Par Heloa, le 1 janvier 2026

Grossesse arrêtée : comprendre, soigner et se reconstruire

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Femme en consultation chez le gynécologue discutant d un diagnostic de grossesse arrêtée

Quand on vous annonce une grossesse arrêtée, le temps se fige. Tout de suite, l’esprit cherche une cause, un geste, un aliment, un effort… et la culpabilité s’invite sans être conviée. Pourtant, dans la majorité des situations, une grossesse s’arrête pour des raisons biologiques précoces, imprévisibles, sans lien avec une erreur de votre part.

Ce diagnostic soulève aussi des questions très concrètes : comment être sûr ? Quels signes doivent alerter ? Faut-il attendre, prendre un traitement, passer au bloc ? Et après… comment le corps récupère, comment le cœur reprend son souffle, comment envisager la suite ?

Grossesse arrêtée : que signifie exactement ce diagnostic ?

Définition médicale et notion de viabilité

Une grossesse arrêtée correspond à une grossesse intra‑utérine dont le développement s’interrompt : l’embryon (ou le sac gestationnel) ne grandit plus, et la grossesse n’est plus évolutive. Le terme médical souvent employé est « avortement spontané » (à ne pas confondre avec une interruption volontaire).

La notion de viabilité renvoie à la possibilité, pour un fœtus, de survivre en dehors de l’utérus grâce aux soins néonataux. En pratique, elle se situe autour de 22–24 semaines d’aménorrhée (SA) selon les pays et les équipes. La plupart des grossesses arrêtées surviennent avant ce seuil.

Vous vous demandez peut‑être : « Mais si mon ventre ne saigne pas, est‑ce vraiment possible ? » Oui. Une grossesse peut s’arrêter sans déclencher immédiatement d’expulsion.

Précoce ou plus tardive : une différence de mécanismes

On parle le plus souvent de grossesse arrêtée précoce quand l’arrêt survient au premier trimestre (souvent avant 14 SA). Plus l’arrêt est précoce, plus la cause est fréquemment liée à un défaut de développement embryonnaire dès les premières divisions cellulaires.

Quand l’arrêt survient plus tard, l’équipe explore davantage : causes maternelles, particularités de l’utérus, troubles placentaires… et, selon l’histoire, peut proposer un bilan.

Petit repère utile : les semaines d’aménorrhée (SA) se calculent à partir du premier jour des dernières règles. Si vos cycles sont irréguliers, l’échographie aide à recaler le terme.

Œuf clair, fausse couche silencieuse : pourquoi c’est si déroutant

Une grossesse arrêtée peut se présenter sous plusieurs formes.

  • Œuf clair (grossesse non embryonnée) : l’échographie montre un sac gestationnel, mais pas d’embryon. Les bêta‑hCG (hormone de grossesse) peuvent augmenter au début, ce qui entretient l’espoir et la confusion.
  • Fausse couche silencieuse (ou « retenue ») : l’arrêt du développement ne s’accompagne pas forcément de saignements ni de douleurs. Le diagnostic est parfois découvert lors d’une échographie de contrôle.

Le corps, dans ces situations, peut mettre du temps à « comprendre » que la grossesse n’évolue plus. Ce décalage est fréquent.

Ne pas confondre : IVG/IMG, grossesse extra‑utérine, grossesse molaire

Plusieurs diagnostics peuvent se ressembler au départ (retard de règles, test positif, saignements), mais la prise en charge diffère.

  • IVG : interruption volontaire de grossesse, choisie.
  • IMG : interruption médicale de grossesse, motivée par une indication de santé maternelle ou fœtale.
  • Grossesse extra‑utérine (GEU) : implantation hors de l’utérus (souvent dans une trompe). Le risque est la rupture tubaire et l’hémorragie interne : l’exclure fait partie des priorités.
  • Grossesse molaire : anomalie du tissu trophoblastique (futur placenta). Elle nécessite une évacuation et une surveillance spécifique des bêta‑hCG.

Signes possibles : ce qui peut arriver… et ce qui doit faire consulter vite

Saignements : brun, rouge, caillots… comment interpréter ?

Avec une grossesse arrêtée, des saignements peuvent apparaître : pertes brunes (sang ancien), rouge vif, flux continu ou intermittent, parfois avec caillots. Certaines personnes saignent peu, d’autres davantage que des règles.

Un réflexe simple : noter le début, l’évolution et la quantité approximative.

Douleurs et crampes : quand s’inquiéter ?

Des crampes pelviennes peuvent accompagner l’expulsion : l’utérus se contracte. L’intensité varie énormément.

On recontacte rapidement si :

  • la douleur devient très intense, brutale, inhabituelle ,
  • elle est très localisée d’un côté (GEU à éliminer) ,
  • elle persiste malgré les antalgiques prescrits.

Baisse des symptômes : un signe, mais jamais une preuve

Moins de nausées, seins moins tendus, fatigue différente… cela peut se voir lors d’une grossesse arrêtée, mais aussi quand le premier trimestre avance.

Et l’inverse existe : aucun signe. D’où l’intérêt de l’échographie (et parfois des bêta‑hCG) quand il y a un doute.

Signaux d’alerte : urgences à connaître

Consultez sans tarder (urgences gynécologiques / obstétricales ou appel au 15/112 selon le contexte) en cas de :

  • fièvre, frissons, malaise, ou pertes malodorantes ,
  • saignements très abondants (protection saturée en ~30 minutes, sensation de flot continu), vertiges ,
  • douleur abdominale intense, qui s’aggrave, ou douleur latéralisée marquée.

Pourquoi une grossesse s’arrête : causes fréquentes et facteurs de risque

Anomalies chromosomiques : la cause la plus fréquente

La raison la plus souvent retrouvée lors d’une grossesse arrêtée précoce est une anomalie chromosomique de l’embryon (apparue lors de la fécondation ou très tôt après). L’embryon n’est alors pas viable.

Implantation et développement très précoces

Parfois, l’implantation se fait, le sac gestationnel se forme, puis le développement s’interrompt : cela peut conduire à un œuf clair ou à un arrêt embryonnaire très précoce.

Causes maternelles : quand le terrain joue un rôle

Certaines situations augmentent le risque, surtout si elles ne sont pas équilibrées :

  • dysthyroïdie (hypo‑ ou hyperthyroïdie) ,
  • diabète mal contrôlé ,
  • surpoids/obésité ,
  • maladies chroniques.

Causes anatomiques : utérus et cavité utérine

Des particularités de la cavité utérine peuvent gêner l’implantation ou la croissance : utérus cloisonné, utérus bicorne, fibrome sous‑muqueux, adhérences (synéchies).

Infections, coagulation, immunité, hormones

Selon le contexte, l’équipe peut discuter :

  • infections génitales ,
  • troubles de la coagulation (thrombophilies) ,
  • syndrome des antiphospholipides ,
  • déséquilibres hormonaux.

Facteurs modifiables : tabac, alcool, drogues, caféine

Tabac, alcool, drogues : ces expositions augmentent le risque de complications. Une consommation très élevée de caféine peut aussi jouer.

Antécédents et âge

Le risque de fausse couche augmente avec l’âge maternel. Des antécédents de fausses couches peuvent justifier un suivi plus rapproché lors d’une grossesse ultérieure.

Comment le diagnostic de grossesse arrêtée est posé

Consultation et examen clinique

Le ou la praticienne reprend : terme estimé, symptômes (saignements, douleurs), antécédents. L’examen peut inclure l’évaluation du col (fermé ou en cours d’ouverture).

Échographie : voie endovaginale ou abdominale

L’échographie est l’élément central pour confirmer une grossesse arrêtée. En début de grossesse, la voie endovaginale est souvent la plus précise.

On observe notamment :

  • la localisation (intra‑utérine ou non) ,
  • le sac gestationnel et sa taille ,
  • la présence d’un embryon et sa longueur cranio‑caudale ,
  • l’activité cardiaque embryonnaire.

Quand il y a un doute : contrôle à distance

Si les dates sont incertaines ou si l’échographie est trop précoce, un contrôle à quelques jours d’intervalle peut être proposé.

Bêta‑hCG : utile, mais complémentaire

Les dosages de bêta‑hCG peuvent compléter l’échographie. Lors d’une grossesse arrêtée, les taux stagnent souvent ou diminuent. Deux dosages à 48 heures (dans le même laboratoire) sont plus interpréables.

Exclure une grossesse extra‑utérine

Si l’échographie ne visualise pas clairement une grossesse intra‑utérine, si la douleur est importante ou si la cinétique des hCG est atypique, l’équipe doit éliminer une GEU.

Prise en charge : attendre, médicaments, aspiration

Une grossesse arrêtée peut être prise en charge de plusieurs façons. Le choix dépend du terme, de votre état clinique (douleur, saignements, fièvre), du résultat de l’échographie, de votre groupe sanguin et de vos préférences.

Attente vigilante

On laisse l’expulsion se faire spontanément, avec surveillance et consignes d’alerte. Un contrôle (échographie et/ou bêta‑hCG) vérifie que l’utérus s’est vidé.

Traitement médicamenteux : misoprostol ± mifépristone

Le misoprostol (parfois précédé de mifépristone) provoque des contractions pour expulser le contenu.

Effets attendus : douleurs type contractions, saignements souvent abondants, parfois nausées ou diarrhée.

Traitement chirurgical : aspiration intra‑utérine

L’aspiration intra‑utérine est proposée si vous le souhaitez, si l’attente ou les médicaments échouent, ou en cas de saignements importants, d’anémie, ou de suspicion d’infection.

Rhésus négatif : anti‑D

Si vous êtes Rhésus négatif, une injection d’immunoglobulines anti‑D peut être proposée après une grossesse arrêtée (selon le terme et les protocoles).

Évacuation incomplète : quoi surveiller

Le suivi repose sur l’échographie (vacuité utérine) et parfois sur la décroissance des bêta‑hCG. Recontactez vite si la fièvre apparaît, si la douleur augmente ou si les saignements deviennent très abondants.

Après une grossesse arrêtée : suivi et reprise du quotidien

Contrôle médical

Un contrôle est souvent prévu pour confirmer l’évacuation complète. Un suivi des bêta‑hCG jusqu’à négativation peut être demandé selon la situation.

Activités, travail, relations sexuelles

La reprise se fait progressivement. Pour les relations sexuelles, on conseille souvent d’attendre la fin des saignements (souvent 1 à 2 semaines) pour limiter le risque infectieux.

Règles et ovulation

Après une grossesse arrêtée, les règles reviennent généralement en quelques semaines. L’ovulation peut reprendre avant.

Reprendre un projet de grossesse

Il n’existe pas toujours un délai strict avant de réessayer : cela dépend de votre état de santé et du vécu. Un rendez‑vous avec une sage‑femme ou un gynécologue peut aider.

Grossesse arrêtée à répétition : quand investiguer ?

Quand parler de répétition ?

On parle de fausses couches répétées après deux ou trois pertes de grossesse, selon les recommandations. Une évaluation peut être proposée plus tôt selon l’âge et les antécédents.

Bilans possibles

Selon la situation : bilan génétique, exploration anatomique (échographie, parfois 3D, hystéroscopie), bilan thyroïdien (TSH), métabolique (glycémie/HbA1c), recherche d’un syndrome des antiphospholipides, exploration de certaines thrombophilies.

Prise en charge

Si une cause est identifiée, la prise en charge est ciblée. Si aucune cause n’est retrouvée, un suivi préconceptionnel et un début de grossesse plus surveillé sont souvent proposés.

À retenir

Gardez ces repères en tête, surtout dans les jours où tout semble flou :

  • Une grossesse arrêtée correspond à une grossesse intra‑utérine non évolutive , elle peut être silencieuse et découverte à l’échographie.
  • Des saignements, des crampes ou une baisse des symptômes peuvent survenir, mais l’absence de signes est possible.
  • Fièvre, pertes malodorantes, douleur intense ou saignements très abondants imposent une consultation rapide.
  • La cause est le plus souvent chromosomique , certains facteurs de risque existent.
  • Le diagnostic repose sur l’échographie, parfois complétée par les bêta‑hCG, et doit éliminer une GEU.
  • Plusieurs prises en charge existent (attente, médicaments, aspiration) et se discutent au cas par cas.
  • Des professionnels peuvent vous accompagner, et vous pouvez télécharger l’application Heloa pour des conseils personnalisés et des questionnaires de santé gratuits pour les enfants.

Les questions des parents

Comment faire le deuil d’une grossesse arrêtée ?

C’est normal d’être perdu·e, en colère, triste ou vide. Chaque personne vit ce deuil à son rythme. Parler avec son/sa partenaire, un·e ami·e ou un professionnel (sage‑femme, psychologue périnatal) peut aider à mettre des mots sur la douleur. Des gestes simples — écrire, conserver un souvenir symbolique, participer à un rituel — peuvent apporter du réconfort. N’hésitez pas à rechercher des groupes de parole locaux ou en ligne : partager avec d’autres personnes qui ont vécu la même chose rassure souvent.

Quand puis‑je essayer une nouvelle grossesse ?

Il n’existe pas toujours un délai strict. Sur le plan médical, beaucoup de personnes peuvent tenter à nouveau dès que leurs règles et leur état physique se sont stabilisés , émotionnellement, il peut être utile d’attendre d’être prêt·e. Si la perte est répétée ou qu’un bilan a été recommandé, attendez les résultats et le conseil de votre équipe soignante. Rassurez‑vous : la majorité des couples ayant eu une fausse couche concevra ultérieurement.

Quelles démarches pratiques et administratives effectuer ?

Conservez tous les comptes‑rendus médicaux (échographie, comptes rendus opératoires, résultats biologiques). Demandez un certificat médical si vous avez besoin d’un arrêt de travail. Pour les questions de remboursement, congés ou prestations, contactez votre caisse d’assurance maladie ou un travailleur social hospitalier. Si vous avez des interrogations précises, votre sage‑femme ou gynécologue pourra vous orienter vers les services adaptés.

Couple assis dans un salon partageant un moment de réconfort face à une grossesse arrêtée

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