Par Heloa, le 5 janvier 2026

Fausses couches répétition : comprendre, explorer, avancer

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Couple échangeant un moment de soutien mutuel face aux épreuves comme les fausses couches répétition

Apprendre qu’une grossesse s’arrête est déjà une épreuve. Quand cela se répète, l’esprit cherche des repères, le corps fatigue, et une phrase revient : fausses couches répétition. Pourquoi ? Est-ce qu’on peut agir ? La médecine ne donne pas toujours une cause unique, mais elle sait organiser une évaluation progressive, repérer des situations traitables, et poser un cadre de surveillance pour la suite.

Fausses couches répétition : de quoi parle-t-on exactement ?

Pertes précoces, tardives, « silencieuses » : les différences utiles

Une fausse couche correspond à une interruption spontanée de grossesse. On distingue surtout :

  • fausse couche précoce : avant 12 semaines de grossesse ,
  • fausse couche tardive : entre 12 et environ 20–24 semaines d’aménorrhée (selon les équipes) ,
  • fausse couche dite « silencieuse » : arrêt de grossesse sans saignements marqués, découvert à l’échographie.

On parle aussi de pertes biochimiques : test (hCG) positif, puis hCG qui redescend, sans grossesse visible ensuite.

Ces nuances orientent les hypothèses :

  • très précoce → souvent anomalie chromosomique embryonnaire ,
  • plus tardive → discussion plus large : cavité utérine, col, placenta, immunité, coagulation.

Fausses couches isolées vs fausses couches répétition

Une fausse couche isolée est fréquente (environ 15–25 % des grossesses reconnues). Après une seule perte, un bilan n’est pas systématique.

Quand il s’agit de fausses couches répétition, la démarche devient structurée : rechercher des causes traitables, réduire des facteurs de risque modifiables, et préparer la grossesse suivante avec des jalons clairs.

À partir de combien parle-t-on de fausses couches répétition ?

Beaucoup d’équipes considèrent fausses couches répétition dès 2 pertes consécutives, car cela peut justifier une évaluation. D’autres retiennent 3 pertes ou plus. L’âge maternel, le terme des pertes et les antécédents orientent la décision.

Âge maternel (et paternel) : quel impact ?

Le risque de fausse couche augmente avec l’âge maternel, principalement à cause des anomalies chromosomiques. Après 40 ans, le risque peut approcher ou dépasser 1 grossesse sur 3.

L’âge paternel pourrait aussi intervenir via la qualité du sperme et la fragmentation de l’ADN spermatique (effet souvent moins net).

Causes fréquentes des fausses couches répétition

Anomalies chromosomiques : le scénario le plus fréquent

Environ 50–60 % des fausses couches précoces sont liées à des anomalies chromosomiques embryonnaires (aneuploïdies : trisomie, monosomie…).

Plus rarement, une translocation équilibrée chez l’un des parents est identifiée (environ 2–5 % des couples). Un conseil génétique aide à estimer le risque et à discuter les options.

Causes utérines et cervicales : cavité, fibromes, synéchies, col

Certaines anomalies de forme (utérus septé, bicorne, arqué) sont plus fréquentes en contexte de fausses couches répétition.

Causes acquises possibles :

  • fibrome sous-muqueux (déformant la cavité) ,
  • polype endométrial ,
  • synéchies (adhérences), parfois après curetage ou infection.

Si les pertes surviennent surtout au deuxième trimestre : discussion d’une insuffisance cervico-isthmique (col qui s’ouvre trop tôt), notamment après chirurgie du col.

Hormones et métabolisme : thyroïde, diabète, prolactine, SOPK

Un déséquilibre endocrinien peut augmenter le risque de perte et compliquer l’implantation :

  • thyroïde : TSH, parfois anticorps anti-TPO ,
  • diabète/hyperglycémie : risque surtout si l’équilibre est insuffisant (HbA1c élevée) ,
  • hyperprolactinémie : à évoquer si cycles très irréguliers, aménorrhée, galactorrhée ,
  • SOPK et résistance à l’insuline : terrain métabolique à optimiser.

L’insuffisance lutéale (progestérone insuffisante après ovulation) est discutée selon l’histoire des cycles et des pertes.

Immunité et coagulation : SAPL et situations associées

Le syndrome des antiphospholipides (SAPL) est une cause importante et traitable, associée à une part des fausses couches obstétricales. Il perturbe la placentation et favorise des micro-caillots.

Un lupus ou d’autres maladies auto-immunes peuvent aussi peser. Les thrombophilies héréditaires, elles, sont plutôt recherchées de façon ciblée (thrombose personnelle/familiale, contexte évocateur).

Facteurs masculins : spermogramme et fragmentation ADN

En cas de fausses couches répétition, le bilan inclut le partenaire masculin : spermogramme, et parfois test de fragmentation de l’ADN spermatique (tabac, chaleur, varicocèle, infections, âge…).

Pistes infectieuses et endométriales : quand les évoquer

Un dépistage infectieux très large n’est pas habituel sans symptômes. Selon le contexte (parcours PMA, signes persistants, imagerie), une endométrite chronique ou une question de microbiote peut être discutée dans certains centres.

Quand aucune cause n’est retrouvée

Malgré un bilan bien conduit, 40–50 % des situations restent « inexpliquées ». Cela signifie que les outils actuels ne repèrent pas le mécanisme. Le pronostic peut rester bon, surtout avec une préparation préconceptionnelle et une surveillance précoce.

Facteurs de risque modifiables : reprendre la main par étapes

Poids, tabac, alcool, substances

  • Poids : une perte de 5–10 % peut améliorer insulino-résistance et ovulation.
  • Tabac : effet dose-dépendant , l’arrêt améliore les chances de naissance vivante.
  • Alcool : l’abstinence pendant la grossesse reste le repère le plus simple.
  • Substances non prescrites : augmentation des risques , un échange médical aide à réduire en sécurité.

Caféine, stress, sommeil

La caféine à dose élevée est associée à davantage de risques , beaucoup d’équipes proposent de limiter (souvent autour de 200 mg/j).

Le stress n’est pas une cause directe. Mais un stress prolongé abîme le sommeil, l’alimentation, la récupération. Un objectif concret : routines de repos, activité physique adaptée, soutien psychologique si besoin.

Expositions environnementales

Pesticides, solvants, métaux lourds (plomb, mercure), chaleur excessive, perturbateurs endocriniens : en cas d’exposition significative, on cherche à réduire (protection, adaptation de poste, diminution des sources domestiques évitables).

Quand consulter et quel parcours de soins ?

Après deux pertes

Après deux pertes consécutives, un bilan peut être proposé : SAPL, cavité utérine, thyroïde, glycémie, parfois génétique et facteur masculin. L’objectif est de viser juste.

Consulter plus tôt

Avis rapide si : perte au deuxième trimestre, saignements abondants, douleur intense, malaise, fièvre/frissons, pertes malodorantes, suspicion de grossesse extra-utérine (douleur unilatérale), suspicion de môle, antécédents de thrombose ou lupus.

Qui peut accompagner ?

Gynécologue-obstétricien, parfois spécialiste de médecine de la reproduction/PMA. Selon les résultats : généticien, hématologue, endocrinologue, psychologue périnatal.

Bilan des fausses couches répétition : examens et intérêt

Entretien médical : la base

Chronologie de chaque grossesse (terme, échographies, hCG, symptômes), traitements, éventuelles analyses des tissus. Antécédents familiaux (thromboses, pertes), histoire gynécologique (curetage, infection, chirurgie du col) et expositions.

Imagerie de l’utérus

  • échographie endovaginale, idéalement 3D ,
  • hystérosonographie ou hystérosalpingographie selon le cas ,
  • hystéroscopie (diagnostic et parfois traitement) ,
  • IRM si anatomie complexe.

Prises de sang orientées

TSH (± anti-TPO), glycémie/HbA1c, prolactine selon symptômes. D’autres tests selon le profil.

Immunité/coagulation

Pour le SAPL : anticoagulant lupique, anticardiolipines, anti-β2 glycoprotéine I (à répéter à 12 semaines pour confirmer). Thrombophilies héréditaires : plutôt si indication.

Génétique

Analyse des produits de conception quand possible, caryotype parental si suspicion de translocation, puis conseil génétique.

Bilan masculin

Spermogramme, et parfois fragmentation ADN selon le contexte.

Traitements : selon la cause (et parfois même sans cause identifiée)

SAPL

Aspirine faible dose et héparine de bas poids moléculaire peuvent être proposées dès le début de grossesse selon le profil, avec suivi rapproché.

Thyroïde, diabète, métabolisme

Stabiliser avant conception et dès le début de grossesse réduit le risque de perte précoce et améliore la placentation.

Utérus

Polype, synéchies, septum, fibrome sous-muqueux déformant : correction hystéroscopique discutée selon la situation.

Progestérone

La progestérone vaginale peut être discutée dans certains profils (fausses couches précoces répétées, saignements précoces, cycles très irréguliers).

Facteur masculin

Réduction tabac/alcool, éviter chaleur testiculaire, prise en charge urologique si indiquée, optimisation sommeil et alimentation. Antioxydants : discussion au cas par cas.

Quand c’est inexpliqué

Suivi précoce avec jalons clairs : consultation dès test positif, échographies programmées, possibilité de contact rapide si symptôme.

PMA et fausses couches répétition : quand y penser

Une consultation PMA se discute après deux pertes consécutives, surtout si l’âge maternel augmente, si le délai de conception s’allonge, ou si une cause génétique est identifiée.

Le PGT-A (aneuploïdies) ou le DPI/PGT-SR (translocation parentale) peut être proposé dans des contextes précis. Le don d’ovocytes, plus rarement le don de sperme, se discute quand les chances avec les gamètes du couple deviennent très faibles.

À retenir

  • Fausses couches répétition est souvent envisagé dès 2 pertes consécutives : un bilan personnalisé peut être proposé.
  • Les causes possibles : chromosomes embryonnaires, cavité utérine/col, thyroïde/diabète, SAPL, et parfois facteur masculin.
  • 40–50 % restent inexpliqués malgré les examens, avec des chances réelles de grossesse évolutive.
  • Les examens les plus utiles sont ciblés : imagerie utérine (échographie 3D), prises de sang (TSH, HbA1c, antiphospholipides), et selon le cas génétique et bilan masculin.
  • Des professionnels peuvent accompagner la suite, et vous pouvez télécharger l’application Heloa pour des conseils personnalisés et des questionnaires de santé gratuits pour les enfants.

Les questions des parents

Combien de temps attendre entre deux fausses couches avant d’essayer à nouveau ?

Il n’y a pas toujours de délai médical strict. Beaucoup de professionnels conseillent d’attendre que les saignements et la convalescence physique soient terminés et que vous vous sentiez prête émotionnellement. Si un bilan est proposé (souvent après 2 pertes), il peut être utile de le lancer avant une nouvelle tentative pour cibler d’éventuelles actions. N’hésitez pas à en parler avec votre équipe soignante pour un plan personnalisé.

Je tombe enceinte facilement mais je fais des fausses couches : que faire ?

C’est courant : les pertes très précoces sont souvent liées à des anomalies chromosomiques aléatoires. Commencez par noter la chronologie des grossesses et demandez si l’analyse des produits de conception est possible. Après deux pertes, un bilan ciblé (hormones, thyroïde, antiphospholipides, imagerie utérine, bilan masculin) peut orienter des prises en charge. De petites améliorations du mode de vie et un suivi précoce de la grossesse peuvent aussi aider.

Comment garder espoir après 2 pertes ?

Votre sentiment est légitime et entendu. Rassurez-vous : de nombreux couples obtiennent une grossesse évolutive après des pertes répétées, parfois sans cause retrouvée. Un suivi adapté, des examens ciblés et un accompagnement psychologique renforcent les chances et le bien‑être. Cherchez du soutien — partenaire, professionnels, groupes — et demandez un plan clair pour la prochaine grossesse.

Femme discutant avec un médecin des examens à réaliser suite à des fausses couches répétition

Pour aller plus loin :

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