Dès la naissance, une question revient souvent, parfois avec un petit pincement : « Est-ce que mon bébé reçoit assez ? » Le colostrum, ce premier lait épais et doré, peut sembler rare… alors qu’il est calibré pour les tout premiers jours. Protection contre les infections, démarrage digestif, rythme des tétées, expression manuelle, conservation, questions sur les compléments : des repères simples apaisent vite.
Le colostrum : ce « premier lait » si particulier
Définition : à quoi correspond le colostrum
Le colostrum est le tout premier lait sécrété par la glande mammaire en fin de grossesse et dans les premiers jours après l’accouchement. Sa texture est plus épaisse, sa couleur souvent jaunâtre. Sa mission n’est pas de « remplir » : il agit comme une couche protectrice déposée sur les muqueuses (bouche, gorge, intestin), tout en apportant une nutrition très dense.
Quand il apparaît, combien de temps il dure et comment il évolue
Le colostrum peut être présent avant la naissance (quelques gouttes… ou rien du tout, les deux sont fréquents). Après l’accouchement, il domine en général les 2 à 4 premiers jours, puis il se transforme en lait de transition, avant d’aboutir au lait mature.
La « montée de lait » survient le plus souvent entre le 2e et le 5e jour : les seins peuvent devenir plus lourds et le lait paraît plus clair.
Pourquoi il est jaune et produit en petite quantité
La teinte jaune du colostrum s’explique notamment par sa richesse en caroténoïdes (liés à la vitamine A) et en molécules bioactives. Quant aux volumes, ils surprennent, mais ils collent à la physiologie : l’estomac du nouveau-né est minuscule, les prises sont petites et fréquentes.
Sur 24 heures, la production totale peut varier largement (ordre de grandeur : 10 à 100 mL le premier jour), répartie en multiples tétées. Peu visible ne veut pas dire « insuffisant ».
Colostrum, lait de transition, lait mature : différences simples
- Colostrum : très riche en protéines et facteurs immunitaires, volumes faibles, densité élevée.
- Lait de transition : augmentation nette des quantités, énergie plus marquée.
- Lait mature : composition qui s’ajuste au fil d’une tétée (début plus aqueux, fin plus riche en lipides) et des semaines.
Composition du colostrum : ce que bébé reçoit vraiment
Anticorps (IgA, IgG, IgM) : l’immunité passive
Le colostrum est riche en immunoglobulines, surtout les IgA sécrétoires. Elles tapissent les muqueuses et limitent l’adhérence de certains agents infectieux. Les IgG et IgM sont aussi présentes.
On parle d’immunité passive : le nouveau-né reçoit des anticorps produits par la mère, actifs au plus près des portes d’entrée (intestin, voies respiratoires).
Protéines, vitamines et minéraux : un lait concentré
Le colostrum contient davantage de protéines que le lait mature (forte densité au départ, puis diminution progressive). Il apporte aussi vitamines et minéraux, avec une place notable pour la vitamine A.
Petite quantité ne signifie pas petite valeur : c’est un concentré.
Lactose, lipides et molécules protectrices : un équilibre orienté « démarrage »
Le lactose est présent dès le début, mais l’équilibre du colostrum met l’accent sur l’immunité et la mise en route digestive. Les lipides augmentent ensuite.
On y trouve aussi lactoferrine (qui fixe le fer), lysozyme et facteurs de croissance (EGF, TGF-β, IGF…), utiles pour la maturation de la muqueuse intestinale et la solidité de la barrière digestive.
Bienfaits du colostrum pour le nouveau-né
Protection contre les infections : une barrière sur les muqueuses
Le colostrum agit surtout localement. Anticorps et protéines antimicrobiennes freinent l’implantation de certains microbes, tout en modulant la réponse immunitaire du bébé.
Chaque tétée compte : la protection s’inscrit dans la durée.
Intestin, microbiote, tolérance digestive : un démarrage guidé
Le tube digestif doit s’adapter très vite. Le colostrum favorise une colonisation orientée vers des bactéries bénéfiques (souvent citées : bifidobactéries) et soutient la maturation de la paroi intestinale.
Méconium : effet laxatif doux
Le colostrum facilite l’évacuation du méconium (premières selles sombres). Des selles qui évoluent en fréquence et en aspect sont souvent un repère indirect que les apports se mettent en place.
Cette évacuation aide aussi à diminuer la réabsorption de bilirubine (utile quand l’ictère se prolonge).
Adaptation néonatale : aider bébé à passer le cap
Hydratation adaptée, signaux biologiques, soutien immunitaire, mise en route digestive : le colostrum agit sur plusieurs plans. Chez les prématurés, cette densité en facteurs protecteurs intéresse particulièrement les équipes.
Colostrum et démarrage de l’allaitement : repères rassurants
Première tétée : l’heure qui suit la naissance, quand c’est possible
Peau à peau et mise au sein précoces, si les conditions médicales le permettent, favorisent la prolactine et l’ocytocine (hormones de la lactation). Beaucoup de bébés sont alors en éveil calme et cherchent spontanément le sein.
Quantités de colostrum : ce qui est attendu
Les « mini-prises » sont normales. Le colostrum arrive souvent goutte à goutte. Ce qui soutient la production, c’est la répétition de stimulations efficaces.
Repères pratiques, à ajuster avec l’équipe :
- tétées fréquentes (souvent 8 à 12 fois/24 h),
- déglutitions par moments,
- couches : progression des urines et des selles,
- poids surveillé, puis reprise.
Vous avez l’impression de ne « rien avoir » ? Bébé peut recevoir du colostrum sans que vous voyiez couler un jet.
De la naissance au lait mature : phases et montée de lait
Le passage colostrum → lait de transition → lait mature est progressif. Quand la production augmente, le lait devient plus blanc. Les seins peuvent être tendus : à surveiller si la douleur s’installe ou si bébé peine à prendre le sein.
Exprimer, recueillir et conserver le colostrum
Expression manuelle : très adaptée au début
Le colostrum étant épais et en petites quantités, l’expression manuelle fonctionne souvent très bien.
- Mains propres, installation confortable.
- Massage léger, chaleur douce si agréable.
- Doigts en « C » à quelques centimètres de l’aréole.
- Pression vers la cage thoracique, puis compression rythmée vers l’avant.
- Recueil goutte à goutte (cuillère ou petite seringue).
Tire-lait : quand cela peut aider
Un tire-lait peut aider si bébé tète peu efficacement, en cas de séparation, ou si une stimulation plus intense est nécessaire. Une courte stimulation au tire-lait suivie d’un recueil manuel peut être utile sur du colostrum.
Conservation et hygiène : l’essentiel
Les durées exactes varient selon les protocoles de maternité.
Principes constants : contenants stériles (souvent seringues 1 à 5 mL), étiquetage date/heure, chaîne du froid, décongélation au réfrigérateur ou au bain-marie tiède, pas de micro-ondes, pas de recongélation après décongélation.
Expression en fin de grossesse : uniquement sur avis
L’expression anténatale de colostrum se discute parfois à partir de 37 SA, par exemple si un risque d’hypoglycémie néonatale est anticipé. Arrêt immédiat en cas de douleur, contractions ou saignement, et avis de la sage-femme ou du médecin.
Situations particulières : quand le colostrum prend une place centrale
Prématurité
Chez le prématuré, le colostrum est recherché pour l’immunité et la maturation intestinale. Si la succion n’est pas possible, il peut être donné en très petites quantités selon les protocoles.
Séparation mère-bébé
En cas de séparation, l’objectif est d’apporter du colostrum au bébé et de soutenir la lactation par une expression régulière. Dès que possible, peau à peau et retour au sein facilitent la suite.
Démarrage difficile : ajustements possibles
Somnolence, douleur, prise du sein superficielle, frein de langue, césarienne… plusieurs causes peuvent coexister.
Pistes fréquentes :
- évaluation de la succion et de la prise du sein,
- ajustement de la position,
- mises au sein plus rapprochées,
- recueil de colostrum et complément avec votre lait si besoin (seringue, cuillère, dispositif d’aide),
- surveillance clinique : poids, diurèse, selles, parfois glycémie.
Colostrum bovin et compléments : décoder avec prudence
Colostrum humain vs colostrum bovin
Le colostrum humain est adapté au nourrisson (dominance d’IgA). Le colostrum bovin est très riche en IgG, adapté au veau. Une partie des protéines est digérée : ce n’est pas un équivalent du colostrum maternel.
Allégations, preuves, précautions
Ces compléments (poudre, gélules, liquide) promettent souvent soutien immunitaire ou digestif. Chez l’adulte, les études montrent des effets variables selon les produits et les doses.
Risques : allergie aux protéines du lait de vache, troubles digestifs, qualité inégale (traçabilité, contaminants). En cas de grossesse, allaitement ou maladie chronique : avis médical avant d’en prendre.
À retenir
- Le colostrum est un premier lait produit en petite quantité, mais très concentré.
- Le colostrum apporte anticorps, lactoferrine et facteurs de croissance : soutien immunitaire et maturation intestinale.
- Le colostrum aide l’évacuation du méconium et peut limiter la réabsorption de bilirubine.
- Des volumes modestes de colostrum peuvent suffire si les tétées sont fréquentes et efficaces.
- Exprimer et conserver le colostrum peut aider en cas de séparation, prématurité ou démarrage difficile.
- Les professionnels (sage-femme, consultante en lactation, pédiatre) peuvent accompagner, et vous pouvez télécharger l’application Heloa pour des conseils personnalisés et des questionnaires de santé gratuits.
Les questions des parents
Y a‑t‑il des contre‑indications à donner le colostrum ?
Pas d’inquiétude : dans la grande majorité des cas, le colostrum est bénéfique. Cependant, certaines situations médicales ou traitements maternels peuvent nécessiter un avis médical avant de le donner au bébé. Par exemple, des infections spécifiques transmissibles par le lait ou des traitements lourds (chimiothérapie, radiothérapie, certains médicaments) demandent une consultation avec la sage‑femme, le pédiatre ou l’équipe néonatale. Si vous avez un doute, n’hésitez pas à en parler rapidement avec un professionnel : il saura vous orienter sans jugement.
Combien de temps peut‑on conserver le colostrum exprimé ?
Le colostrum se conserve comme le lait maternel, mais les petites quantités et les seringues imposent de la prudence. Repères prudents : au réfrigérateur (≈4 °C) 24–48 heures, au congélateur domestique (‑18 °C) quelques mois (idéalement 3–6 mois selon les protocoles). Utilisez des contenants propres, étiquetez date/heure, ne recongelez pas après décongélation et réchauffez doucement (bain‑marie tiède). Les durées exactes peuvent varier selon la maternité — suivez leurs recommandations quand elles diffèrent.
Le colostrum peut‑il provoquer des réactions allergiques chez le bébé ?
C’est rare. Le colostrum humain est naturellement adapté au nouveau‑né. Si votre bébé présente des signes inhabituels après une prise (vomi, diarrhée abondante, éruption, difficultés respiratoires), consultez rapidement. En cas d’antécédent familial d’allergie sévère, évoquez‑le avec un professionnel pour un suivi adapté.

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