoi c’est si fréquent chez les nourrissons ?

  • Immunité muqueuse encore en maturation : les défenses locales sont moins efficaces face aux virus et bactéries.
  • Contacts rapprochés : mains sur le visage, frottements, doudous et jouets qui passent de bouche à yeux.
  • Collectivité (crèche) et fratrie : la conjonctivite virale accompagne souvent un simple rhume.

Le rôle du canal lacrymal (et le piège du faux diagnostic)

Les larmes s’évacuent par de minuscules orifices au coin interne des paupières, puis vers le sac lacrymal et le canal naso-lacrymal. Or, ce circuit peut être étroit ou partiellement fermé chez le bébé : on parle de dacryosténose (obstruction des voies lacrymales). Résultat : épiphora (larmoiement chronique), sécrétions muqueuses… et une situation qui ressemble beaucoup à une conjonctivite du bébé.

Reconnaître les symptômes de la conjonctivite du bébé

Vous observez l’œil, mais aussi le comportement : clignements répétés, gêne, bébé grognon… Il ne peut pas dire que ça pique, pourtant les signes parlent.

Œil rouge : à quoi s’attendre ?

Dans la conjonctivite du bébé, la rougeur est conjonctivale : le blanc de l’œil devient rosé à rouge, parfois diffus, parfois par plaques. La paupière peut être un peu gonflée, sans que cela signifie forcément gravité.

Sécrétions : l’indice le plus parlant (sans être parfait)

  • Sécrétions claires, aqueuses : souvent viral, surtout s’il y a rhinopharyngite.
  • Sécrétions épaisses, jaune-vert, collantes avec paupières soudées au réveil : plus évocateur bactérien (sécrétions purulentes).

Petit piège : un épisode viral peut se surinfecter, et l’aspect peut changer dans la journée. On regarde donc l’ensemble : quantité, épaisseur, gêne, vitesse d’évolution.

Un œil ou deux ?

La conjonctivite du bébé peut commencer d’un seul côté puis gagner l’autre, via les mains ou les larmes. Les formes virales sont souvent bilatérales assez vite , les formes bactériennes démarrent volontiers sur un œil.

Photophobie et douleur : le signal à ne pas banaliser

Une sensibilité à la lumière (photophobie) peut exister, mais si elle devient marquée, avec douleur, œil fermé, pleurs au moindre éclairage, on pense à une atteinte de la cornée (kératite) : consultation rapide.

Durée habituelle

  • Virale : amélioration fréquente en 5 à 8 jours.
  • Bactérienne : amélioration en quelques jours avec traitement adapté, durée totale souvent 5 à 7 jours.
  • Irritative : régression en 2 à 4 jours après arrêt de l’irritant.
  • Allergique : variable, liée à l’exposition.

Quelles causes pour une conjonctivite du bébé ?

Une conjonctivite du bébé n’a pas une seule origine. Infectieuse, allergique, irritative… et parfois, ce n’est même pas une conjonctivite.

Conjonctivite virale

C’est la plus courante, notamment en période de rhume. L’œil larmoie, les sécrétions restent plutôt fluides, et la contagion est élevée (contact main-œil, mouchoirs, linge, jouets). La guérison est souvent spontanée avec une hygiène rigoureuse.

Conjonctivite bactérienne

On suspecte davantage une cause bactérienne en cas d’écoulement oculaire épais, jaunâtre/verdâtre, paupières collées. Les germes fréquemment impliqués : Staphylococcus aureus, Streptococcus pneumoniae, Haemophilus influenzae. Une conjonctivite virale peut aussi se surinfecter.

Conjonctivite allergique

Démangeaisons au premier plan, rougeur des deux yeux, larmoiement, sécrétions plutôt claires. Chez le nourrisson, c’est moins fréquent que chez l’enfant plus grand, mais possible en cas de terrain atopique (eczéma, rhinite allergique familiale).

Conjonctivite irritative (fumée, poussières, produits)

Début parfois rapide après exposition : fumée, sprays parfumés, pollution, poussières, ou collyre mal toléré (conservateurs). L’arrêt de l’irritant change souvent tout.

Diagnostic : ce que le professionnel cherche (et ce qu’il veut surtout exclure)

Le diagnostic de conjonctivite du bébé est avant tout clinique : contexte (crèche, rhume), type de sécrétions, unilatéralité, âge, état général.

Examen de l’œil

Le médecin examine : conjonctive, paupières, quantité de sécrétions, et la cornée. Si une lésion cornéenne est suspectée, un test à la fluorescéine (colorant) peut montrer une zone d’abrasion.

Quand proposer un prélèvement ?

Un prélèvement conjonctival (culture, parfois PCR) peut être discuté si :

  • nouveau-né avec tableau marqué ,
  • sécrétions très purulentes ou évolution rapide ,
  • suspicion de conjonctivite néonatale (Chlamydia, gonocoque) ou HSV ,
  • symptômes persistants/récidivants malgré traitement bien suivi.

Différencier conjonctivite et canal lacrymal bouché

  • Canal lacrymal bouché : larmoiement chronique, sécrétions muqueuses, peu de rougeur , pression douce au coin interne pouvant faire ressortir du mucus.
  • Conjonctivite du bébé : rougeur conjonctivale nette, poussées aiguës, gêne plus franche.

Autres diagnostics à évoquer

  • Blépharite (bords des paupières rouges, croûtes).
  • Dacryocystite (coin interne rouge, chaud, tuméfié, douloureux).
  • Corps étranger (début brutal, douleur, larmoiement, clignements).
  • Kératite (douleur + photophobie marquée).

Traitements de la conjonctivite du bébé : adapter à la cause

Un point calme mais ferme : tout œil rouge n’a pas besoin d’antibiotique. Et tout collyre n’est pas anodin.

Si conjonctivite bactérienne

Le médecin peut prescrire un collyre ou une pommade antibiotique (selon l’âge, l’aspect, les habitudes locales). Durée fréquente : 5 à 7 jours.

On recontacte si l’amélioration n’est pas nette en 48 à 72 heures, ou si les signes s’intensifient.

Si conjonctivite virale

Mesures principales : lavage oculaire au sérum physiologique, élimination douce des sécrétions, hygiène des mains, linge séparé. Les antibiotiques n’agissent pas sur les virus , ils ne sont utilisés qu’en cas de surinfection suspectée ou selon l’évaluation médicale.

Si conjonctivite allergique

  • Éviction autant que possible (acariens, poussières, pollens).
  • Larmes artificielles pour rincer et apaiser.
  • Traitement antiallergique : uniquement sur avis médical, car toutes les molécules ne conviennent pas au nourrisson.

Conjonctivite néonatale : les premières semaines demandent de la vitesse

Dans les premières semaines, certaines causes sont rares mais sérieuses :

  • Chlamydia trachomatis (souvent J5–J14) : antibiotique systémique selon protocole.
  • Gonocoque (souvent J2–J5) : tableau inflammatoire sévère, risque cornéen, prise en charge hospitalière.
  • HSV : évaluation spécialisée et antiviral systémique.

Soins à domicile : gestes simples, effet réel

Vous vous demandez peut-être si nettoyer souvent suffit. Pour la conjonctivite du bébé, l’hygiène fait une grande partie du travail : elle soulage, limite la charge microbienne, réduit la contagion.

Comment nettoyer l’œil (sans irriter davantage)

  • Mains lavées avant et après.
  • Sérum physiologique stérile + compresses.
  • Un passage doux du coin interne vers le coin externe.
  • Une compresse par passage, et une par œil.
  • En pratique : 2 à 4 fois par jour, davantage si les paupières collent.

Astuce confort : une compresse tiède quelques secondes aide à décoller les sécrétions.

Diminuer la contagion

  • Lavage des mains (adultes et fratrie) : souvent.
  • Linge séparé (serviette, taie), lavage idéalement à 60 °C.
  • Jouets et surfaces nettoyés régulièrement.
  • En crèche : suivre les consignes , la transmission se fait surtout par contact main-sécrétions.

Limiter le frottement

Ongles courts, environnement moins irritant (fumée, poussières). Si le bébé se frotte beaucoup, le risque est double : irritation qui dure… et œil opposé contaminé.

Quand consulter rapidement ?

Avec une conjonctivite du bébé, certains contextes imposent plus de prudence.

  • Moins de 3 mois, prématurité, fragilité : avis médical rapide.
  • Fièvre, paupières très gonflées, douleur importante, photophobie marquée.
  • Bébé qui garde l’œil fermé, refuse d’ouvrir, gêne visuelle suspectée.
  • Aucune amélioration nette en 48 à 72 heures malgré soins, ou aggravation.

Complications possibles (rares) : ce qu’on surveille

La plupart des conjonctivites évoluent bien. Les complications existent, mais restent peu fréquentes.

  • Kératite (atteinte de la cornée) : douleur, photophobie, œil fermé, risque cicatriciel.
  • Extension aux tissus autour de l’œil (cellulite préseptale) : fièvre, gonflement important, douleur.
  • Dacryocystite : coin interne très rouge, chaud, douloureux, parfois écoulement purulent.

Des épisodes répétés de conjonctivite du bébé font aussi penser à une dacryosténose, à des irritants répétés, ou à des infections ramenées de collectivité : un avis pédiatrique (et parfois ophtalmologique) aide à trier.

Sécurité des collyres chez le bébé

Un collyre peut passer dans les voies lacrymales puis être absorbé. Chez le nourrisson, la marge de sécurité est plus étroite. On évite donc les traitements au cas où, et on ne partage jamais un flacon (contamination croisée, erreur de molécule).

Bon usage d’un collyre/pommade

  • Mains propres.
  • Embout sans contact avec cils/peau.
  • Une goutte dans le cul-de-sac conjonctival (paupière inférieure).
  • Pression douce 10 secondes sur le coin interne pour limiter le passage vers le nez.
  • Respect de la conservation et de la date d’ouverture.

Si ça pique beaucoup après instillation

Une intolérance ou une irritation chimique est possible (conservateurs, produit inadapté). Si la rougeur ou la gêne augmentent nettement après le collyre : on stoppe et on demande un avis.

À retenir

  • La conjonctivite du bébé est fréquente , la rougeur peut impressionner, mais l’évolution est souvent simple.
  • Sécrétions claires = souvent viral , épaisses, jaune-vert, paupières collées = plutôt bactérien.
  • Un canal lacrymal bouché mime parfois la conjonctivite du bébé, surtout si l’œil coule depuis longtemps.
  • Sérum physiologique + hygiène des mains : duo très efficace pour soulager et limiter la contagion.
  • Un antibiotique local n’a de place que si une cause bactérienne est suspectée ou confirmée.
  • Avant 3 mois, ou en cas de douleur, photophobie, fièvre, œil très gonflé, œil fermé : consultation rapide.
  • Des professionnels (médecin, pédiatre, ophtalmologiste) peuvent accompagner. Pour des conseils personnalisés et des questionnaires de santé gratuits pour les enfants, vous pouvez télécharger l’application Heloa.

Les questions des parents

Mon bébé peut‑il aller en crèche ou sortir quand il a une conjonctivite ?

Rassurez‑vous : beaucoup de conjonctivites guérissent bien, mais la contagiosité dépend de la cause. En cas d’écoulement purulent ou si un traitement antibiotique est prescrit, certaines structures demandent d’attendre 24–48 heures après le début du traitement. Pour une forme virale, la contagion peut durer tant que les sécrétions sont présentes. Il est donc utile d’en parler avec le pédiatre et la crèche pour adapter la reprise en fonction de la situation.

Peut‑on traiter la conjonctivite du bébé sans ordonnance ?

Le lavage au sérum physiologique et l’hygiène restent des gestes sûrs et efficaces à domicile. En revanche, l’usage de collyres antiseptiques ou antibiotiques sans avis médical n’est pas recommandé, surtout chez le nourrisson où la marge de sécurité est plus étroite. Si vous hésitez, nettoyez l’œil et contactez un professionnel : souvent, on peut attendre un avis médical avant d’utiliser un médicament.

Quels effets secondaires faut‑il surveiller avec les collyres/antibiotiques locaux ?

Surveillance simple : brûlure ou rougeur qui augmentent après instillation, gonflement des paupières, éruption cutanée ou signes généraux inhabituels. Une réaction allergique sévère (difficulté à respirer, visage très enflé) demande une prise en charge immédiate. Si les symptômes s’aggravent ou apparaissent après un traitement, stoppez le produit et demandez un avis médical.

Application de sérum physiologique pour soigner la conjonctivite du bébé chez un nourrisson

Pour aller plus loin :

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