Quand on parle de développement sensoriel de l’enfant, on parle, en réalité, de la façon dont le cerveau de votre tout-petit apprend à capter le monde… puis à s’y sentir bien. Un bruit de casserole. Une étiquette qui gratte. La lumière du matin. Le bercement dans vos bras. Tout cela arrive en même temps, et le système nerveux doit trier, classer, apaiser, organiser. Parfois ça roule. Parfois ça déborde. Et vous vous demandez : « Il réagit beaucoup, c’est normal ? »
Le développement sensoriel de l’enfant soutient l’équilibre, la motricité, le langage, l’attention et la régulation émotionnelle. Il se construit très tôt, par maturation neurologique et par expériences répétées, simples, sécurisantes. Repères d’âge, idées d’activités faciles, signaux qui méritent un avis : tout est lié, tout s’imbrique.
Développement sensoriel de l’enfant : de l’éveil au traitement sensoriel
Le développement sensoriel de l’enfant correspond au trajet complet de l’information : réception (par les organes des sens), transmission (par les nerfs), puis traitement par le cerveau.
On entend souvent deux termes :
- traitement sensoriel : comment le cerveau filtre et hiérarchise les sensations (ce que j’ignore, ce qui m’alerte, ce qui m’apaise).
- intégration sensorielle : comment il combine plusieurs canaux à la fois (voir + toucher + bouger) pour produire une réponse adaptée.
Chez le nourrisson, beaucoup de réactions sont d’abord automatiques (réflexe de Moro, sursaut, agrippement). Puis, mois après mois, la réponse devient plus modulée : le bébé anticipe, s’habitue, recherche certaines sensations, en évite d’autres.
Un mot de physiologie, utile : la plasticité cérébrale (capacité des réseaux neuronaux à se modifier) est maximale dans la petite enfance. Ce que l’enfant vit souvent, dans un contexte rassurant, devient plus facile à tolérer et à organiser.
Sécurité affective et sensations : pourquoi certains jours tout déborde
Vous avez remarqué ? Un bébé explore davantage quand il se sent « contenu » : voix connue, odeur familière, rythme prévisible. Ces repères sensoriels agissent comme un frein naturel sur l’alarme interne.
À l’inverse, une accumulation de stimulations peut épuiser le système nerveux : beaucoup de bruit, des lumières vives, une journée sans sieste, une fête, un supermarché. Résultat possible : pleurs, agitation, évitement du regard, besoin d’être porté… ou au contraire refus du contact.
Vous vous demandez peut-être si cela « fait des caprices ». Chez les petits, c’est souvent une surcharge sensorielle : trop d’informations à gérer, pas assez d’énergie pour les réguler.
Les sens : pas seulement les 5 classiques
Vue, ouïe, toucher, goût, odorat
- Vue : à la naissance, la vision est floue , le bébé accroche surtout les contrastes et les visages. Ensuite, la poursuite visuelle et la coordination œil-main affinent (attraper, empiler, dessiner).
- Ouïe : l’audition soutient l’attachement (reconnaître la voix) et le langage (discriminer les sons, le rythme, l’intonation). Les comptines « lent/rapide » sont de vrais exercices neurologiques.
- Toucher : température, pression, texture. Le toucher n’est pas qu’une info , c’est aussi une sensation de sécurité (peau-à-peau, massage).
- Goût et odorat : très précoces. La diversification alimentaire entraîne un entraînement progressif aux textures, aux saveurs, aux odeurs.
Proprioception : le « GPS du corps »
La proprioception vient de récepteurs situés dans les muscles, tendons et articulations. Elle informe le cerveau sur la position du corps sans le regarder.
Elle aide à doser la force, ajuster la posture, construire le schéma corporel. Certains enfants recherchent naturellement la pression (se blottir, se rouler dans une couverture, aimer les câlins serrés) : ce n’est pas forcément un « besoin d’être collé », c’est parfois une stratégie corporelle d’apaisement.
Système vestibulaire : équilibre et repères spatiaux
Le système vestibulaire (oreille interne) détecte les mouvements de la tête, l’accélération et la gravité. Il participe à l’équilibre, à la coordination, et au confort visuel.
Détail intéressant : le réflexe vestibulo-oculaire stabilise l’image sur la rétine quand la tête bouge. Quand il se développe, l’enfant tolère mieux les déplacements (tourner, se balancer, courir sans « perdre » le regard).
Repères d’âge : du ventre maternel à 6 ans
Avant la naissance et premiers jours
Le développement sensoriel de l’enfant commence in utero : pression des parois utérines, mouvements, sons internes, variations de saveurs via le liquide amniotique.
Après la naissance, la priorité est la régulation : chaleur, proximité, lumière modérée, bruit limité. Peu de nouveautés, mais de la répétition. Le cerveau adore ça.
0–6 mois : fondations
Signaux fréquents :
- attirance pour les visages, contraste noir/blanc ,
- réactions à la voix, échanges de vocalises ,
- exploration par la bouche (normal, sous surveillance) ,
- amélioration du tonus, contrôle de la tête.
Idées simples : parler près du bébé, chanter doucement, proposer deux textures (coton/éponge) sur pieds puis mains, varier les positions de façon sécurisée, temps sur le ventre quand il est éveillé.
6–12 mois : l’enfant devient acteur
Le développement sensoriel de l’enfant s’accélère avec la mobilité : attraper, transférer, manipuler, ramper, se mettre debout.
La diversification ajoute une dimension : textures (lisse, granuleux), températures, odeurs. Une nouveauté à la fois, et on observe.
1–3 ans : mouvement + langage
Marcher, courir, grimper, pousser, tirer… et, en parallèle, explosion lexicale. Les sensations deviennent des catégories : doux/rugueux, chaud/froid, fort/doux.
Un petit aparté utile : l’enfant peut refuser une texture un jour et l’accepter la semaine suivante. Ce n’est pas incohérent , c’est le système sensoriel qui ajuste ses seuils selon la fatigue, l’humeur, l’appétit, ou une douleur (dents, otite, constipation).
3–6 ans : consolidation et finesse
Coordination (sauter, lancer, attraper), motricité fine (découper, dessiner), discrimination auditive (sons proches, syllabes). La créativité devient aussi sensorielle : pâte à modeler, musique, cuisine, nature.
Ce qui influence le développement sensoriel de l’enfant
Maturation neurologique et tempérament
Chaque enfant a son profil. Certains sont sensibles aux bruits soudains, d’autres recherchent le mouvement. Ce sont des variations neurodéveloppementales fréquentes.
Attention aux facteurs « invisibles » qui modifient la tolérance : manque de sommeil, douleur, fièvre, reflux gastro-œsophagien, poussée dentaire, constipation. Un changement brutal de comportement invite d’abord à vérifier le confort physique.
Environnement : qualité plutôt que quantité
La quantité de jouets n’aide pas toujours. Une lumière naturelle, des objets simples, des textures variées, des sorties dehors… et des temps calmes : souvent, c’est là que le développement sensoriel de l’enfant s’organise le mieux.
La surstimulation vient par accumulation : fond sonore constant, écrans allumés, jouets lumineux, transitions en chaîne. Signes possibles : regard fuyant, agitation, raidissement, pleurs, besoin de s’agripper.
Interactions : l’adulte comme « traducteur » des sensations
Nommer aide : « c’était fort », « c’est froid », « tu n’aimes pas quand ça colle ». L’enfant associe sensation + mot + émotion. Petit à petit, il régule mieux.
Activités sensorielles faciles (maison et dehors)
Les principes qui changent tout
- Varier un seul paramètre à la fois (son OU texture OU mouvement).
- Répéter : la répétition rassure et consolide.
- Respecter les signaux : détourner la tête, se crisper, s’éloigner, pleurer = pause.
- Sécuriser : surveillance active, attention aux petites pièces, prudence avec l’eau, éviter les parfums forts et produits irritants.
0–6 mois : douceur et proximité
- Massage doux (si le bébé l’accepte), peau-à-peau.
- Cartes contrastées, suivi lent de votre visage.
- Comptines lentes, imitation des vocalises.
- Bercements réguliers, changements de position progressifs.
6–12 mois : manipuler et bouger
- Balles souples, anneaux, tissus texturés , jeux main-main.
- Tapis au sol, « petits reliefs » avec coussins pour ramper.
- Boîtes sonores (fort/doux), jeu « pause/encore ».
- À table : décrire les textures sans multiplier les nouveautés le même jour.
1–3 ans : transvaser, toucher, explorer
- Transvasements (gobelets, cuillères) , pois chiches secs dans une bassine (surveillance).
- Peinture au doigt, pâte à modeler.
- Dehors : herbe, écorce, cailloux (on regarde, on touche, on se lave les mains).
- Mini-parcours : marcher sur une ligne, passer sous une chaise, sauter de coussin en coussin.
3–6 ans : coordonner et affiner
- Parcours moteurs : équilibre, sauts, roulades simples, lancer/attraper.
- Jeux d’écoute : reconnaître des sons, reproduire des rythmes.
- Perles à enfiler (taille adaptée), découpage, modelage.
- Cuisine : sentir, toucher, goûter , jardiner , trier par forme et texture.
Le quotidien, terrain sensoriel discret
Bain, repas, habillage, météo : tout stimule.
- Bain : gobelets, mousse, eau tiède (vérifier). « Ça coule », « ça glisse ».
- Repas : toucher, sentir sans obligation de goûter , une valeur sûre + une découverte.
- Habillage : matières confortables , couper les étiquettes si besoin.
- Dehors : vent, pluie, froid. On prépare avec des mots, puis on propose un retour au calme.
Sens et langage : ça grandit ensemble
- Comptines à gestes, variations fort/doux.
- « Tu entends quoi ? C’est loin ou près ? »
- Vocabulaire sensoriel : rugueux, lisse, piquant, moelleux, lourd, léger.
Montessori : un cadre qui peut aider sans surcharger
L’esprit Montessori propose un environnement ordonné, peu d’objets à la fois, et des activités concrètes qui isolent un paramètre sensoriel (couleur, forme, poids, son).
Avant 3 ans, on vise surtout l’exploration sécurisée et la répétition. Entre 3 et 6 ans, les activités de tri et de discrimination (textures, sons, couleurs) soutiennent concentration et coordination.
Le rôle de l’adulte reste central : observer, proposer simplement, ajuster. Montrer plus que parler. Et si l’enfant se détourne ? Pause. Le développement sensoriel de l’enfant se construit aussi dans le calme.
En collectivité (crèche, assistante maternelle), les rituels stabilisent : accueil, repas, sieste. Partager les observations maison-structure aide à harmoniser les repères.
Quand les réactions sensorielles inquiètent : signaux et aides
Des variations sont normales. Ce qui interpelle, c’est l’intensité, la persistance, et l’impact sur le quotidien.
Un avis médical (pédiatre d’abord) est utile si vous observez durablement :
- réactions très fortes à des stimuli ordinaires (bruit, habillage, toucher) ,
- évitements qui bloquent sorties, repas, sommeil, école ,
- chutes très fréquentes, peur marquée du mouvement, retard moteur ,
- doute sur l’audition (ne réagit pas, perte de babillage) ,
- doute sur la vision (strabisme constant, suivi difficile).
Hypersensibilité et hyposensibilité
- Hypersensibilité : sensations perçues trop intensément (se couvre les oreilles, refuse certaines matières, gêné par les coutures, odeurs qui écœurent).
- Hyposensibilité : sensation perçue insuffisamment, donc recherche (bouge beaucoup, se cogne, mâchouille, touche tout).
Un enfant peut être hypersensible pour un sens et en recherche pour un autre. C’est fréquent.
Retentissements : alimentation, sommeil, émotions
Sélectivité alimentaire (textures, mélanges), endormissement difficile après journées chargées, irritabilité, opposition à l’habillage… Avant de conclure à un trouble sensoriel, on vérifie aussi douleur, otite, reflux, constipation, fatigue.
Professionnels ressources
- Pédiatre : santé générale, dépistages, orientation.
- Ergothérapeute ou psychomotricien : profil sensoriel, motricité, stratégies.
- Orthophoniste : langage, oralité, discrimination auditive.
- ORL / ophtalmologiste : si un doute auditif ou visuel persiste.
À retenir
- Le développement sensoriel de l’enfant débute très tôt et soutient attachement, exploration, apprentissages.
- Les 5 sens comptent, et la proprioception ainsi que le système vestibulaire pèsent lourd dans l’équilibre et le schéma corporel.
- Des expériences simples, répétées, et un environnement prévisible aident souvent plus que des stimulations multiples.
- Les routines (bain, repas, habillage, sorties) sont de puissants repères.
- Si les réactions sont intenses, durables et gênent sommeil, alimentation ou vie sociale, un avis professionnel peut clarifier.
- Des professionnels peuvent accompagner, et vous pouvez télécharger l’application Heloa pour des conseils personnalisés et des questionnaires de santé gratuits pour les enfants.
Les questions des parents
Les écrans influencent‑ils le développement sensoriel de mon enfant ?
Oui, ils peuvent. Images rapides, sons multiples et interactions passives favorisent la surcharge et diminuent le temps d’exploration tactile et motrice. Pour limiter les effets : privilégiez les moments sans écran, accompagnez toujours les contenus (regarder ensemble, commenter), limitez la durée selon l’âge et remplacez certains temps d’écran par des jeux multisensoriels. Pas d’angoisse : l’équilibre se construit jour après jour.
Mon enfant cherche constamment des sensations (se cogne, mâchouille, aime les chutes) : que faire ?
C’est souvent une recherche sensorielle (hyposensibilité). Vous pouvez proposer des alternatives sécurisées et structurées : activités proprioceptives (pousser/pulling, portage, port de sacs légers), sauts contrôlés, jeux de compression (rouler dans une grande couverture), objets à mâchouiller adaptés. Intégrer ces moments régulièrement aide la régulation. Si ces comportements mettent en danger ou gênent fortement la vie quotidienne, n’hésitez pas à demander un avis professionnel.
Quand consulter un ergothérapeute ou un autre spécialiste ?
Si les réactions sensorielles persistent, deviennent très intenses ou entravent le sommeil, l’alimentation, l’autonomie (habillage, école) ou la sécurité (chutes fréquentes), il est important de consulter le pédiatre qui pourra orienter vers un ergothérapeute, psychomotricien, orthophoniste ou ORL. Une détection précoce permet des solutions pratiques et rassurantes pour la famille.





