Quand la courbe de croissance garcon et fille fait un petit « zigzag », beaucoup de questions surgissent. Est-ce normal ? Est-ce que le poids suit la taille ? Pourquoi la courbe du carnet de santé n’a pas l’air de dire la même chose que certaines courbes vues ailleurs ? Et ce fameux percentile, faut-il s’y accrocher… ou au contraire le relativiser ?
Un repère simple aide souvent : la courbe de croissance garcon et fille sert surtout à observer une trajectoire (la vitesse et la régularité), pas à coller une étiquette sur un enfant. Taille, poids, IMC, périmètre crânien : chaque indicateur raconte une partie de l’histoire, et c’est leur lecture croisée, répétée dans le temps, qui devient utile.
Courbe de croissance garcon et fille : à quoi sert-elle vraiment ?
Ce qu’est une courbe (et ce qu’elle ne peut pas dire)
La courbe de croissance garcon et fille est un graphique de référence : on y place des mesures successives pour comparer l’évolution d’un enfant à celle d’une grande population du même âge et du même sexe.
Ce qu’elle permet de repérer tôt :
- un ralentissement (la pente se tasse),
- une accélération (la pente se redresse),
- une stagnation,
- un rattrapage (après prématurité, petit poids de naissance, épisode prolongé d’apports difficiles).
Ce qu’elle ne suffit pas à conclure, à elle seule :
- un diagnostic (la courbe oriente, elle ne tranche pas),
- l’état de santé global (sommeil, tonus, développement, apprentissages),
- la taille adulte avec certitude (elle donne une tendance, à confronter au contexte familial et pubertaire).
Pourquoi séparer garçon et fille ?
La séparation n’est pas un détail graphique : c’est de la physiologie. Avant la puberté, les rythmes se ressemblent souvent. Ensuite, le calendrier change :
- chez la fille, la poussée pubertaire survient plus tôt,
- chez le garçon, elle démarre en moyenne plus tard et dure souvent plus longtemps.
Résultat : lire un garçon sur une courbe « fille » (ou l’inverse) peut donner une impression de décalage… alors que la référence n’est simplement pas la bonne.
Les indicateurs suivis : taille, poids, IMC, périmètre crânien
Dans une courbe de croissance garcon et fille, on trace le plus souvent :
- taille/longueur : croissance staturale,
- poids : à relier à la taille,
- IMC pour l’âge (souvent après 2 ans) : corpulence,
- périmètre crânien (surtout 0–5 ans) : croissance du crâne (et donc, indirectement, de la boîte qui contient le cerveau).
Quelles références en France : carnet de santé 2018, et parfois OMS
Les courbes du carnet de santé 2018 : le repère le plus courant
En France, la courbe de croissance garcon et fille du carnet de santé 2018 s’appuie sur des données françaises très nombreuses (AFPA-CRESS/Inserm). Vous y trouvez :
- taille et poids jusqu’à 18 ans,
- périmètre crânien jusqu’à 5 ans,
- corpulence/IMC avec des repères adaptés.
Les courbes OMS : pourquoi vous les voyez parfois
Les courbes OMS (Organisation mondiale de la santé) sont des normes internationales. Elles peuvent apparaître :
- dans certains logiciels,
- lors de suivis en PMI ou en structure ayant choisi ce référentiel,
- dans des comparaisons internationales.
OMS vs carnet : des percentiles différents, pas forcément un problème
Un même enfant peut se retrouver « plus haut » ou « plus bas » selon la courbe utilisée. Ce n’est pas automatiquement alarmant.
Pourquoi ?
- populations de référence différentes,
- périodes de recueil différentes,
- mise en forme des couloirs et seuils parfois non identique.
Le plus utile : garder la même référence dans le temps, puis discuter si une rupture de trajectoire apparaît.
Percentiles et couloirs : comment se situer sans se piéger
Le 50e percentile : la médiane, pas une note
Le P50 signifie : la moitié des enfants du même âge et du même sexe est en dessous, l’autre moitié au-dessus. Rien de plus. Être P10 ou P90 n’est pas « moins bien » : c’est une position statistique.
Percentiles bas ou hauts : des balises
Selon les supports, vous verrez P3/P97 ou 2,5e/97,5e. L’idée est la même : environ 95 % des enfants se situent entre ces bornes.
Un enfant peut être durablement bas et aller très bien : taille familiale plus petite, constitution, puberté plus tardive… La cohérence d’ensemble compte.
La trajectoire : le vrai signal
Une courbe de croissance garcon et fille rassure surtout quand les points suivent un chemin régulier. Une mesure isolée peut tromper (balance différente, enfant mal positionné, vêtements).
Croiser des couloirs : quand en parler
Changer nettement de percentile sur plusieurs mesures (ex. P50 vers P10, ou l’inverse) peut correspondre :
- à un rattrapage attendu,
- au début de la puberté,
- à une cassure à explorer si elle persiste.
On discute plus volontiers si s’ajoutent : fatigue inhabituelle, troubles digestifs, appétit très diminué, amaigrissement, puberté très en avance ou très en retard.
Lire une courbe pas à pas : méthode simple, erreurs fréquentes
1) Choisir la bonne courbe
Avant de placer un point :
- bon sexe (fille/garçon),
- bonne échelle d’âge (mois vs années),
- bon indicateur (taille, poids, IMC, périmètre crânien).
2) Placer le point (âge exact + valeur) puis relier
Axe horizontal : âge le jour de la mesure (le plus précis possible). Axe vertical : la valeur (cm, kg, IMC, cm de PC). On relie ensuite : la pente parle.
3) Mesure étrange : on vérifie avant d’interpréter
Vous vous demandez peut-être : « Un seul point peut-il tout changer ? » Rarement.
Avant de conclure :
- refaire la mesure dans de bonnes conditions,
- comparer au même matériel si possible,
- regarder les points précédents.
4) Estimer la vitesse de croissance
Entre deux tailles :
- (taille2 – taille1) / temps écoulé.
La vitesse est très élevée la première année, plus régulière ensuite, puis augmente lors du pic pubertaire.
Interpréter taille, poids, IMC, périmètre crânien : une lecture croisée
Taille : logique familiale et vitesse de croissance
Une taille « basse » sur la courbe de croissance garcon et fille n’est pas synonyme de problème. Question centrale : la pente est-elle régulière ? Et la taille est-elle cohérente avec les parents ?
En consultation, un décalage progressif entre la trajectoire réelle et la taille attendue (selon la famille) peut conduire à un bilan ciblé.
Poids : le poids n’a de sens qu’avec la taille
Deux situations classiques :
- poids qui baisse/stagne alors que la taille continue : apports insuffisants, malabsorption, infection prolongée… à discuter,
- poids qui augmente beaucoup plus vite que la taille : possible tendance au surpoids, à aborder avec habitudes de vie (repas, grignotage, activité physique, sommeil), sans jugement.
À surveiller particulièrement : perte de poids, cassure durable, discordance nette poids/taille.
IMC après 2 ans : repérer maigreur et surcharge
L’IMC (poids/ taille²) devient informatif après 2 ans, à lire sur une courbe de croissance garcon et fille spécifique.
Point-clé : le rebond d’adiposité. L’IMC baisse souvent en petite enfance, puis remonte vers 4–6 ans. Un rebond très précoce ou très marqué est associé à un risque plus élevé de surcharge pondérale plus tard : repérage précoce = ajustements précoces.
Périmètre crânien : surtout utile chez le bébé
Le périmètre crânien est suivi surtout de 0 à 5 ans. Il aide à repérer une microcrânie (PC bas) ou une macrocrânie (PC élevé).
Là encore, la trajectoire prime : une tête « grande » peut être familiale , une augmentation rapide du PC, surtout si associée à des signes neurologiques ou à un retard du développement, nécessite une évaluation.
Âges clés et puberté : pourquoi la courbe change
Rythmes typiques de croissance
- 0–12 mois : croissance spectaculaire (la taille augmente très vite).
- 1–4 ans : croissance soutenue mais moins rapide.
- 4–10 ans : phase plus régulière (souvent autour de 5–6 cm/an).
- 10–18 ans : puberté, avec accélération puis ralentissement.
Pic pubertaire : plus tôt chez la fille, plus tard chez le garçon
Sur la courbe de croissance garcon et fille, le pic se voit : la pente se redresse franchement, puis s’aplatit.
En moyenne :
- fille : pic vers 10–11 ans,
- garçon : pic vers 12 ans.
Puberté précoce ou tardive : effets sur la trajectoire
Puberté plus précoce : l’enfant grandit « d’un coup », mais peut finir plus tôt. Puberté plus tardive : impression de décalage puis rattrapage.
L’évaluation s’appuie sur l’examen clinique, l’histoire familiale, parfois les stades de Tanner et l’âge osseux.
Quand consulter et comment fiabiliser le suivi
Signaux qui méritent un avis
On prend rendez-vous si la courbe de croissance garcon et fille montre :
- cassure nette et durable (plusieurs percentiles),
- stagnation de taille ou baisse de vitesse de croissance,
- IMC qui franchit rapidement des seuils,
- valeurs très extrêmes persistantes,
- discordance marquée taille/poids.
Quelques causes discutées en consultation
Selon l’histoire et l’examen :
- apports insuffisants, difficultés alimentaires,
- troubles digestifs avec malabsorption (ex. maladie cœliaque),
- maladies chroniques (respiratoires, rénales, cardiaques…),
- causes endocriniennes (thyroïde, hormone de croissance, hypercortisolisme),
- prématurité ou retard de croissance intra-utérin.
L’objectif n’est pas de multiplier les examens, mais de choisir des explorations pertinentes.
Mesures fiables : petits détails, grands effets
Fréquence souvent proposée :
- avant 1 an : tous les 2–3 mois,
- 1 à 4 ans : tous les 6 mois,
- après 4 ans : environ une fois par an (plus si besoin).
Bonnes conditions :
- poids en sous-vêtements,
- taille pieds nus, talons au sol, tête dans l’axe,
- nourrisson : longueur allongée et PC avec ruban non extensible.
À retenir
- La courbe de croissance garcon et fille sert à suivre une trajectoire : régularité et vitesse comptent plus qu’un chiffre isolé.
- Les courbes du carnet de santé 2018 sont les plus utilisées en France , les courbes OMS peuvent situer différemment sans que cela soit anormal.
- Les percentiles sont des repères statistiques : ils guident la surveillance, ils ne résument pas la santé d’un enfant.
- Lire ensemble taille, poids, IMC et périmètre crânien donne une vision plus juste.
- La puberté modifie fortement la pente : plus tôt chez la fille, plus tard chez le garçon.
- En cas de cassure persistante, stagnation ou discordance, un professionnel peut évaluer sereinement la situation.
- Pour un suivi personnalisé et des questionnaires de santé gratuits pour les enfants, vous pouvez télécharger l’application Heloa.
Les questions des parents
Peut‑on prédire la taille adulte de mon enfant ?
Rassurez‑vous : on peut estimer une fourchette, mais pas garantir une valeur précise. On utilise la taille cible parentale (formule des parents) et, en consultation, l’âge osseux (radiographie) pour affiner l’estimation. La puberté, la santé générale et la génétique modifient la trajectoire. Si la courbe diverge nettement ou que vous êtes inquiet·e, le médecin proposera les examens adaptés.
Mon enfant est d’une origine ethnique différente : les courbes sont‑elles fiables ?
Les courbes sont bâties sur des populations de référence et peuvent légèrement varier selon l’origine. Cela ne signifie pas automatiquement un problème. L’important reste la trajectoire dans le temps : régularité et vitesse de croissance. Les professionnel·le·s tiennent compte du contexte familial et ethnique pour interpréter les percentiles et choisir, si besoin, des repères plus adaptés.
Où trouver des courbes et des outils fiables ?
En France, les courbes du carnet de santé 2018 et les courbes OMS sont des références courantes (PDF et versions interactives disponibles sur les sites de santé publique). Des calculateurs et applications permettent de tracer les mesures , sélectionnez des sources reconnues et conservez la même référence dans le temps pour suivre la trajectoire. N’hésitez pas à demander au professionnel qui suit votre enfant quel outil il préfère.

Pour aller plus loin :




