Par Heloa, le 31 décembre 2025

Grossesse molaire : comprendre, soigner et envisager la suite

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Une jeune femme assise dans un cabinet médical discutant du diagnostic d une grossesse molaire.

Vous venez d’entendre le terme grossesse molaire et, aussitôt, les questions s’enchaînent : que s’est-il passé, est-ce grave, que va montrer l’échographie, quand le corps revient-il à la normale, et surtout… pourra-t-on envisager une nouvelle grossesse sereinement ? Entre le test positif, les symptômes parfois très marqués et la nécessité d’un suivi sanguin, la grossesse molaire déroute souvent.

L’idée centrale est simple, même si le vécu ne l’est pas : c’est une grossesse qui démarre, mais dont le tissu destiné au placenta se développe de façon anarchique. On va donc parler de ce qu’est exactement une grossesse molaire, des différences entre forme complète et partielle, des signes qui amènent à consulter, des examens utilisés (échographie, bêta-hCG, analyse anatomopathologique), puis du traitement et du suivi, y compris la contraception temporaire. Enfin, un point sur le pronostic, les projets de bébé et l’impact émotionnel, parce que le corps et la tête avancent rarement au même rythme.

Grossesse molaire : de quoi s’agit-il exactement ?

Définition et lien avec la maladie trophoblastique gestationnelle

Une grossesse molaire (aussi appelée môle hydatiforme) correspond à une situation où le trophoblaste — le tissu qui, en temps normal, s’organise pour former le placenta — prolifère de manière anormale. Au lieu de fabriquer un placenta fonctionnel, il se transforme en villosités gonflées d’eau (on dit villosités hydropiques), souvent sous forme de petites vésicules.

Les soignants regroupent ces anomalies sous le terme de maladie trophoblastique gestationnelle (MTG). La môle (complète ou partielle) en est la forme la plus fréquente. Parfois, malgré l’évacuation de l’utérus, une partie du tissu trophoblastique reste active : on parle alors de MTG persistante, ce qui explique l’importance du suivi.

Pourquoi la grossesse n’est pas viable

Le placenta n’est pas un simple support : c’est l’organe des échanges entre la mère et l’embryon (oxygène, nutriments, hormones). Quand il se développe de façon désorganisée, la grossesse ne peut pas évoluer normalement.

  • Môle complète : pas d’embryon. Le tissu placentaire anormal occupe l’utérus.
  • Môle partielle : un embryon peut être visible, mais il porte une anomalie chromosomique majeure et n’est pas viable.

Vous vous demandez peut-être : « Mais alors, pourquoi le test est positif ? » Parce que ce trophoblaste produit souvent beaucoup d’hCG, l’hormone mesurée par les tests de grossesse.

Fréquence : une situation rare

La grossesse molaire reste rare, avec des variations selon les régions et les modalités de dépistage.

  • Europe : environ 1 cas pour 1 000 grossesses
  • États-Unis : environ 1 cas pour 2 000 grossesses
  • Certaines régions d’Asie du Sud-Est : incidences rapportées plus élevées (parfois autour de 1/200)

Après une grossesse molaire, le risque de récidive lors d’une future grossesse est estimé autour de 1 à 2 %. C’est faible, mais suffisamment pour justifier une surveillance précoce au prochain projet.

Types de grossesse molaire : complète ou partielle

Môle complète : absence d’embryon et particularité génétique

La môle complète se caractérise par l’absence d’embryon et de sac amniotique. Sur le plan génétique, le scénario le plus classique est celui d’un ovule « vide » (sans ADN maternel) fécondé :

  • soit par un spermatozoïde qui duplique ensuite ses chromosomes,
  • soit par deux spermatozoïdes.

On obtient alors le plus souvent un caryotype 46,XX (parfois 46,XY) constitué quasi exclusivement de matériel génétique paternel. Cette configuration favorise une prolifération diffuse du trophoblaste.

Môle partielle : triploïdie et embryon non viable

La môle partielle survient le plus souvent lorsqu’un ovule normal est fécondé par deux spermatozoïdes. Résultat : une triploïdie, avec 69 chromosomes (69,XXX , 69,XXY , 69,XYY).

Un embryon peut être présent, mais il ne pourra pas se développer jusqu’au terme. Le placenta est anormal, avec des zones kystiques plus focales et une prolifération trophoblastique moins diffuse que dans la môle complète.

À l’échographie : images typiques et nuances

L’échographie, souvent endovaginale au début, est un pivot du diagnostic.

  • Môle complète : utérus parfois plus volumineux que prévu, absence de sac gestationnel, et aspect évocateur en « tempête de neige », « nid d’abeilles » ou pluie de raisins.
  • Môle partielle : tableau parfois moins spectaculaire , on peut voir un sac gestationnel, parfois un embryon, avec un placenta épaissi, hétérogène et kystique.

Côté évolution, le risque de MTG persistante est plus élevé après une môle complète (souvent autour de 10–15 %) qu’après une môle partielle (environ 0,5–3 %). Cette différence pèse sur la durée du suivi.

Causes et facteurs de risque

Une anomalie de fécondation : quand le trophoblaste s’emballe

À l’origine, il s’agit d’un accident de fécondation : le partage du matériel génétique maternel et paternel est déséquilibré. Or, le trophoblaste est « programmé » pour s’implanter et transformer l’endomètre afin de construire le placenta. Quand l’équilibre chromosomique et l’empreinte génomique (imprinting) est altéré, la croissance placentaire peut prendre le dessus, au détriment d’un développement embryonnaire normal.

Facteurs de risque connus

Les facteurs les mieux établis :

  • âge maternel très jeune (notamment < 15 ans) ou âge avancé (souvent > 45 ans) ,
  • antécédent de grossesse molaire.

Des facteurs nutritionnels ont été évoqués (apports insuffisants en folates et en carotène/vitamine A). À garder en tête comme piste, sans en faire une cause unique : de nombreuses femmes sans carence ont une môle, et beaucoup de femmes carencées n’en auront jamais.

Formes familiales : rares, mais possibles

Dans de rares situations de grossesses môlaires répétées, une prédisposition génétique peut être discutée, notamment avec des mutations impliquant l’imprinting ovocytaire : NLRP7, KHDC3L, et plus rarement MEI1 ou C11orf80.

En cas de récidives, l’orientation vers une consultation spécialisée (génétique, centre expert) peut aider à clarifier le risque et les options.

Symptômes : ce qui doit faire consulter

Au début : parfois rien de spécifique

Une grossesse molaire peut être découverte lors d’une échographie précoce, sans signe très parlant. Le test reste positif : le trophoblaste sécrète de l’hCG.

Signes fréquents

Certains signaux reviennent souvent :

  • métrorragies (saignements), brunâtres ou plus abondants ,
  • utérus plus gros que prévu, sensation de pesanteur pelvienne ,
  • nausées et vomissements importants (parfois hyperémèse gravidarum) ,
  • douleurs pelviennes, crampes.

On peut aussi observer des kystes ovariens thécalutéiniques (souvent bilatéraux), liés à l’hCG élevée.

Signes associés possibles : quand l’hCG est très élevée

Quand les taux d’hCG montent très haut, des tableaux atypiques pour une grossesse habituelle peuvent survenir :

  • prééclampsie très précoce (hypertension avec protéinurie) ,
  • signes d’hyperthyroïdie induite par l’hCG (palpitations, tremblements, sueurs, intolérance à la chaleur).

Dans ces cas, une consultation rapide est attendue, car il faut évaluer la tension, l’état général et le risque hémorragique.

Diagnostic de la grossesse molaire

Interrogatoire et examen clinique

Le point de départ : un test de grossesse positif, parfois associé à des saignements, à des vomissements intenses, ou à un décalage entre le terme estimé et la taille de l’utérus. L’examen clinique vérifie l’état hémodynamique (tension artérielle, pouls), la douleur et l’importance des pertes.

Dosage de la bêta-hCG : un marqueur, surtout pour le suivi

Le dosage sanguin de la bêta-hCG :

  • en môle complète, les taux sont souvent très au-dessus des valeurs attendues ,
  • en môle partielle, l’élévation peut être modérée.

Après le traitement, la question devient : l’hCG baisse-t-elle régulièrement jusqu’à négativation ? C’est la boussole du suivi.

Échographie et confirmation par analyse anatomopathologique

L’échographie repère l’aspect typique, mais le diagnostic de certitude repose sur l’analyse anatomopathologique du tissu évacué.

  • Môle complète : villosités hydropiques diffuses, hyperplasie trophoblastique diffuse , p57 négatif (en faveur de l’absence de matériel génétique maternel).
  • Môle partielle : villosités hydropiques focales, hyperplasie plus localisée , p57 positif , triploïdie fréquente.

Diagnostics proches : fausse couche et grossesse extra-utérine

Deux situations peuvent mimer le début :

  • Fausse couche : l’hCG diminue ensuite , l’histologie ne retrouve pas les signes typiques de môle.
  • Grossesse extra-utérine : pas de sac intra-utérin au stade attendu, parfois une masse annexielle , l’hCG n’est pas typiquement extrêmement élevée comme dans une môle complète.

Quand le doute persiste, l’histologie et parfois l’analyse génétique tranchent.

Traitement et suivi après l’évacuation

Aspiration/curetage : le traitement initial le plus fréquent

Le traitement initial d’une grossesse molaire est le plus souvent une évacuation utérine par aspiration (dilatation du col puis curettage par aspiration), généralement sous anesthésie, parfois sous contrôle échographique.

Objectifs :

  • retirer le tissu molaire ,
  • limiter le risque d’hémorragie ,
  • permettre l’analyse anatomopathologique.

Risques immédiats, heureusement peu fréquents avec une prise en charge rapide : hémorragie, infection, perforation utérine, rétention nécessitant une nouvelle aspiration.

Hystérectomie : des situations particulières

L’hystérectomie peut être discutée dans des cas sélectionnés (absence de désir de grossesse, complications, risque élevé, ou échec de stratégie conservatrice). Même après hystérectomie, le suivi des hCG reste nécessaire : une MTG persistante peut, rarement, exister.

Suivi hCG : un calendrier qui rassure… et qui fatigue parfois

Le suivi repose sur des dosages d’hCG sérique :

  • hebdomadaires jusqu’à négativation ,
  • puis mensuels, selon les protocoles et le type de môle.

En pratique :

  • après môle complète : surveillance souvent prolongée, fréquemment 6 mois après normalisation ,
  • après môle partielle : surveillance parfois plus courte, pouvant s’arrêter après négativation confirmée sur plusieurs dosages.

Une échographie de contrôle peut être proposée si des saignements persistent ou si l’équipe suspecte une rétention.

Contraception pendant le suivi : la logique derrière la consigne

Une contraception est proposée pendant la surveillance, non par principe, mais pour éviter qu’une nouvelle grossesse ne fasse remonter l’hCG (et rende les résultats impossibles à interpréter).

Options possibles selon la situation :

  • pilule (s’il n’existe pas de contre-indication) ,
  • préservatifs ,
  • implant.

Un DIU peut être envisagé , certaines équipes préfèrent attendre environ 6 semaines après l’aspiration, le temps que l’utérus se répare et que le risque d’infection ou de saignement baisse.

Complications, traitements complémentaires et pronostic

MTG persistante : le signal d’alerte, c’est l’hCG

Après une grossesse molaire, la surveillance vise surtout à dépister une maladie persistante.

Signaux classiques :

  • hCG qui stagne (plateau) sur plusieurs dosages ,
  • hCG qui remonte ,
  • hCG qui reste positive au long cours, selon des critères précis.

Dans ce contexte, un bilan est organisé (examen, parfois imagerie) pour rechercher du tissu trophoblastique persistant.

Évolutions rares

Elles sont rares, mais connues, et expliquent la vigilance :

  • choriocarcinome gestationnel ,
  • métastases, le plus souvent pulmonaires ,
  • embolie trophoblastique (exceptionnelle) ,
  • rétention intra-utérine.

Traitement des formes persistantes : chimiothérapie très efficace

Le choix dépend du niveau de risque (scores FIGO/OMS) et de l’extension :

  • faible risque : chimiothérapie par méthotrexate (ou actinomycine D selon les protocoles), avec suivi rapproché de l’hCG ,
  • haut risque ou métastatique : polychimiothérapie de type EMA-CO (étoposide, méthotrexate, actinomycine D, cyclophosphamide, vincristine).

L’hCG sert alors de marqueur biologique pour suivre la réponse au traitement.

Pronostic et projets de bébé

Le pronostic d’une grossesse molaire est globalement excellent lorsque le suivi est bien respecté.

  • Les formes à faible risque guérissent dans environ 90–95 % des cas avec un traitement adapté.
  • Même en cas de forme étendue, les chances de contrôle restent élevées avec les schémas modernes.

Pour les projets de grossesse :

  • sans chimiothérapie, un délai d’attente est souvent proposé jusqu’à la fin de la surveillance (parfois autour de 6 à 12 mois, selon les équipes) ,
  • après chimiothérapie, l’attente est souvent plus longue (souvent autour de 12 à 18 mois).

Lors d’une grossesse ultérieure, une échographie précoce est généralement prévue. Selon les habitudes, un contrôle d’hCG après l’accouchement peut aussi être discuté.

Retentissement émotionnel : un point à ne pas minimiser

Une grossesse molaire peut provoquer un mélange de choc, de tristesse et d’impatience : le corps se remet, mais les prises de sang répétées ramènent l’événement sur le devant de la scène.

Un soutien psychologique, ponctuel ou suivi, peut aider. Et en consultation, poser des questions très concrètes apaise souvent : durée prévue du suivi, critères de fin de surveillance, signes qui doivent faire recontacter l’équipe (saignements importants, douleurs, malaise, essoufflement, symptômes respiratoires).

À retenir

  • Une grossesse molaire est une anomalie de fécondation : le placenta se développe de façon anormale, la grossesse n’est pas viable.
  • Deux formes : môle complète (pas d’embryon) et môle partielle (souvent triploïdie à 69 chromosomes).
  • Le diagnostic associe échographie, bêta-hCG et confirmation par analyse anatomopathologique.
  • Le traitement initial est le plus souvent une aspiration/curetage, suivie d’une surveillance des hCG.
  • La contraception pendant le suivi aide à interpréter l’hCG sans confusion.
  • Si l’hCG stagne ou remonte, un traitement complémentaire (souvent une chimiothérapie) offre d’excellents résultats.
  • Des ressources et des professionnels peuvent accompagner cette période , vous pouvez aussi télécharger l’application Heloa pour des conseils personnalisés et des questionnaires de santé gratuits pour les enfants.

Les questions des parents

Quels soutiens psychologiques ou groupes de soutien existent ?

C’est tout à fait normal de se sentir chamboulée. Vous pouvez demander à votre équipe médicale une orientation vers un psychologue périnatal ou un service de soutien hospitalier. Des associations de patientes, des groupes locaux ou des forums modérés offrent un espace d’échange confidentiel. Certaines applications (par exemple Heloa) proposent aussi des ressources et questionnaires. N’hésitez pas à solliciter un suivi si le vécu reste lourd : un accompagnement court peut vraiment aider.

Comment en parler avec les proches et les enfants ?

Parlez avec sincérité et à votre rythme. Avec les proches, dites ce que vous ressentez et ce dont vous avez besoin (écoute, aide pratique, présence). Pour les enfants, adaptez le langage à l’âge : phrases simples, rassurantes et factuelles (« Maman a eu un problème, elle va mieux mais on doit se reposer »). Évitez les détails médicaux inutiles. Proposez des réponses honnêtes aux questions qu’ils posent et rassurez-les sur la continuité des soins et de l’affection.

Où trouver des informations ou des images fiables sans se stresser ?

Privilégiez les sources médicales : sites de centres hospitaliers, sociétés savantes obstétricales, notices et documents remis par votre équipe. Les images en ligne peuvent être choquantes : si vous souhaitez voir une échographie, demandez à votre praticien d’expliquer les clichés et de les contextualiser. Cela évite l’anxiété liée à des photos non commentées trouvées sur Internet.

Un couple solidaire assis sur un canapé faisant face ensemble à l épreuve de la grossesse molaire.

Pour aller plus loin :

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