Être un bon parent… l’expression paraît simple. Et pourtant, elle peut serrer la gorge. Quand un enfant pleure, refuse, s’oppose, tombe malade, ou grandit trop vite, une question s’invite : « Est-ce que je fais bien ? ». Entre conseils familiaux, réseaux sociaux, injonctions contradictoires et fatigue, on peut courir après un idéal impossible. La pédiatrie et la psychologie du développement proposent des repères concrets, réalistes, utilisables un lundi soir à 19 h.
Être un bon parent : une définition qui change selon l’enfant, l’âge… et la vie
Une notion subjective, mais pas sans repères
Être un bon parent ne se mesure pas avec un tableau de résultats. La parentalité dépend de la culture, des valeurs, du tempérament de votre enfant (sensible, prudent, impulsif…), et de vos ressources du moment : sommeil, santé, soutien disponible.
Pour les professionnels de l’enfance, un indicateur reste très parlant : l’enfant évolue-t-il dans un environnement globalement sécurisant, stable, et assez ajusté à ses besoins ? Pas parfait. Suffisant.
Parent parfait ou parent « suffisamment bon » : la piste la plus apaisante
Donald Winnicott, pédiatre et psychanalyste, a popularisé l’idée du parent « suffisamment bon » : répondre la plupart du temps, rater parfois, puis revenir vers l’enfant.
Vous vous demandez peut-être : « Revenir, ça veut dire quoi ? ».
- Nommer ce qui s’est passé.
- Reconnaître l’émotion de chacun.
- Réparer le lien (un mot, un geste, une action).
Ce mouvement enseigne une compétence majeure : les relations tiennent, même quand ça frotte. Et oui, cela participe pleinement à être un bon parent.
Les trois besoins qui reviennent : sécurité, cohérence, affection
- La sécurité affective : elle s’appuie sur une figure d’attachement qui répond de façon fiable. Un attachement sécurisant module le stress (cortisol) et soutient l’exploration.
- La cohérence éducative : des règles lisibles, appliquées avec une constance raisonnable, réduisent l’incertitude.
- L’affection et la reconnaissance : les encouragements centrés sur l’effort (plutôt que la performance) soutiennent motivation et persévérance.
Comprendre son rôle sans s’écraser sous la pression
Le lien : présence réelle, pas présence continue
Être un bon parent ne signifie pas être disponible à la seconde. La variable souvent décisive, c’est la disponibilité émotionnelle : être là « pour de vrai » à des moments réguliers.
Chez le tout-petit, le cerveau n’a pas encore les outils de régulation : l’enfant emprunte votre système nerveux. C’est la co-régulation (voix, posture, respiration qui aident à redescendre).
Chez l’enfant plus grand, le lien se nourrit d’échanges plus fins : reformuler, poser une question ouverte, accueillir sans ironie.
Protéger, encourager, accompagner
- Protéger : sécurité physique (prévention des accidents, sommeil, alimentation) et sécurité psychologique (pas d’humiliation).
- Encourager : repérer les micro-progrès, valoriser la stratégie.
- Accompagner : guider sans faire à la place. Faire ensemble, puis se retirer progressivement (« étayage »).
Une boussole très fiable pour être un bon parent quand tout s’accélère.
Transmettre des repères : la puissance des répétitions
- Tenir une règle avec respect → la limite existe sans violence.
- Tenir parole → la confiance s’épaissit.
- Accueillir une émotion sans céder sur le cadre → « Je peux être en colère, le lien reste sûr. »
L’imperfection qui éduque : réparer, s’excuser, ajuster
Un éclat de voix n’annule pas tout. Ce qui pèse, c’est l’absence de réparation.
« J’ai crié. Je n’aurais pas dû. Je suis fatigué. Je vais faire une pause la prochaine fois. »
S’excuser ne retire pas l’autorité : cela montre la responsabilité, sans honte.
Injonctions, comparaisons, histoire personnelle : reprendre la main
Pression sociale : filtrer pour garder son cap
Les images lisses des réseaux sociaux laissent rarement voir la réalité : nuits hachées, repas compliqués, colères, désaccords. La comparaison nourrit la culpabilité.
Un repère utile : si un conseil vous fait vous sentir « en échec » au lieu de vous aider, il mérite d’être mis à distance. Être un bon parent, c’est aussi choisir ce que l’on laisse entrer dans sa tête.
Son passé familial : repérer les automatismes
Votre histoire peut colorer vos réactions : peur du conflit, besoin de contrôle, difficulté à poser des limites. Identifier ces schémas n’est pas un procès, c’est un choix qui redevient possible.
Un exercice éclairant : écrire ce que vous aimeriez que votre enfant retienne de vous dans 20 ans.
Méthodes éducatives : s’informer sans s’éparpiller
Trois questions pour trier un conseil :
1) S’appuie-t-il sur des connaissances sérieuses ou sur une expérience isolée ?
2) Est-il applicable sans vous épuiser ?
3) Renforce-t-il le lien et le cadre, ou ajoute-t-il de la tension ?
Communication familiale : quand le climat devient plus stable
Attachement : sécurité émotionnelle et confiance
Un attachement sécurisant se tisse avec des réponses sensibles et répétées. Les routines y contribuent : repas, coucher, départ à l’école, transitions annoncées.
La prévisibilité apaise et facilite la coopération.
Émotions : accueillir sans tout autoriser
Valider une émotion n’équivaut pas à valider un comportement.
- « Je vois que tu es furieux » (émotion)
- « Je ne te laisse pas taper » (limite)
Mettre des mots aide la régulation : le langage soutient progressivement les fonctions du cortex préfrontal, encore immature chez l’enfant.
Quand ça déborde : pause, retour au calme, réparation
Quand la tension monte : pause, baisse du volume, éloignement bref si besoin, puis retour.
À froid : décrire, rappeler la règle, chercher une option pour la prochaine fois. Les formulations en « je » réduisent l’escalade :
« Je reprends quand il n’y a plus de cris. »
Donner une place à l’enfant : participation
Impliquer l’enfant augmente souvent la coopération :
- Choix limités (pyjama rouge ou bleu ?)
- Responsabilités adaptées
Poser un cadre qui protège : limites, autorité, chaleur
Règles simples : clarté et prévisibilité
Peu de règles, formulées clairement, répétées, appliquées avec stabilité. Quand une règle change, annoncer aide.
Dire non sans dureté : fermeté bienveillante
Tenir la limite sans rabaisser : « Je comprends. La règle reste la même. ». Le ton compte autant que les mots.
Liberté et sécurité : l’autonomie s’ouvre quand le cadre tient
L’objectif : aider l’enfant à se contrôler.
- Cadre respecté → plus de liberté.
- Ça dérape → encadrement rapproché temporaire, puis ré-apprentissage.
Compatible avec être un bon parent, même si cela demande des répétitions.
Styles parentaux : se situer pour ajuster
On décrit souvent : autoritaire, permissif, négligent, démocratique. Le style démocratique (cadre + chaleur + dialogue) est associé à de meilleurs marqueurs d’autonomie et de compétences sociales.
Les conséquences logiques (liées au comportement, limitées dans le temps) aident l’enfant à intégrer le lien cause-effet.
Favoriser l’autonomie : progressive, encadrée
Pourquoi l’encadrement aide l’autonomie
L’autonomie grandit quand l’enfant se sent en sécurité pour essayer, échouer, recommencer. Un cadre stable diminue la charge émotionnelle.
Trois piliers efficaces
- Choix limités et adaptés à l’âge.
- Compétence : montrer, faire ensemble, laisser faire, puis feedback simple.
- Renforcement : nommer les efforts.
Écrans, école, vie sociale : repères clairs
- Écrans : horaires définis, zones sans écran la nuit, arrêt annoncé.
- École : points de contrôle brefs, soutien ciblé.
- Vie sociale : où, avec qui, à quelle heure, plan si problème.
S’adapter aux étapes du développement
Tout-petit : routines, sécurité
Émotions plus explosives (régulation immature), besoin de rythme. Règles courtes, cadre concret, exploration dans un espace sécurisé.
Âge scolaire : effort, responsabilisation
Responsabilités simples, règles discutées davantage, encouragements centrés sur la stratégie.
Adolescence : confiance, négociation
Cadre présent mais modulé, discussion régulière à des moments neutres, règles co-construites puis réévaluées (sorties, sommeil, écrans, sécurité numérique).
Culpabilité, fatigue, équilibre parental
Culpabilité : la transformer en ajustement
Remplacer « j’ai raté » par « quel ajustement réaliste demain ? ». Petit pas, effet réel.
Charge mentale et burn-out parental : repérer les signaux
La charge mentale s’accumule. Le burn-out parental peut se manifester par fatigue persistante, irritabilité, troubles du sommeil, perte de plaisir, retrait affectif.
Alléger est une mesure de santé : simplifier, déléguer, demander un relais. Le sommeil reste un besoin physiologique.
Soutien : entourage et professionnels
En co-parentalité, clarifier qui fait quoi réduit les tensions. Si l’anxiété, la tristesse ou la sensation d’être au bord de la rupture s’installent, un avis peut aider : médecin traitant, pédiatre, psychologue.
Passer des intentions aux actions
Objectifs réalistes : peu, mais stable
Deux règles tenues valent mieux que dix changeantes. Prioriser (sommeil, repas, sécurité, communication) et installer de la constance : souvent, c’est cela être un bon parent.
Rituels : petits moments, grand impact
Histoire du soir, cinq minutes de jeu, ou un échange bref au dîner. La répétition sécurise.
Responsabiliser plutôt que contrôler
« Tu prépares ton sac, puis on contrôle ensemble. ». Moins de surveillance, plus d’apprentissage.
Exemplarité
La cohérence n’est pas l’absence d’erreurs , c’est revenir à ses valeurs après une journée difficile.
À retenir
- Être un bon parent : viser le « suffisamment bon » relâche la pression et soutient le lien.
- Sécurité affective, cohérence éducative, affection, réparation : le socle.
- Valider l’émotion, tenir la limite : une combinaison qui apaise.
- L’autonomie se construit par étapes, avec un cadre lisible.
- Fatigue, charge mentale et burn-out parental méritent attention , des professionnels peuvent accompagner.
- Vous pouvez aussi télécharger l’application Heloa pour des conseils personnalisés et des questionnaires de santé gratuits pour les enfants.
Les questions des parents
Comment évaluer mes pratiques parentales et savoir si je progresse ?
Rassurez‑vous : le progrès se voit souvent en petits signes. Repérez la régularité des routines, la fréquence des réparations après un conflit, et la capacité de votre enfant à se calmer ou à essayer seul. Tenez un simple carnet : un objectif clair (ex. calmer sans crier), une stratégie testée pendant 2–3 semaines, et une note sur l’impact. Demander un retour à votre partenaire ou à un proche de confiance aide aussi à objectiver les changements.
Comment impliquer les grands‑parents tout en affirmant mes valeurs et mes règles ?
Parlez avant les rencontres : partagez quelques règles non négociables et les raisons qui les soutiennent. Proposez des rôles positifs (lectures, sorties, transmission d’histoires) pour respecter leur place. Si un désaccord survient, reformulez calmement : « Merci, j’aime ta façon, chez nous on fait plutôt… » Cela préserve le lien sans renoncer à votre cadre.
Comment gérer les conflits entre frères et sœurs ?
Intervenir brièvement pour assurer la sécurité, puis redonner l’autonomie aux enfants quand c’est possible. Évitez de trancher immédiatement : aidez‑les à nommer l’émotion, proposer deux solutions simples, et choisir ensemble. Si le schéma se répète, mettez en place une conséquence logique et offrez un moment individuel à chacun : souvent, un manque d’attention alimente les rivalités.





