Par Heloa, le 11 janvier 2026

Leucocyturie grossesse : comprendre, dépister et se rassurer

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Une femme enceinte en consultation médicale avec un médecin pour échanger sur la leucocyturie grossesse

La mention leucocyturie grossesse sur un compte rendu peut faire l’effet d’un signal rouge : « globules blancs dans les urines… donc infection ? ». Parfois oui. Parfois non. Entre la simple contamination du prélèvement, l’irritation, la bactériurie asymptomatique (bactéries sans symptômes) et la vraie infection à traiter, il existe plusieurs scénarios, et ils n’impliquent pas tous la même prise en charge. L’objectif : comprendre ce que signifie la leucocyturie grossesse, savoir quels signes surveiller, et quand il vaut mieux recontrôler ou consulter rapidement.

Leucocyturie grossesse : à quoi correspond ce résultat ?

Définition simple : des leucocytes dans les urines

La leucocyturie grossesse signifie la présence de leucocytes, c’est-à-dire des globules blancs, dans les urines. Les leucocytes sont des cellules immunitaires : ils arrivent en renfort dès qu’il existe une inflammation (réaction de défense) sur les voies urinaires.

Cela suggère souvent une infection… mais ce n’est pas automatique. Une inflammation de la vessie, une irritation mécanique, ou un prélèvement « souillé » par des sécrétions peuvent aussi augmenter les leucocytes.

En pratique, de nombreux laboratoires parlent de leucocyturie significative à partir de ≥ 10^4 leucocytes/mL (le seuil exact varie selon les méthodes). Parfois, le résultat est exprimé « par champ » au microscope.

Leucocyturie septique, aseptique, isolée : quelles nuances ?

Les termes peuvent sembler techniques, mais ils décrivent surtout la présence ou non de bactéries en plus des leucocytes.

  • Leucocyturie septique : leucocytes élevés + bactériurie confirmée à la culture (ECBU). Cela évoque fortement une infection urinaire.
  • Leucocyturie aseptique : leucocytes présents, mais culture négative (ou très faible). Causes possibles : contamination, inflammation, calcul, ou germes non retrouvés par la culture standard.
  • Leucocyturie isolée : leucocytes sans bactériurie identifiée. Souvent, on refait un prélèvement, car un recueil imparfait est fréquent.

Pourquoi c’est plus fréquent pendant la grossesse

La leucocyturie grossesse est favorisée par des changements bien connus :

  • Sous l’effet hormonal (notamment progestérone), les voies urinaires se relâchent et se dilatent.
  • L’utérus prend de la place et peut comprimer la vessie et les uretères.
  • La stase urinaire (urines qui stagnent) augmente : le « rinçage » naturel est moins efficace.

Résultat : les bactéries s’installent plus facilement, et certaines infections restent discrètes, voire silencieuses, tout en pouvant remonter vers les reins.

D’où vient la leucocyturie grossesse ? Causes fréquentes

Infection urinaire : cystite et pyélonéphrite gravidique

La première cause à évoquer, surtout si vous avez des symptômes, reste l’infection urinaire.

  • Cystite gravidique : infection basse, au niveau de la vessie.
  • Pyélonéphrite gravidique : infection haute, au niveau des reins.

Le germe le plus fréquent est Escherichia coli (bactérie digestive qui peut coloniser l’urètre), mais d’autres bactéries existent. Pendant la grossesse, on traite rapidement pour limiter l’extension vers les reins.

Bactériurie asymptomatique : des bactéries sans brûlures

On peut avoir une infection sans signes urinaires : c’est la bactériurie asymptomatique. C’est précisément pour cela que le suivi de grossesse prévoit des dépistages urinaires.

Pourquoi la traiter ? Parce que pendant la grossesse, cette situation augmente le risque de pyélonéphrite et est associée à des complications obstétricales.

Leucocyturie aseptique : leucocytes sans bactéries retrouvées

Quand la culture est négative, plusieurs pistes sont discutées :

  • Contamination vaginale des urines (le cas le plus banal) : sécrétions vaginales mélangées au prélèvement.
  • Inflammation locale (vulvite, vaginite) pouvant « polluer » l’analyse.
  • Calcul urinaire (lithiase) : irritation mécanique, parfois douleurs lombaires.
  • Certaines infections non visibles sur culture standard : par exemple Chlamydia, Mycoplasma, Ureaplasma (tests spécifiques selon le contexte).

Symptômes : comment repérer une infection urinaire enceinte

Leucocyturie sans symptômes : oui, ça existe

La leucocyturie grossesse peut être découverte alors que tout va bien. Deux situations dominent :

  • bactériurie asymptomatique,
  • prélèvement contaminé ou inflammation non infectieuse.

C’est pour cela qu’on ne conclut pas sur une bandelette seule : l’ECBU et le contexte clinique orientent la suite.

Signes de cystite : brûlures, urgences, gêne pelvienne

Une cystite se manifeste souvent par :

  • brûlures à la miction (dysurie),
  • envies fréquentes d’uriner (pollakiurie), parfois pressantes,
  • douleur ou pesanteur sus-pubienne,
  • parfois hématurie (sang dans les urines).

Vous hésitez parce que la grossesse donne déjà des envies fréquentes ? Posez-vous la question suivante : « Est-ce nouveau, douloureux, et associé à une sensation d’irritation ? » Si oui, il vaut mieux appeler.

Signes de pyélonéphrite : fièvre + douleur lombaire

La pyélonéphrite en grossesse doit être évaluée rapidement. Signes typiques :

  • fièvre (souvent ≥ 38 °C) et frissons,
  • douleur du flanc ou lombaire,
  • nausées, vomissements,
  • grande fatigue, malaise.

Fièvre et douleur lombaire : consultation sans attendre.

Examens pendant la grossesse : bandelette, ECBU, repères

Bandelette urinaire : utile, mais imparfaite

La bandelette recherche notamment :

  • leucocyte estérase (indice indirect de leucocytes),
  • nitrites (produits par certaines bactéries, surtout Gram négatif comme E. coli).

Repères simples :

  • leucocytes + nitrites positifs : suspicion forte d’infection urinaire.
  • nitrites négatifs : n’éliminent pas une infection (toutes les bactéries n’en produisent pas , l’urine doit aussi avoir séjourné plusieurs heures dans la vessie , la vitamine C peut interférer).
  • leucocytes positifs isolés : contamination fréquente, surtout pendant la grossesse.

ECBU : l’examen de référence

L’ECBU (examen cytobactériologique des urines) permet :

  • le comptage leucocytes/bactéries,
  • l’identification du germe,
  • l’antibiogramme (sensibilité aux antibiotiques).

La qualité du prélèvement influence directement le résultat. Les points qui changent tout :

  • toilette vulvaire simple à l’eau ou au savon doux,
  • recueil sur jet médian (on laisse couler le premier jet, puis on recueille au milieu),
  • flacon stérile, sans toucher l’intérieur,
  • acheminement rapide au laboratoire.

Seuils : ce que signifie « significatif »

Un repère courant pour la leucocyturie grossesse est : ≥ 10^4 leucocytes/mL.

  • leucocyturie + bactériurie significative : infection très probable.
  • leucocyturie sans bactérie : on discute contamination, inflammation, calcul, ou germes non recherchés.

Interpréter selon votre situation

Leucocyturie isolée : souvent, on recontrôle

Une leucocyturie grossesse isolée se voit fréquemment lors d’un prélèvement imparfait. Avant de traiter, l’équipe peut proposer de refaire l’ECBU, surtout si :

  • aucun symptôme urinaire,
  • culture négative,
  • premier épisode.

Cela permet d’éviter un antibiotique inutile, tout en sécurisant la surveillance.

Leucocyturie + symptômes urinaires : cystite probable

Si brûlures, envies pressantes et leucocyturie vont ensemble, la cystite est l’hypothèse principale.

Le traitement peut être débuté rapidement, puis ajusté dès l’antibiogramme. Ce tempo a du sens : mieux vaut couper court à l’infection que la laisser remonter.

Leucocyturie + fièvre ou douleur lombaire : priorité à l’évaluation

La combinaison fièvre/douleur lombaire avec une leucocyturie grossesse impose une évaluation rapide, car une infection rénale peut évoluer vite.

Traitement et suivi : ce que l’équipe peut proposer

Confirmer, puis choisir l’antibiotique adapté

On privilégie un traitement ciblé : ECBU, identification du germe, puis antibiothérapie compatible grossesse selon l’antibiogramme.

L’objectif est double : efficacité maximale, exposition minimale.

Cystite et bactériurie asymptomatique : traiter et contrôler

Le principe est d’éradiquer l’infection, même sans symptômes, pour réduire le risque de pyélonéphrite.

Selon le terme, le germe, les antécédents et les recommandations locales, les options fréquemment utilisées incluent :

  • fosfomycine trométamol (souvent dose unique pour cystite simple),
  • céphalosporines orales,
  • amoxicilline si sensibilité,
  • nitrofurantoïne dans certaines situations (plutôt cystite basse, avec précautions selon le terme et le terrain).

Un contrôle ECBU est souvent proposé 1 à 2 semaines après la fin du traitement, surtout en cas de bactériurie asymptomatique, de récidive, ou si les symptômes persistent.

Pyélonéphrite gravidique : prise en charge plus intensive

En cas de pyélonéphrite, l’équipe propose souvent :

  • hospitalisation au moins initiale,
  • antibiothérapie IV puis relais oral,
  • surveillance maternelle (température, douleur, hydratation) et fœtale.

Si l’évolution est lente, on recherche un facteur favorisant (lithiase, obstacle).

Risques, prévention et quand consulter rapidement

Pourquoi on surveille de près pendant la grossesse

Une infection urinaire non traitée peut évoluer vers :

  • pyélonéphrite,
  • sepsis maternel (forme grave d’infection),
  • augmentation du risque de rupture prématurée des membranes,
  • association avec prématurité et retard de croissance intra-utérin (RCIU).

Ces risques expliquent l’attention portée à la leucocyturie grossesse, même quand elle paraît « petite » sur le papier.

Prévention au quotidien : gestes simples

Quelques habitudes utiles :

  • boire régulièrement,
  • uriner dès que l’envie se présente,
  • uriner après les rapports si vous avez déjà fait des cystites,
  • hygiène périnéale douce (pas de toilette interne),
  • traiter la constipation (elle peut augmenter la gêne et la stase).

Si les épisodes se répètent, un suivi urinaire plus rapproché peut être proposé.

Quand consulter rapidement

Contactez rapidement la maternité ou un service d’urgence en cas de :

  • fièvre ≥ 38 °C, frissons,
  • douleur lombaire ou du flanc, surtout avec fièvre,
  • vomissements, malaise, signes de déshydratation,
  • contractions régulières, douleurs abdominales inhabituelles, perte de liquide,
  • diminution des mouvements fœtaux,
  • symptômes urinaires intenses ou persistants malgré les premières mesures.

À retenir

  • La leucocyturie grossesse correspond à des globules blancs dans les urines : cela peut traduire une infection, une inflammation, un calcul, ou une contamination du prélèvement.
  • Pendant la grossesse, la dilatation des voies urinaires et la stase augmentent le risque d’infections, parfois sans symptômes.
  • La bandelette oriente, mais l’ECBU (avec culture et antibiogramme) confirme et guide le traitement.
  • La bactériurie asymptomatique se traite pendant la grossesse pour diminuer le risque de pyélonéphrite.
  • Fièvre, douleur lombaire, malaise, contractions ou mouvements fœtaux diminués justifient une évaluation rapide.
  • Des professionnels peuvent accompagner ces situations au fil de la grossesse , vous pouvez aussi télécharger l’application Heloa pour des conseils personnalisés et des questionnaires de santé gratuits pour les enfants.

Les questions des parents

Le partenaire doit‑il être testé ou traité ?

Rassurez‑vous : la plupart du temps, non. Les infections urinaires ne sont pas classées comme IST et ne nécessitent pas de traitement systématique du partenaire. Si le partenaire présente des symptômes urinaires, il peut consulter. En cas de doute, évoquez la situation avec votre équipe soignante , ils adapteront la démarche au cas par cas.

Peut‑on faire un test d’urine à domicile ?

Il existe des bandelettes et tests rapides pour la maison. Ils peuvent aider à repérer un signe d’alerte, mais ils ne remplacent pas une culture de laboratoire (ECBU). Si un test à domicile est positif ou si vous ressentez des symptômes, n’hésitez pas à contacter votre professionnel de santé pour confirmer et décider d’une prise en charge.

Combien de temps dure le traitement pendant la grossesse ?

La durée varie selon le type d’infection et l’antibiotique choisi : souvent quelques jours (par exemple 3 à 7 jours) ou une dose unique pour certains traitements spécifiques. Le médecin choisira un médicament adapté à la grossesse et pourra proposer une culture de contrôle après le traitement pour s’assurer de l’éradication. Si vous avez des effets secondaires ou si les symptômes persistent, signalez‑le sans hésiter.

Femme enceinte lisant ses résultats d analyse médicale concernant la leucocyturie grossesse

Pour aller plus loin :

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