La grossesse pathologique bouscule souvent les repères : rendez-vous plus rapprochés, examens supplémentaires, parfois repos ou hospitalisation. Une inquiétude arrive vite : « Mon bébé va-t-il bien ? » Et juste derrière : « Est-ce que je fais ce qu’il faut ? »
Le but, lui, est très clair : repérer tôt un changement, traiter sans tarder, et préparer la naissance avec une équipe qui sait exactement quoi surveiller.
Grossesse pathologique : ce que cela signifie
On parle de grossesse pathologique lorsqu’une maladie préexistante (hypertension chronique, diabète, maladie rénale, lupus…) ou une complication apparue pendant la grossesse (diabète gestationnel, prééclampsie, cholestase gravidique, menace d’accouchement prématuré…) impose une surveillance rapprochée.
Important : une grossesse pathologique ne veut pas dire que « tout va mal ». Elle signale surtout que la grossesse demande une stratégie plus serrée : plus de contrôles, parfois un traitement, et un lieu d’accouchement choisi en fonction des besoins possibles de la mère et du nouveau-né.
Grossesse à risque et grossesse pathologique : la nuance
- Grossesse à risque : il existe des facteurs qui augmentent la probabilité d’une complication (antécédent de prééclampsie, grossesse multiple, âge maternel avancé, IMC élevé, tabac, maladie chronique…).
- Grossesse pathologique : la complication est présente, identifiée, et elle modifie concrètement la prise en charge (examens, médicaments, parfois hospitalisation).
Dans la vraie vie, les frontières bougent : on peut débuter avec une grossesse « à risque » puis basculer vers une grossesse pathologique si un trouble apparaît.
À quelle fréquence ?
Selon les définitions utilisées, environ 10 à 15 % des grossesses nécessitent un suivi renforcé. Les chiffres varient d’un pays à l’autre, car les critères de dépistage et de classement ne sont pas identiques.
Causes et facteurs associés
Une grossesse pathologique peut être liée à des antécédents, à une maladie chronique, au déroulement de la grossesse elle-même, ou à plusieurs éléments en même temps.
Antécédents obstétricaux
Un accouchement prématuré, un RCIU (retard de croissance intra-utérin), une prééclampsie antérieure, un problème placentaire, une hémorragie importante… Ces informations orientent la surveillance : fréquence des échographies de croissance, bilans sanguins, contrôle de la tension, repérage des symptômes d’alerte.
Maladies chroniques (HTA, diabète, lupus, SAPL…)
Certaines pathologies modifient le fonctionnement des vaisseaux et du placenta. On retrouve souvent :
- hypertension artérielle chronique,
- diabète préexistant,
- maladie rénale,
- maladies auto-immunes (lupus),
- syndrome des antiphospholipides (SAPL, avec risque de thrombose et complications placentaires).
Le suivi devient volontiers pluridisciplinaire : obstétricien, sage-femme, diabétologue, interniste, néphrologue… Objectif : adapter les traitements, limiter les poussées de maladie, protéger l’oxygénation et la croissance du bébé.
Facteurs maternels et habitudes de vie
Âge, IMC, tabac, alcool, troubles du sommeil, stress prolongé, travail physiquement lourd… tout cela peut majorer certains risques (hypertension gravidique, diabète gestationnel, complications placentaires, prématurité).
L’idée n’est pas de juger : on cherche ce qui est modifiable et réaliste (arrêt du tabac accompagné, ajustements alimentaires, aménagement de poste, rythme de repos).
Facteurs liés à la grossesse
- Grossesse multiple (jumeaux, triplés) : risque accru de MAP (menace d’accouchement prématuré) et de troubles de croissance.
- Anomalies placentaires (placenta praevia, insuffisance placentaire) : échanges mère-bébé moins efficaces, risque de RCIU ou de souffrance foetale.
- Infections (urinaires, génitales, grippe, gastro-entérite avec fièvre…) : elles peuvent déclencher des contractions ou fragiliser les membranes.
Signes d’alerte : quand consulter sans attendre
Avec une grossesse pathologique, on apprend vite une règle simple : mieux vaut appeler pour rien que laisser passer un signal.
Saignements, fièvre, perte de liquide, douleurs
Contactez rapidement votre maternité ou les urgences obstétricales si vous avez :
- saignements, même faibles mais inhabituels,
- fièvre ≥ 38 °C, frissons, malaise,
- douleurs abdominales fortes et nouvelles,
- perte de liquide (suspicion de rupture de la poche des eaux).
Prééclampsie : les symptômes qui doivent alerter
La prééclampsie associe en général une hypertension survenant après 20 SA et une atteinte d’organe (souvent une protéinurie). Appelez en urgence si apparaissent :
- céphalées inhabituelles, persistantes,
- troubles visuels (vision floue, « éclairs »),
- douleur sous les côtes droites ou dans le haut du ventre,
- essoufflement,
- oeudèmes soudains du visage ou des mains.
Menace d’accouchement prématuré (MAP)
Avant 37 SA, consultez si vous observez :
- contractions régulières et douloureuses,
- douleurs type règles, pression pelvienne,
- lombalgies inhabituelles,
- pertes modifiées.
Le diagnostic repose sur l’examen, parfois la mesure du col, et la recherche d’un facteur associé (infection, terme, antécédents).
Côté bébé : baisse des mouvements foetaux
Une diminution nette des mouvements foetaux justifie un contrôle rapide (monitoring / cardiotocographie). Parfois tout va bien, parfois il faut agir vite : autant vérifier.
Examens et suivi renforcé : à quoi s’attendre
Une grossesse pathologique se suit avec un plan personnalisé : rythme des consultations, examens à refaire, critères d’appel entre deux rendez-vous.
Tension, urines, bilans sanguins
- Mesure de la tension artérielle (au cabinet, parfois à domicile).
- Recherche de protéines dans les urines (protéinurie : bandelette ou dosage).
- Bilans sanguins selon le contexte : NFS/plaquettes, créatinine (fonction rénale), transaminases (fonction hépatique), parfois acides biliaires.
En cas de diabète gestationnel, la base est l’auto-surveillance des glycémies capillaires, avec des objectifs précis donnés par l’équipe.
Échographies de croissance, Doppler, monitoring
- Échographies plus fréquentes pour estimer le poids, surveiller le liquide amniotique et la dynamique de croissance.
- Doppler (souvent artère ombilicale) pour évaluer la circulation placentaire.
- Monitoring (CTG) pour vérifier le rythme cardiaque du bébé, notamment en cas d’HTA, de RCIU, de MAP ou de baisse des mouvements.
Dépistages ciblés
- Diabète gestationnel : souvent entre 24 et 28 SA (HGPO/OGTT), parfois plus tôt.
- Cholestase gravidique : prurit intense, surtout nocturne et mains/pieds → dosage acides biliaires + bilan hépatique.
- Suspicion d’infection : analyse d’urine, prélèvements, bilan selon symptômes.
Prise en charge : traitements, lieu d’accouchement, hospitalisation
Le fil conducteur est toujours le même : stabiliser la mère, surveiller le bébé, gagner du temps quand c’est possible, et déclencher/accoucher quand c’est plus sûr.
Traitements possibles selon la situation
Selon la cause de la grossesse pathologique, on peut proposer :
- repos relatif et aménagement du quotidien,
- ajustements alimentaires (diabète gestationnel),
- antihypertenseurs si la tension monte,
- insuline si les objectifs glycémiques ne sont pas atteints,
- anticoagulation encadrée en cas de SAPL,
- antibiothérapie si infection.
En cas de MAP :
- tocolyse (médicaments pour freiner les contractions) selon le terme et la situation,
- corticothérapie anténatale avant 34 SA pour la maturation pulmonaire,
- parfois sulfate de magnésium (neuroprotection) selon le contexte.
Maternité niveau I, II ou III : pourquoi ce choix compte
- Niveau I : adapté quand le risque est faible.
- Niveau II : soins néonataux disponibles.
- Niveau III : réanimation néonatale sur place, utile si une prématurité importante ou une complication sévère est possible.
Le choix n’est pas un « classement » : c’est une organisation des ressources, pour que la bonne équipe soit là au bon moment.
Déclenchement, césarienne : comment la décision se prend
Une grossesse pathologique n’impose pas automatiquement une césarienne. L’équipe évalue : terme, état maternel, état foetal, col, présentation, résultat des bilans et du monitoring. Un déclenchement peut être proposé si continuer la grossesse expose à plus de risques que naître.
Quand l’hospitalisation est proposée
Hospitalisation si : suspicion de prééclampsie, HTA mal contrôlée, MAP avec modification du col, anomalies biologiques, tracé foetal préoccupant, besoin d’examens répétés. Le but : surveiller de près, démarrer un traitement, décider vite si la situation change.
Complications possibles : les connaître sans vivre dans la peur
Avec une grossesse pathologique, parler des complications sert à les prévenir, pas à inquiéter.
Pour la mère
- HTA sévère, prééclampsie (et plus rarement HELLP),
- déséquilibre glycémique,
- complications thromboemboliques dans certains terrains,
- complications hépatiques (cholestase) ou rénales selon la pathologie initiale.
Pour le bébé
- prématurité (spontanée ou décidée),
- RCIU en cas d’insuffisance placentaire,
- macrosomie surtout si diabète gestationnel,
- souffrance foetale nécessitant une naissance plus rapide.
Prévention au quotidien : les gestes qui comptent
Selon les consignes reçues :
- auto-mesure de la tension,
- suivi glycémique,
- prise des traitements,
- respect des rendez-vous,
- repérage des signaux d’alerte (céphalées, troubles visuels, douleur haute, fièvre, contractions avant terme, saignements, perte de liquide, baisse des mouvements).
Les situations les plus fréquentes en grossesse pathologique
Prééclampsie
La prééclampsie correspond à une HTA après 20 SA associée à une protéinurie et/ou une atteinte d’organe. Les signes de gravité incluent tension très élevée, baisse des plaquettes, anomalies hépatiques ou rénales, symptômes neurologiques. La surveillance associe tension, urines, bilans sanguins, Doppler/échographies, monitoring. Le traitement peut inclure antihypertenseurs, sulfate de magnésium dans certaines formes, et une décision sur le terme d’accouchement.
Diabète gestationnel
Après diagnostic, l’auto-surveillance des glycémies guide les ajustements alimentaires (répartition des glucides, qualité des apports, régularité). Une activité physique adaptée peut aider. Si l’équilibre n’est pas obtenu, l’insuline est souvent le traitement de référence.
Menace d’accouchement prématuré (MAP)
Contractions régulières avec modification du col avant 37 SA. Si risque d’accouchement avant 34 SA : corticothérapie anténatale pour maturation pulmonaire, parfois hospitalisation, et stratégie pour prolonger la grossesse quand c’est sûr.
RCIU
Croissance insuffisante, souvent liée au placenta. Échographies rapprochées, Doppler, contrôle du liquide amniotique, monitoring. La décision d’accoucher dépend du terme et surtout des signes de souffrance foetale.
Cholestase gravidique
Prurit intense (mains/pieds, souvent nocturne) avec élévation des acides biliaires. Surveillance renforcée car le risque principal concerne le bébé. Le traitement peut inclure l’acide ursodésoxycholique selon les protocoles, et la naissance est souvent planifiée autour de 37 SA (parfois plus tôt si acides biliaires très élevés ou état foetal préoccupant).
Congé pathologique, droits et vécu émotionnel
Une grossesse pathologique peut aussi bouleverser la vie quotidienne : travail, organisation familiale, inquiétude, isolement.
Congé pathologique en France
- Prénatal : jusqu’à 14 jours, prescrit si l’état lié à la grossesse le justifie.
- Postnatal : jusqu’à 4 semaines après le congé maternité si complications.
Différence avec arrêt maladie et congé maternité
Le congé maternité correspond au cadre légal « standard ». Le congé pathologique s’y ajoute dans des limites précises. Un arrêt maladie peut aussi être prescrit si nécessaire, avec des règles propres.
Stress, anxiété : réactions fréquentes
Examens plus nombreux, peur de la prématurité, impression de vivre « au rythme des résultats »… Cela peut épuiser. En parler à l’équipe permet souvent d’ajuster : explications plus claires, plan d’action, contacts utiles, orientation vers un soutien psychologique périnatal si besoin.
Préparer l’après : avant, pendant, post-partum
Avant la grossesse : consultation préconceptionnelle
Quand c’est possible : bilan, adaptation des traitements, vaccination, acide folique, stratégie de surveillance si antécédents. Pour certaines maladies, ce temps d’anticipation change beaucoup la suite.
Pendant : dépistages, hygiène de vie, aménagements
Hydratation, repas réguliers, sommeil, activité adaptée, arrêt du tabac accompagné, aménagement du poste si fatigue ou contractions. Des gestes simples, répétés, peuvent stabiliser une situation fragile.
Post-partum : surveillance maternelle et suivi du diabète gestationnel
Après une complication hypertensive : contrôle de la tension et parfois bilans. Après diabète gestationnel : contrôle glycémique entre 6 et 12 semaines, puis prévention du diabète de type 2 au long-cours.
Suivi du bébé
Prématurité : suivi néonatal et pédiatrique. RCIU : surveillance de la croissance et du développement. Macrosomie : attention au risque d’hypoglycémie néonatale au début, puis accompagnement d’une croissance harmonieuse.
À retenir
- La grossesse pathologique signifie qu’une maladie ou une complication nécessite une surveillance médicale plus rapprochée et personnalisée.
- Les signaux d’alerte (saignements, fièvre, douleurs inhabituelles, céphalées avec troubles visuels, oeudèmes soudains, contractions avant terme, perte de liquide, baisse des mouvements foetaux) justifient un contact rapide avec la maternité.
- Le suivi s’appuie souvent sur tension, protéinurie, bilans sanguins, échographies de croissance, Doppler et monitoring.
- La prise en charge peut inclure traitements, repos relatif, hospitalisation temporaire et parfois une naissance anticipée, avec un choix de maternité (niveau I/II/III) adapté.
- Des professionnels peuvent accompagner aussi le vécu émotionnel. Et pour des conseils personnalisés et des questionnaires de santé gratuits pour les enfants, vous pouvez télécharger l’application Heloa.
Les questions des parents
Puis‑je retenter une grossesse après une grossesse pathologique ? Quand est‑ce recommandé ?
Oui, beaucoup de personnes ont une grossesse suivante sans complication. La décision et le délai dépendent de la cause (prééclampsie, diabète, SAPL, RCIU…). Il est utile d’attendre que votre état soit stabilisé et d’avoir une consultation préconceptionnelle pour adapter les traitements, compléter les bilans et définir une surveillance ciblée. Votre équipe vous dira le meilleur moment en fonction de votre situation — rassurez‑vous, des solutions existent pour réduire les risques.
Y a‑t‑il un soutien psychologique si l’expérience a été difficile ?
Tout à fait. Les maternités proposent souvent une écoute spécialisée (sages‑femmes, psychologues périnataux, travailleurs sociaux) et peuvent orienter vers des associations ou des groupes de parole. Parler de ses inquiétudes aide beaucoup : n’hésitez pas à demander un rendez‑vous de soutien à votre équipe médicale ou à votre PMI.
Quels aménagements et droits au travail puis‑je solliciter ?
Plusieurs options existent : aménagement du poste, horaires adaptés, arrêt de travail si nécessaire. L’avis d’un médecin du travail ou un certificat du praticien peut déclencher ces mesures. Les indemnités et modalités varient selon la situation et la caisse (CPAM) ou la convention collective — pensez à contacter votre employeur, le service RH ou la sécurité sociale pour clarifier les démarches.

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