Par Heloa, le 10 janvier 2026

Prééclampsie pendant la grossesse : reconnaître et agir

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Femme enceinte prenant sa tension chez le médecin pour détecter la prééclampsie

La prééclampsie fait partie de ces mots qu’on entend parfois en consultation, puis qu’on oublie… jusqu’au jour où une tension grimpe, où les mains gonflent, où un mal de tête s’installe et ne ressemble à aucun autre. Et là, les questions arrivent, rapides, serrées : est-ce grave ? est-ce que le bébé va bien ? faut-il aller à la maternité maintenant ?

La bonne nouvelle, c’est qu’un repérage précoce change tout. Mesure de la tension, contrôle des urines, prise de sang si besoin, surveillance du bébé : la prééclampsie se dépiste, se classe (avec ou sans critères de sévérité) et se prend en charge avec une stratégie claire, centrée sur la sécurité materno-fœtale.

Prééclampsie : ce qui se passe, simplement

Définition et raison de la surveillance rapprochée

La prééclampsie est une complication de la grossesse qui apparaît le plus souvent après 20 semaines d’aménorrhée (20 SA). Elle associe :

  • une hypertension artérielle (souvent ≥ 140/90 mmHg, confirmée sur plusieurs mesures),
  • et des signes d’atteinte maternelle, classiquement une protéinurie (protéines dans les urines), mais parfois d’autres atteintes d’organes.

Pourquoi les équipes y prêtent une attention constante ? Parce que la prééclampsie peut évoluer rapidement, parfois alors que les symptômes sont discrets. L’objectif est double : protéger la mère (reins, foie, cerveau, coagulation) et préserver le bébé (croissance, perfusion placentaire, oxygénation).

Hypertension gravidique, hypertension chronique, éclampsie : ne pas confondre

  • Hypertension gravidique : tension élevée après 20 SA, sans protéinurie ni atteinte d’organe au diagnostic.
  • Hypertension chronique : HTA connue avant la grossesse, détectée avant 20 SA, ou persistante après l’accouchement. Elle peut se compliquer d’une prééclampsie dite « surajoutée ».
  • Éclampsie : convulsions (ou coma) chez une femme présentant une prééclampsie, sans autre cause retrouvée. C’est une urgence obstétricale.

Quand peut-elle survenir, y compris après la naissance ?

La prééclampsie survient habituellement après 20 SA, avec des formes :

  • précoces (avant 34 SA),
  • tardives (après 34 SA).

Elle peut aussi apparaître après l’accouchement : on parle alors de prééclampsie post-partum, possible dans les jours qui suivent et jusqu’à environ 6 semaines.

Causes et mécanismes : le placenta au centre

Implantation placentaire et vascularisation : quand le « remodelage » est incomplet

Au début d’une grossesse, le placenta s’implante et transforme les artères utérines (artères spiralées) pour faire circuler beaucoup de sang, à faible résistance.

Dans la prééclampsie, ce remodelage est partiel : la perfusion placentaire est moins bonne (hypoxie/ischémie relative). Le placenta libère alors des signaux dans le sang maternel qui perturbent la régulation des vaisseaux.

Dysfonction endothéliale : pourquoi les organes maternels sont impactés

Ces signaux s’accompagnent d’un déséquilibre angiogénique (souvent : hausse de sFlt-1 et sEng, baisse relative de PlGF disponible), avec inflammation et stress oxydatif. Résultat : dysfonction endothéliale.

Concrètement, les vaisseaux :

  • se contractent plus facilement (vasoconstriction → tension qui monte),
  • deviennent plus perméables (œdèmes),
  • et la coagulation peut se dérégler.

Cela explique les tableaux possibles :

  • rein : endothéliose glomérulaire, protéinurie, baisse de filtration ,
  • foie : douleur de l’hypochondre droit, enzymes hépatiques élevées ,
  • cerveau : céphalées, troubles visuels, parfois syndrome PRES, risque de convulsions ,
  • sang : thrombopénie, microangiopathie, formes sévères dont syndrome HELLP.

Facteurs de risque : qui est davantage exposé ?

Terrains médicaux

Le risque de prééclampsie augmente notamment en cas de :

  • hypertension préexistante,
  • diabète,
  • surpoids/obésité,
  • maladie rénale,
  • lupus, syndrome des antiphospholipides.

Histoire obstétricale et grossesse en cours

Sont plus souvent concernées :

  • les primipares (première grossesse),
  • les grossesses multiples,
  • l’âge maternel > 35 ans,
  • un antécédent personnel de prééclampsie.

Facteurs familiaux et contexte

Un antécédent familial augmente le risque. Des facteurs immunitaires (adaptation mère-placenta) et des facteurs génétiques sont évoqués. Certaines origines sont associées à une fréquence plus élevée dans plusieurs données, et les inégalités d’accès au suivi peuvent peser sur le dépistage et la prise en charge.

Symptômes : repérer sans se faire peur

Signes « classiques » : tension, œdèmes, prise de poids rapide

On retrouve souvent :

  • tension élevée, parfois sans ressenti,
  • œdèmes (mains, visage, jambes),
  • prise de poids rapide sur quelques jours.

Des œdèmes peuvent exister pendant une grossesse normale. Ce qui interpelle davantage : apparition soudaine, gonflement important, et association à d’autres symptômes.

Signes neurologiques et visuels : ceux qui justifient un avis rapide

  • céphalées intenses, persistantes, inhabituelles,
  • troubles visuels (vision floue, taches lumineuses, « mouches », photophobie),
  • parfois agitation, confusion, hyperréflexie.

Douleurs « haut du ventre », essoufflement, baisse des urines

  • douleur épigastrique ou à droite sous les côtes (foie),
  • nausées/vomissements inhabituels,
  • essoufflement, gêne respiratoire,
  • diminution des urines (oligurie).

Vous hésitez à appeler ? Mieux vaut un contrôle rassurant qu’un doute qui s’installe : tension, bandelette urinaire, prise de sang permettent souvent de trancher rapidement.

Et si on ne sent rien ?

La prééclampsie peut être silencieuse. Voilà pourquoi, à chaque rendez-vous, la tension et l’analyse d’urines ne sont pas des formalités : ce sont des outils de dépistage.

Diagnostic : comment la situation est évaluée

Tension artérielle : seuils et confirmation

Le seuil retenu est classiquement ≥ 140/90 mmHg après 20 SA, confirmé sur au moins deux mesures dans de bonnes conditions.

Une tension très élevée (souvent ≥ 160/110) correspond à une HTA sévère et demande une prise en charge urgente.

Protéinurie… et autres critères même sans protéinurie

La protéinurie est classiquement définie par :

  • ≥ 0,3 g/24 h, ou
  • rapport protéines/créatinine ≥ 0,3.

Une bandelette urinaire positive oriente, mais reste moins précise.

Point important : une prééclampsie peut être diagnostiquée même sans protéinurie si une atteinte d’organe est présente, par exemple :

  • thrombopénie (plaquettes basses),
  • enzymes hépatiques élevées,
  • insuffisance rénale,
  • œdème pulmonaire,
  • céphalées sévères ou troubles visuels.

Bilans : rein, foie, plaquettes, coagulation

Selon la situation, les équipes demandent :

  • créatinine, urée, quantification de protéinurie,
  • ASAT/ALAT, parfois LDH,
  • numération plaquettaire,
  • bilan de coagulation.

Ces bilans servent à classer la prééclampsie, suivre l’évolution et guider le moment où il faudra agir.

Surveillance du bébé : croissance, Doppler, monitoring

Parce que la prééclampsie peut s’accompagner d’insuffisance placentaire, le bébé est surveillé via :

  • échographie de croissance (recherche de RCIU), liquide amniotique,
  • Doppler (utérin, ombilical),
  • monitoring (CTG) selon le terme.

Avec ou sans critères de sévérité : comment on tranche

On parle de prééclampsie sans critères de sévérité quand la tension est modérée et qu’il n’existe pas d’atteinte d’organe majeure.

Les critères de sévérité reposent sur l’ensemble :

  • HTA très élevée (souvent ≥ 160/110),
  • atteinte rénale, hépatique, neurologique, respiratoire,
  • thrombopénie importante,
  • HELLP,
  • retentissement fœtal (Doppler inquiétant, souffrance, croissance très ralentie).

Complications possibles

Pour la mère

Quand le dépistage est précoce et la surveillance bien organisée, les complications graves deviennent moins fréquentes, mais elles existent :

  • éclampsie,
  • syndrome HELLP,
  • insuffisance rénale aiguë, œdème pulmonaire,
  • décollement placentaire,
  • plus rarement AVC, défaillance multiviscérale.

Pour le bébé

Les conséquences viennent surtout de l’insuffisance placentaire et d’une naissance parfois nécessaire plus tôt :

  • RCIU, faible poids,
  • souffrance fœtale,
  • prématurité (spontanée ou induite).

Et ensuite ? Les enjeux pédiatriques dépendent surtout du terme : respiration, thermorégulation, alimentation, prévention des infections, suivi de la croissance et du développement.

Prise en charge : surveiller, traiter, décider du bon moment pour naître

Niveaux de surveillance : du domicile à l’hospitalisation

Selon la situation, la prééclampsie peut être suivie :

  • en consultations rapprochées (tension, urines, bilans),
  • parfois à domicile si tout est stable et si un accès rapide à la maternité est assuré,
  • à l’hôpital si forme précoce, sévère, ou bilans qui se dégradent.

On demande souvent de repérer : céphalées, troubles visuels, douleur épigastrique/hypochondre droit, essoufflement, baisse des urines, diminution des mouvements fœtaux.

Médicaments utilisés : à quoi servent-ils ?

  • Antihypertenseurs : pour éviter des chiffres dangereux et réduire le risque d’AVC et de complications. Selon les protocoles : labétalol, nifédipine, hydralazine.
  • Sulfate de magnésium : prévention des convulsions (éclampsie) dans les formes à risque , surveillance des réflexes, respiration, diurèse.
  • Corticoïdes avant 34 SA : si une naissance prématurée est probable, ils aident la maturation pulmonaire fœtale (effet maximal quand on peut gagner environ 48 h).

Prolonger ou accoucher : l’équilibre délicat

Le traitement curatif de la prééclampsie est l’accouchement (le placenta étant au centre du mécanisme). Mais gagner du temps peut être utile si c’est sûr, surtout avant 34 SA.

L’accouchement est envisagé rapidement si :

  • critères de sévérité,
  • aggravation malgré traitement,
  • souffrance fœtale / Doppler très altéré,
  • HELLP, signes neurologiques, œdème pulmonaire.

À partir de 37 SA, on propose souvent l’accouchement, car le bénéfice de prolonger devient faible face au risque maternel.

Voie basse ou césarienne : comment l’équipe choisit

  • Voie basse possible si stabilité materno-fœtale et conditions favorables, avec surveillance étroite.
  • Césarienne si besoin d’extraction rapide, détresse fœtale, aggravation maternelle, col défavorable avec urgence.

Dépistage, prévention et après la naissance

Dépistage au fil des consultations

Mesure de tension + contrôle urinaire : simple, répétitif, très performant. En cas de doute : quantification de protéinurie et prise de sang.

Prévention chez les personnes à haut risque : aspirine faible dose

Dans certains profils à haut risque, une prévention par aspirine à faible dose peut être proposée, souvent débutée avant 16 SA, selon avis médical (indication, dose, durée, contre-indications).

Évaluation du risque au 1er trimestre

Dans certains parcours, une estimation du risque entre 11 et 14 SA combine :

  • facteurs cliniques,
  • Doppler des artères utérines,
  • biomarqueurs (PAPP-A, PlGF, et parfois ratio sFlt-1/PlGF).

Prééclampsie post-partum : vigilance jusqu’à 6 semaines

Après l’accouchement, la surveillance continue : une prééclampsie peut débuter ou persister.

Signes d’alerte : céphalées fortes, troubles visuels, douleur en haut du ventre, essoufflement, œdèmes soudains, tension élevée si vous la mesurez. Dans ces cas, contactez rapidement la maternité ou les urgences.

Récidive et santé à long terme

  • Récidive : possible, surtout après une forme précoce ou sévère , prévenir l’équipe lors d’une grossesse suivante permet d’adapter la prévention.
  • Santé cardiovasculaire : antécédent de prééclampsie associé à un risque plus élevé d’HTA et de maladies cardiovasculaires plus tard , un suivi de la tension et des facteurs métaboliques est utile.
  • Pour l’enfant : impacts surtout liés à la prématurité et/ou au RCIU , le suivi pédiatrique accompagne croissance et développement.

À retenir

  • La prééclampsie associe HTA après 20 SA et signes d’atteinte maternelle : protéinurie fréquente, mais pas obligatoire.
  • Elle peut être silencieuse : la tension et les urines en suivi prénatal servent à la repérer tôt.
  • Avis rapide si céphalées intenses, troubles visuels, douleur épigastrique/hypochondre droit, essoufflement, baisse des urines, œdèmes soudains, prise de poids brutale.
  • Les bilans (rein, foie, plaquettes, coagulation) et la surveillance du bébé (échographie, Doppler, monitoring) guident la prise en charge.
  • Traitements possibles : antihypertenseurs, sulfate de magnésium, corticoïdes avant 34 SA, et décision d’accouchement selon l’équilibre mère/bébé.
  • Après la naissance, rester attentive : une prééclampsie post-partum peut survenir jusqu’à 6 semaines.
  • Des professionnels peuvent accompagner tout le parcours, et vous pouvez télécharger l’application Heloa pour des conseils personnalisés et des questionnaires de santé gratuits pour les enfants.

Les questions des parents

Comment surveiller ma tension artérielle pendant la grossesse ?

C’est une inquiétude fréquente et compréhensible. Pour des mesures fiables, utilisez un tensiomètre validé et adapté au bras. Mesurez assise, après 5 minutes de repos, bras à hauteur du cœur, sans café ni effort juste avant. Prenez deux lectures à 1–2 minutes d’intervalle et notez la date et l’heure. Gardez un carnet ou une appli pour partager avec l’équipe médicale. Si vous obtenez régulièrement ≥ 140/90 mmHg, signalez-le , des chiffres très élevés (ex. ≥ 160/110 mmHg) demandent un avis rapide.

Puis-je avoir d’autres grossesses après une prééclampsie ?

Oui. Beaucoup de personnes ont d’autres grossesses après une prééclampsie. Le risque de récidive existe, surtout après une forme précoce ou sévère, mais il varie selon le cas. Informez votre équipe dès la préparation d’une grossesse suivante : un suivi préconceptionnel, l’optimisation de la tension, du poids et du diabète éventuel, et parfois une prévention par aspirine à faible dose peuvent réduire le risque.

Quels examens de suivi après une prééclampsie sont recommandés ?

Après l’accouchement, la surveillance de la tension et des symptômes se poursuit jusqu’à 6–12 semaines. Si des anomalies ont été trouvées (rein, foie, plaquettes), des bilans sanguins de contrôle sont souvent prescrits. À plus long terme, un suivi de la tension artérielle et des facteurs cardiovasculaires est conseillé , n’hésitez pas à demander un bilan et un plan de suivi personnalisé.

Femme enceinte se reposant sur un canapé jambes surélevées pour gérer la prééclampsie

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